Rétro - Belgique/Hongrie Euro 2016 : Eden Hazard le magicien

L’Euro 2016 restera comme une blessure pour les Diables Rouges. Eliminés en quart de finale, un jour de pluie par le Pays de Galles. Mais avant cela, les Belges avaient livré une prestation éblouissante face à la Hongrie. Un huitième de finale marqué par un Eden Hazard somptueux. Un de ses meilleurs matchs sous le maillot national. Souvenir...

Ville rose, ville rouge

Toulouse. Ce dimanche 26 juin, la " ville rose " est devenue rouge. Envahie par des milliers de Belges venus assister, dans ce " Stadium " plein à ras bord, au 1/8e de finale des Diables. Les hommes de Marc Wilmots sont sortis indemnes du premier tour (défaite contre l’Italie et deux victoires face à l’Irlande et la Suède). Des Diables, gonflés à bloc, qui savent qu’en cas de qualification ce soir-là, c’est face au Pays de Galles qu’est fixée la prochaine étape. Un match du côté de Lille, c’est-à-dire "à la maison". La motivation n'en est que plus forte.

Avec Nainggolan et Carrasco

Marc Wilmots fait à nouveau confiance à Radja Nainggolan dans le milieu défensif. Le plus tatoué des Diables nous a offert la victoire face à la Suède. Il est donc logiquement associé à Axel Witsel. Le seul changement opéré, par rapport au dernier match, est le remplacement de Yannick Carrasco (cheville douloureuse) par Dries Mertens qui occupera l’aile droite. Eden Hazard à gauche. Romelu Lukaku en pointe et Kevin De Bruyne en soutien. Derrière pas de surprise : Thibaut Courtois avec Thomas Meunier, Toby Alderweireld, Thomas Vermaelen et Jan Vertonghen. Un onze performant et perforant.

A sens unique mais...

La Hongrie n’a qu’à bien se tenir. Les vagues belges déferlent dès le coup d’envoi avec un De Bruyne déchaîné. En 7 minutes, le grand blond alerte par trois fois Kiraly, le portier hongrois. Et la 4e alerte est déjà la bonne. On joue depuis 10 minutes et la défense en zone, orchestrée par le coach allemand Bernd Storck (désormais bien connu chez nous), vole en éclats. Explosée par la précision du coup-franc excentré de Kevin De Bruyne qui trouve le front de super Toby. Le défenseur de Tottenham nous libère d’un coup de tête rageur au petit rectangle. 1-0 c’est bien parti.

Si ça continue, ce sera un score fleuve ...

Philippe Albert au commentaire du match le sent, la pression belge est terrible et le mur hongrois va craquer. Le match est à sens unique. Courtois n’est mis en danger que deux fois dans ces 45 premières minutes. Mais le problème est ailleurs. Car on joue bien. Très bien même. Mais le deuxième but n’arrive pas. Le coup-franc direct de De Bruyne touche la barre à la 35’ et le vieux Kiraly (40 ans) est encore sur le chemin. Et, en fin de mi-temps, la confusion règne dans une défense hongroise à la dérive face aux coups de reins de Hazard et Mertens.

A la mi-temps, j'ai dû calmer tout le monde

La Belgique est impressionnante mais la Belgique est loin d’être rassurée. L’écart est mince. Wilmots va alors faire ce qu’il fait de mieux. De retour au vestiaire, il secoue les joueurs.

5e quart d'heure difficile

Trop d’occasions ratées, le coach le sait…ça peut tout détruire ! Le message est entendu mais pas appliqué tout de suite. Les Diables remontent sur la pelouse toulousaine avec les mêmes intentions offensives. Eden, après quelques secondes, donne un premier récital. Frappe puissante… lucarne… et encore la main de Kiraly pour tenir la Hongrie dans le match. A l’heure de jeu, Mertens rate sa reprise au petit rectangle. Ca part dans les nuages. Sur le bord de touche, où je me trouve, on se regarde avec les remplaçants qui s’échauffent… car on sait que ce n’est jamais bon signe de gaspiller autant. Les Diables reculent un peu et Courtois doit sortir une claquette majestueuse sur un tir dévié. Puis Juhasz (une vieille connaissance anderlechtoise) voit sa frappe croisée échouer de peu. OUF ! Et pour couronner le tout… Thomas Vermaelen, menacé de suspension, prend un carton pour un tackle trop appuyé. Le voilà suspendu pour le futur quart de finale… On sait aujourd’hui que son absence pèsera lourd du côté de Lille (comme celle de Vertonghen qui se blessera la veille du match).

Eden entre en scène

Wilmots sent qu’il faut agir. Lukaku et Mertens sortent. Batshuayi et Carrasco entrent. Il reste un gros quart d’heure. Le quart d’heure Hazard ! Le capitaine sait que le moment est venu d’en finir. Entrée de rectangle, côté gauche…il feinte, pousse son ballon de 5 mètres, et en même temps une accélération inattendue, immense. La Hongrie reste collée au gazon. Regard levé, centre ras de sol…Michy est là pour réceptionner l’offrande de notre numéro 10. Joie extrême et libératrice.

C'est un génie... s'exclame Rodrigo Beenkens

A peine le ballon remis en jeu, la Belgique le récupère. Eden fonce sur son flanc, dans la profondeur… Souffle de panique, il passe en revue la défense, comme un général passerait en revue les troupes. En toisant de ses dribbles la défense hongroise réduite au rôle de drapeau blanc. Stop, on se rend ! L'ennemi va trop vite. Hazard rentre dans le jeu, perfore tout ce qui se dresse sur son passage. Frappe du droit enveloppée, précise, puissante et 3-0. L’affaire est dite ! Il court et se laisse glisser genoux en terre, bras levés vers le ciel. Avant de filer vers les bras de son pote Christian Benteke avec qui il a grandi au travers de toutes les sélections de jeunes.

Son premier but en grand tournoi

Diable, il s'agit là de son tout premier but dans un grand tournoi. Il s'est fait attendre diront les grincheux. Mais... bon dieu... qu’il est bon d’avoir un mec comme ça dans son équipe. Wilmots le sait. Il faut bénir et protéger un joueur tel qu'Eden. Dans la foulée de ces deux minutes de folie, Eden profite d'une " standing ovation ". Même les supporters hongrois se lèvent pour l’applaudir. Incroyable petit bonhomme. Le quatrième but signé Carrasco, dans les arrêts de jeu, clôture un match quasi-parfait.

Je suis l'homme du match !

Fin de rencontre, joie partagée. Conclusions faciles. Eden est élu homme du match. Il reçoit son trophée en zone mixte, mais avant de se présenter en conférence de presse, il me rejoint. Je l’attends dans le studio d’interview aménagé près des vestiaires. Accolade. Eden s’installe sourire en coin. Il le sait, aujourd’hui il a plané sur la pelouse de Toulouse. Interview d’un homme satisfait du devoir accompli, sans plus. Les micros s’éteignent. On discute encore le coup…je lui dis ironiquement que son trophée est très joli (en fait c’est vraiment moche).

Tu le veux ? J'en aurai d'autres...

Sa réponse : " Tu le veux, ce trophée ? ". Moi : " ...tu rigoles, il est à toi… tu l’as mérité non ?" Lui : " Non, vas-y, prends-le, je te l’offre… j’en aurai d’autres (rires) ". Eden pur jus ! Deux heures après le coup de sifflet final, je quitte donc le stade avec la fierté d’être Belge et avec le trophée d’homme du match sous le bras. Ultime offrande d’un géant. Car il n’y aura pas d’autre trophée d’homme du match dans ce tournoi. Ni pour Eden ni pour aucun autre Diable. La faute à des Gallois récalcitrants qui nous couperont les ailes un soir de quart de finale. Un soir de pluie. Un soir de tristesse.