La tribu Merckx, c'est tellement sacré pour Eddy

Eddy Merckx entouré de sa sœur Micheline et de son frère Michel, deux de ses plus grands supporters.
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Eddy Merckx entouré de sa sœur Micheline et de son frère Michel, deux de ses plus grands supporters. - © MARC HERREMANS

La famille. La tribu. Le clan. Le sang. Le pilier d’Eddy. " Et pourtant, quand j’étais coureur, je n’avais pas de vie familiale… "

Eddy Merckx a toujours voulu préserver son intimité, ce qui lui a parfois valu quelques tensions avec des journalistes avides d’images et d’histoires plus personnelles. Mais voilà, le Cannibale avait beau être un surhomme aux yeux du grand public, il était avant tout, et il l’est toujours d’ailleurs, un homme simple, sensible, discret, pudique, réservé voire introverti. Un homme public certes. Mais sa famille… c’est à lui !


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Jules et Jenny

Édouard Louis Joseph Merckx est né le 17 juin 1945 à Meensel-Kiezegem, près de Leuven. Son papa Jules était néerlandophone, sa maman Jenny francophone. Le petit Édouard a donc toujours jonglé avec le flamand, le français et… le bruxellois ! Ce qui fera de lui, plus tard, un véritable symbole d’union nationale même si " je n’ai finalement appris correctement aucune des deux langues. Je me retrouve encore parfois confronté à des problèmes de vocabulaire, tant en français qu’en néerlandais. "

Ses parents tenaient une épicerie à Woluwé-Saint-Pierre. Il a vite compris ce que voulait dire le verbe " travailler ". Son père, aussi introverti que lui, se levait aux aurores pour se rendre au marché matinal de Bruxelles. Il était sévère, perplexe aussi au début de la carrière cycliste de son fils, c’est vrai. Mais Eddy sait ce qu’il doit à Jules et Jenny : " Je n’ai jamais été redevable vis-à-vis de quiconque, si ce n’est de mes parents. Je connais la valeur de l’argent parce que j’ai vu mes parents s’épuiser au travail pour nouer les deux bouts ", confiait-il dans le livre de Rik Vanwalleghem et Joël Goddaert " Eddy Merckx, Homme et Cannibale ". " Un jour, je n’ai pas digéré une cigarette fumée en cachette. Quand mon père est rentré, il a compris tout de suite. Et avant même que je lui réponde, il me balança une correction telle que j’en tremble encore ! " 

Merck a reçu une éducation catholique (" Je suis croyant mais mes convictions religieuses n’ont pas constitué une motivation supplémentaire. "), très stricte. Rien d’anormal dans cette période confuse de l’immédiate après-guerre. Au sommet de sa carrière, Eddy a d’ailleurs remercié ses parents en leur faisant bâtir une grande maison à proximité de leur commerce, à Woluwé-Saint-Pierre toujours.

Michel et Micheline

Le jeune Eddy connaissait tous les coins et recoins du quartier du Chant d’Oiseaux et du Parc de Woluwé où il s’amusait beaucoup avec son frère et sa sœur, Michel et Micheline, des jumeaux nés quatre ans après lui et dont il est toujours resté très proche. Supporters acharnés, on les croisait souvent sur les courses quand leur aîné commençait à faire trembler les pelotons dans les catégories de jeunes. 

Michel, grand passionné de cyclisme (il a voulu, lui aussi, devenir coureur), a suivi son frangin un peu partout sur Terre. Il a même intégré avec lui l’organisation des Tours du Qatar et d’Oman. Son décès en 2017 a profondément touché le Cannibale. 

Un jour, leur maman Jenny, dont la tendresse contrastait avec la dureté de son époux, a raconté cette anecdote touchante : " Pourtant plus jeunes qu’Eddy, Michel et Micheline ont su avant lui que Saint-Nicolas n’existait pas. Quand ils lui ont dit, il s’est mis à pleurer. Cela témoigne de sa sensibilité. "

Claudine

Quand il était sur son vélo, on a souvent comparé Eddy Merckx à un robot. Mais un robot ne peut pas tomber… amoureux. Eddy oui ! L’élue s’appelle Claudine Acou. Il l’épouse le 5 décembre 1967. Fille de l’ancien coureur et sélectionneur national Lucien Acou, Claudine est donc issue du sérail cycliste. On n’ira pas jusqu’à écrire qu’elle avait été façonnée pour devenir épouse de coureur mais elle était clairement prête à faire les sacrifices nécessaires : " Une fois mariés, Eddy n’a plus voulu que je travaille à l’extérieur. Il désirait que je m’occupe de la maison et de l’éducation des enfants. "

Régente germanique anglais-allemand, femme au caractère direct, Claudine Acou a toujours… tout géré dans le ménage. L’éducation des enfants mais aussi les soucis administratifs. " Elle avait une connaissance pratique des finances, de l’administration et de l’organisation. Elle était plus catégorique moi. J’étais souvent heureux qu’elle prenne certaines décisions ", reconnaît aujourd’hui sans mal Eddy. Avec un sourire, il avoue même qu’il était " un leader sur les courses mais assurément pas à l’extérieur. "

Et ça dure depuis… 52 ans.

Sabrina et Axel

14 février 1970 et 18 août 1972. La naissance de sa fille Sabrina et puis celle de son fils Axel. Deux dates inoubliables pour papa Merckx. Papa absent mais papa-gâteau. " Il ne voyait pas souvent les enfants et avait donc tendance à les gâter ", analyse Claudine avec recul. " Mais cela n’empêchait pas que comme éducateur, il avait des principes et se montrait sévère et juste. " Axel de renchérir : " En réalité, Sabrina et moi, nous avons été élevés par notre maman. Je n’en veux pas à papa. Au contraire, il nous a sacrifié une partie de sa vie. " Et Eddy d’avouer : " Je n’ai guère eu le temps de m’occuper des miens. "

Dans le cadre du septantième anniversaire de Merckx, Axel avait accordé à la RTBF une longue interview-confidence. Morceaux choisis : " La gloire et les succès, le cyclisme, c’est bien mais c’est d’abord mon père, la personne sur qui je peux compter dans n’importe quelle situation, dans les moments plus difficiles, dans ma carrière sportive ou dans ma vie personnelle. C’est vrai que quand j’étais gamin, il était souvent absent, coureur puis homme d’affaires. Mais il était… présent dès qu’on avait besoin de lui. " Et de rendre hommage aussi à sa maman : " Ma mère a fait un travail extraordinaire en faisant en sorte que ma sœur et moi comprenions bien que tout ce que papa faisait, il le faisait pour garantir notre futur. Il voulait nous montrer que, qu’importe notre talent ou notre notoriété, il faut toujours travailler et se mettre au charbon pour réussir sa vie ! " (NDLR : S’il avait été coureur aujourd’hui, Merckx serait… millionnaire)

Axel n’a pas choisi la voie la plus facile pour la réussir, justement, sa vie. En devenant coureur professionnel, il a dû " assumer " son nom et se faire un prénom. " Comme coureur cycliste, pouvais-je rêver mieux que papa en tant que conseiller ? " Non, évidemment. Mais les jalousies sont tenaces. En endossant le maillot de champion de Belgique, en remportant une étape du Tour d’Italie, une du Critérium du Dauphiné et le Grand Prix de Wallonie, et surtout en montant sur la troisième marche de la course en ligne des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, oui Axel s’est fait un prénom ! " Du fond du cœur, papa était fier et heureux ! "

Eddy a longtemps protégé Axel. Désormais, c’est l’inverse. Touche pas à mon père ! " Je vis au Canada, papa me manque beaucoup. Il est trop bon pour ce monde. On profite de lui. On le caresse dans le sens du poil. L’hypocrisie de certains me rend furieux. J’en connais qui m’ignorent sauf quand mon père est à mes côtés. Alors, ils font des courbettes et parlent d’amitié. " Voilà qui a le mérite d’être clair. 

Luca, Alexia, Axana et Athina

Point commun entre ses quatre prénoms ? Ils se terminent par " a ". Certes. Mais surtout, ce sont les prénoms des quatre petits-enfants d’Eddy Merckx. " C’est un papi attentionné qui apprécie… qu’on lui accorde de l’attention ", sourit Axel. " Il est très proche de ses petits-enfants. Il aime les charrier, rigoler avec eux. C’est une facette de sa personnalité que beaucoup de gens ne connaissent pas ".

Luca et Alexia sont les enfants de Sabrina et de l’ancien tennisman professionnel argentin Eduardo Masso. Luca, né en 1994, a la double nationalité. Il a remporté avec l’Argentine la médaille d’or en hockey sur gazon aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 en battant en finale… la Belgique. Un petit-fils sportif de haut niveau, bon sang ne saurait mentir Eddy ! 

Et ce n’est pas tout : Axana, 19 ans, la fille aînée d’Axel et de son épouse canadienne Jody Croos, est devenue en mai 2019, sous les yeux de papi Eddy et de mamie Claudine, double championne de Belgique de natation, sur le 200 mètres dos et le 400 mètres quatre nages ! Bon sang ne saurait mentir… bis !

Cette performance d’Axana dans la piscine d’Anvers a offert à la famille Merckx un moment d’évasion bienvenu. Car depuis quelques mois, Athina, la deuxième fille d’Axel, se bat contre une tumeur maligne développée à l’arrière d’un genou. Régulièrement soumise à des séances de chimiothérapie, elle prouve elle aussi, à sa manière, qu’elle peut se battre… comme une sportive de haut niveau.

Paul, Jacky, Guillaume et les autres

" Tu bois un café avec Eddy en toute amitié et deux heures plus tard, sur le vélo, il ne te connaît plus et appuie à ce point sur les pédales que tu vois toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Je crois que c’était plus fort que lui. " Roger De Vlaeminck a été l’un des plus coriaces adversaires de Merckx sur les classiques. Mais une fois les vélos pendus au clou, les deux hommes ont appris à mieux se connaître et sont devenus proches. 

Le " Merckx coureur ", loup solitaire sans pitié, froid et distant, n’a plus rien à voir avec le " Merckx retraité ", chaleureux, blagueur qui profite des bonnes choses de la vie avec ses amis. Des amis, fidèles, qui font finalement partie de sa… famille, de sa tribu, de son clan. On en oublie sans doute l’un ou l’autre, certains sont hélas décédés, mais tous (anciens coureurs, sportifs, soigneurs, supporters, chanteurs…) ont gagné le respect et l’affection sincère du Cannibale : Paul Van Himst, Jacky Ickx, Guillaume Michiels, Pierrot De Wit, Felice Gimondi, Luis Ocana, Joseph Bruyère, Patrick Sercu, Raymond Poulidor, Salvatore Adamo, Jos Huysmans, Bernard Hinault, la famille Heleven…

Paul Van Himst, le meilleur footballeur belge de l’histoire, grand supporter comme Eddy du Sporting d’Anderlecht, est fier d’avoir intégré ce cercle restreint : " Eddy et moi sommes des amis ? En fait, nous sommes presque des frères ! Avec nos épouses, nos enfants, nos petits-enfants, on forme un peu une famille… "

La famille. Le pilier d’Eddy.

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