L’homophobie a eu raison de sa passion pour l’arbitrage

Pendant plusieurs semaines, la RTBF va publier chaque jeudi un épisode de la série "ex aequo". Dix histoires inspirantes d’athlètes professionnel·le·s confronté·e·s à des discriminations de race, de genre, d’orientation sexuelle ou de handicap. Un podium sans filtre et sans hiérarchie, en dix épisodes, redistribuant la parole à celles et ceux qui clament haut et fort leur droit à être classé·e·s Ex Aequo

Premier arbitre du football espagnol (et européen) à faire son coming out, Jesús Tomillero a dû abandonner le sifflet à cause de son orientation sexuelle. Insultes, intimidations et même menaces d’attentat : le jeune homme a vécu l’enfer. Des horreurs qu’il a fini par utiliser pour rebondir, en vue de porter la voix de la communauté LGBTQI +.

Jesús avait une passion : l’arbitrage. Il a dû l’arrêter. Un rêve : arbitrer en Liga. Il a dû l’oublier. A cause d’une photo, postée sur les réseaux sociaux. Un cliché qui illustre son amour, comme des millions de personnes en publient chaque jour.

Rapidement, l’information circule dans le milieu du ballon rond : Jesús Tomillero est homosexuel. Au cours d’un match de gamins, une de ses décisions sort un entraîneur de sa torpeur. Les insultes pleuvent. Malheureusement, en tant qu’arbitre, il y est habitué. Mais cette fois, elles prennent la nauséabonde tournure de l’homophobie. Elles virent même aux menaces physiques. En pleurs, Jesús se réfugie dans son vestiaire. Si ça n’avait été “que ça”, il s’en serait bien sorti.

En réalité, ce sinistre épisode n’est que le début du cauchemar. Orphelin, Jesús pensait avoir trouvé une famille dans le monde de l’arbitrage. Terrible désillusion. Après son traumatisme, il n’y obtient de soutien de personne. Même pas auprès de ses collègues qu’il pensait être ses amis. Le flot de haine qui le submerge sur les réseaux sociaux noie ses derniers espoirs. Menacé de mort, il est placé sous protection policière. L’arbitre sombre dans la dépression : il ne remontera jamais plus sur un terrain de foot.

Après un long chemin de croix, le jeune Andalou trouve les ressources pour renaître. “Et si, finalement, je faisais de mon homosexualité une fierté ?” Déterminé, il crée, avec quelques amis, la première association de défense de la communauté LGBTQI + du sport espagnol. Sur sa lancée, il met sur pied la première Gay Pride de sa région, l’Orgullo Campo de Gibraltar, dans l’extrême sud de l’Andalousie. Depuis, Jesús dédie sa vie à la lutte contre les LGBTI-phobies. Objectif : faire en sorte que plus personne n’ait à subir le calvaire qu’il a vécu… il y a cinq ans seulement.

Un joueur de water-polo qui avait fait son coming out a été victime d’insultes homophobes

Songez-vous à recommencer l’arbitrage un jour ?

Pour l’instant, non. Je ne me sens pas prêt. Ni physiquement, ni émotionnellement, à cause de tout ce dont j’ai souffert.

D’où pensez-vous que vient cette haine envers la communauté LGBTQI + ?

Pour moi, tout ça vient malheureusement d’un manque d’éducation et d’information au sujet de la diversité. Je pense qu’il faudrait en parler davantage dans le milieu du sport, en allant jusqu’à donner des formations aux joueurs et aux entraîneurs. Cela doit d’ailleurs se faire à un niveau plus global, au sein de la société. C’est vraiment sur ce plan-là qu’il faut travailler.

A votre avis, pourquoi les fédérations sportives n’en font pas davantage pour lutter contre la haine envers les personnes LGBTQI + ?

Je pense qu’elles ne sont pas conscientes de la discrimination et du délit de haine dont souffrent les gens de notre communauté qui aiment le sport, et le football en particulier. En Espagne, les lois du sport n’ont plus été modifiées depuis 1978. Et à cette époque-là, le non-respect de ces différences n’était pas considéré comme un délit de haine. C’est pourquoi notre association doit encore s’attaquer à ce problème à ce niveau-là. Et c’est malheureux…

Avez-vous tout de même l’impression que les choses évoluent positivement ces dernières années ?

Non, pas du tout. Rien ne bouge et c’est d’ailleurs ce que nous dénonçons au sein du collectif Roja Directa Andalucia LGBTI. Tout récemment, un joueur de water-polo qui avait fait son coming out a été victime d’insultes homophobes en plein match de la part d’un adversaire. La fédération a suspendu le joueur quatre matchs et lui a infligé une amende de 200 euros. Mais tout le monde peut payer ce genre d’amende… Il faut des sanctions exemplaires. En football, par exemple, je propose qu’on punisse les clubs en faute avec des huis clos. Tant qu’on ne fera pas ça, les LGBTI-phobies ne diminueront pas.

Que conseilleriez-vous à un jeune de la communauté LGBTQI + qui aspire au sport de haut niveau ?

Je lui dirais de se battre pour son rêve. Il doit être fort et ne pas tomber au premier coup qu’il encaissera. Chaque insulte qu’il recevra devra le stimuler à lutter davantage. Il ne doit pas avoir peur d’être qui il est. Contrairement à moi, qui ai eu peur et qui ai fini par être isolé. Les jeunes doivent savoir que notre association lutte pour faire progresser les choses sur de multiples plans. Et qu’on progresse de jour en jour. Nous faisons tout pour que les différences soient acceptées dans le monde du sport. Je suis certain que ce milieu va se retrouver de plus en plus diversifié. D’ailleurs, j’encourage chacun à dire publiquement qu’il fait partie de la communauté LGBTQI +. Plus il y aura de sportifs qui font leur coming out, plus vite on pourra en finir avec les LGBTI-phobies.

 


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