Jules, 80 ans, le papy joggeur !

Le sport, c'est la santé, paraît-il ! Et ce n'est pas Jules Dumortier qui nous dira le contraire. Ce petit bonhomme d'1 mètre 62 a 80 ans. Et il court à pied depuis... 65 ans ! Il dispute toutes les manches, ou presque, du Challenge ACRHO (Amicale des courses sur route du Hainaut occidental), le challenge de jogging le plus populaire du pays, organisé en Wallonie picarde.

On a recensé plus de 1000 partants le week-end dernier lors la course d'ouverture de la saison 2017. Et ils seront sans doute encore autant ce dimanche, sur le coup de 10 heures, au départ des "10 kilomètres de Dottignies", près de Mouscron. Parmi eux Jules Dumortier donc, le seul coureur de la catégorie "Vétérans 5" (les coureurs âgés de 80 à 90 ans !). Il est la mascotte du peloton et il en est, à juste titre, très fier. Samedi passé, le doyen de l’épreuve a terminé 1029ème sur 1031 coureurs classés, à près de 8 km/h de moyenne. Il a laissé deux adversaires derrière lui, des gamins de… 68 et 49 ans !

Samuël Grulois a rencontré ce Tournaisien à l'accent ch'ti bien affirmé. Le genre d'interview qu'on n'oublie pas !

Jules, qu’est-ce qui vous pousse encore à courir autant à votre âge ?

"La course, c’est toute ma vie ! J’ai commencé à 15 ans et déjà à l’époque, je voulais gagner, je me battais pour terminer premier. Malheureusement, j’ai fini deuxième de ma toute première course… mais j’ai vite pris ma revanche en gagnant la semaine d’après ! Si je cours encore, c’est d’abord par habitude. Et puis, il y a tous les copains que je retrouve chaque semaine et avec qui je bois un verre après la course. Le petit verre, il est sacré… Je me suis toujours bien préparé. Il faut travailler hein ! Quand le Challenge ACRHO est fini en décembre, je n’arrête pas, je ne prends pas un gramme !"

Avez-vous mal aux jambes après une course ?

"Non, jamais. Mais il y a deux ans, je me suis blessé et j’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre. La blessure tournait mal. Et j’ai un peu forcé aussi. J’en ai eu pour deux ans pour guérir. Jusque-là, je n’avais jamais terminé dernier d’une course mais, blessé, j’ai dû m’y résoudre."

A votre (grand) âge, ça ne devient pas trop difficile de courir ?

"Non, non, non… il faut de l’entraînement ! Je connais mes limites. Je sais très bien comment faire pour être dans les temps. Je m’entraîne convenablement pour me préparer et anticiper mes chronos. Imaginez que certains se découragent déjà en ‘Vétérans 3’ (NDLR : les coureurs âgés entre 60 et 70 ans) alors qu’ils ont vingt ans de moins que moi ! J’en suis déjà à ma troisième génération de coureurs…"

J’imagine que vous avez une hygiène de vie irréprochable ?

"Ah oui, faut faire attention mais je mange normalement. Je veux bien aller au resto avec n’importe qui. Mais en semaine, je ne bois pas !"

Auriez-vous pu imaginer faire une vraie carrière de sportif avec le potentiel qui était le vôtre dans les années 50 ?

"Je ne pense pas… Vous savez, quand j’ai commencé à courir, je n’avais déjà plus mes parents. Ce n’était pas possible. J’ai senti que je ne pouvais pas. Mon rêve, ce n’était pas la course à pied mais le cyclisme. Mais je ne pouvais pas me payer un vélo. On s’est retrouvé à dix orphelins… Pas de regrets. Maintenant, c’est fini pour moi. Je cours pour le plaisir. De toute façon, on ne gagne rien au Challenge ACRHO hein, faut pas espérer! Même si j’avoue que la coupe que je reçois après chaque course (NDLR : seul participant chez les ‘Vétérans 5’, Jules remporte logiquement sa catégorie d’âge lors de chaque manche du challenge) me fait plaisir. Souvent, j’en fait cadeau mais quand c’est une coupe que je n’ai pas dans ma collection, alors je la garde."

Vous êtes un peu la mascotte du Challenge ACRHO. Quand vous entendez " Allez, Jules ", ça vous donne envie de continuer, j’imagine…

"Ah oui, et les coureurs et les spectateurs prennent le pli maintenant. Avant, je l’entendais une fois par course. Mais désormais, c’est tout le peloton qui m’encourage en criant. Les filles aussi…"

C’est agréable d’être encouragé par les jeunes filles…

"Oui mais parfois ça ne me plaît pas tellement parce que, comme je suis à bout d’haleine, je ne peux pas leur répondre !"

Que pense votre médecin de votre passion pour la course à pied ?

"Il m’a toujours encouragé. Quand je suis dans sa salle d’attente avec d’autres patients, il leur parle de moi et me prend en exemple. Il me connaît depuis longtemps et il n’en revient pas de me voir toujours courir à 80 ans ! Si je veux, je vais encore faire mes dix flexions des genoux. Quand j’étais à l’armée, je faisais même des flexions sur un genou ! Malgré mon âge, je peux encore progresser, je le sais… Il y a plein de coureurs qui ont une montre spéciale pour contrôler leurs pulsations. Moi, je n’en ai pas besoin. Je sais quand je dois reprendre mon souffle."

Qui dit sport, dit souvent dopage Jules…

"Vous voulez contrôlez mon bidon ? Il est là ! Je cours à l’eau claire ! Mais, regardez… (Il enlève une chaussette et sort un petit papier qui était bien caché sur sa cheville). Avant le départ (l’interview a été réalisée à l’arrivée de la course de Celles le 11 février), je suis passé au bar prendre mon ticket pour éviter de faire la queue après la course parce que si je dois faire la queue, je râle ! Et comme ça, je peux boire ma Leffe dès que j’ai franchi la ligne !"

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