Echecs : surprendre, la clé dans un match pour le titre, selon Maxime Vachier-Lagrave

Le Grand maître international français d'échecs Maxime Vachier-Lagrave, actuel 10e joueur mondial, estime que le Norvégien Magnus Carlsen reste le favori pour le championnat du monde contre le Russe Ian Nepomniachtchi, même si la capacité à surprendre l'adversaire restera la plus déterminante.

Q: Magnus Carlsen est présenté comme largement favori du match, est-ce votre avis?

R: "Très favori, ça se débat, mais il est évident qu'il a un avantage. Il a déjà gagné quatre championnats du monde, ça va l'aider. Il est fort pour mettre une pression maximale dans les parties. Il évalue parfaitement la jauge de risque qu'il peut prendre, où il doit appuyer ou se relâcher. Après, ses marges de manoeuvres ont été réduites sur les derniers championnats du monde (en 2016 et 2018, il n'a gagné qu'au départage en partie rapide, après une égalité à l'issue de 12 parties longues, NDLR). Il a tendance à moins bien jouer lors des championnats du monde."

Q: Sur quoi va se jouer le match?

R: "Les deux joueurs ont eu six mois pour se préparer, identifier les forces et les faiblesses de leur adversaire. Souvent, ils préparent aussi des surprises pour le match: Carlsen va travailler ses ouvertures (début de jeu) habituelles, mais ne va pas se limiter à cela. L'objectif est de trouver des terrains surprises pour l'adversaire et tenter de se prémunir contre celle imaginée par l'autre camp. Il faut trouver des positions de déséquilibre, mais l'adversaire peut aussi en profiter. Ian Nepomniachtchi peut jouer dans n'importe quelle position, mais il a une forme de nonchalance dans son jeu, et il n'est pas toujours discipliné en calcul. Il a souvent péché par impatience. Il démarre fort mais cale en fin de tournoi. Si le match est serré, il faudra qu'il tienne la pression, ne pas céder à la frustration si le match ne se débloque pas en sa faveur."

Q: Comment se prépare-t-on pour ce genre de match ?

R: "Les deux joueurs se connaissent très bien, ils s'affrontent une dizaine de fois par an. Mais c'est un travail fastidieux, on entre dans un niveau de détail poussé avec six mois de préparation. Toutes les parties des cinq dernières années sont décortiquées, pour en tirer la quintessence. Quand j'ai participé à l'équipe de Carlsen en 2016 avant son match contre le Russe Sergueï Kariakine, on était cinq, mais il y avait peut-être encore d'autre personnes à côté. C'était un minimum. Je ne serai pas étonné qu'avec le vivier russe, il y ait une dizaine de personnes autour de Nepo, mais cela peut être moins, pour ne pas se retrouver avec une tonne d'informations. Physiquement, ils ont aussi travaillé pour encaisser 14 parties en moins d'un mois. C'est comme un Grand Chelem de tennis, ils doivent être au taquet dès le début, mais le plus important est de finir en forme pour les derniers matches."

Propos recueillis par Florian SOENEN

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