Crossfit : la lauréate belge du ‘Marseille Throwdown’ Julie Carton-Delcourt s’entraîne... dans sa cave !

Rendez-vous est pris vers 16 heures dans un quartier résidentiel de Nimy, dans l’entité montoise. Il fait froid, gris et le soir tombe déjà. Julie Carton-Delcourt vient à peine de revenir de l’ITCF Irchonwelz, l’école secondaire où elle enseigne l’anglais et le néerlandais. Elle nous accueille en tenue de sport, prête à nous faire découvrir sa passion, le crossfit. Pas question de nous rendre dans une salle de la région, non. On reste… à la maison ! " Je vous emmène à la cave ", nous dit-elle avec un sourire taquin, visiblement contente de nous avoir surpris. Suivez-moi ! "

Quelques marches à négocier, de la lumière et de la musique. Du rap urbain. Bien utile pour aider à se faire mal. Car dans cette cave, Julie Carton-Delcourt et son conjoint Damien Bomboir, un ancien champion de Belgique de judo désormais coach des jeunes talents au sein de la Fédération francophone, ont pris l’habitude de pousser de la fonte, de soulever des barres, d’enchaîner les pompes, les abdos, les squats, les jumps, les séries de rameur. " Entre une cave à vin et une salle d’entraînement, nous avons vite tranché ! Nous profitons évidemment régulièrement des infrastructures du club de crossfit de Mons mais cet aménagement nous offre le luxe de pouvoir travailler certains aspects à domicile. " Un luxe qui permet de bien comprendre ce que représente le crossfit dans la vie de cette jeune femme de 30 ans originaire de Flobecq, dans le Pays des Collines, où elle a débuté son parcours sportif en intégrant, gamine, le club d’athlétisme local.

Son gabarit surprend. Avec son mètre 59, ses… 59 kilos de muscles, et quelques tatouages, elle ne passe pas inaperçue. " Mais le regard des autres m’importe peu car je me sens très bien dans mon corps, le crossfit est devenu un véritable mode de vie pour moi ", nous lance-t-elle avec conviction. En août dernier, avec son pote français Roland Guillot, elle a remporté la catégorie " équipes mixtes " du Marseille Throwdown, l’une des compétitions les plus importante de l’Hexagone.

Le crossfit est une discipline encore très jeune, imaginée dans les années 70 par un couple de sportifs américains… dans un garage ! Toute ressemblance avec des personnages existants, Julie et Damien par exemple, est fortuite. Mais la coïncidence est symbolique puisqu’avant d’aménager leur cave, eux aussi s’entraînaient dans leur garage !

Du sous-sol de sa villa au sommet des podiums, il y a quelques pas que Julie Carton-Delcourt est en train de franchir. Rencontre tout en muscles mais tout en douceur aussi.

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Julie Carton-Delcourt le répète sans détour: "Une fois tous les mouvements maîtrisés, j’avais le besoin de me tester en compétition." Ce qu'elle a fait avec succès en août dernier en remportant le réputé Marseille Throwdown! © BEN COCHE.BE / RIKKIE PICTURES

Julie, commençons par le commencement : c’est quoi le crossfit ?

" C’est une méthode d’entraînement croisé qui va amener une personne lambda, vous, moi, un enfant, une dame âgée, à son meilleur état de fitness, c’est-à-dire son meilleur état de forme actuel possible. C’est un mélange de plusieurs sports existants : l’haltérophilie olympique, la gymnastique et l’endurance dans son acceptation la plus large. On travaille par exemple avec des ergomètres, ces machines qui imitent les sports d’endurance comme le rameur, le SkiErg qui reproduit le ski de fond, le BikeErg pour le vélo… Tout cela est mixé sous de multiples formats différents. Le crossfit est un sport-santé. "

Hormis la métamorphose physique, il y a une métamorphose intérieure.  Cela donne énormément de confiance en soi en permettant à chacun de savoir ce dont il est vraiment capable. Quand on atteint un certain niveau, on pense crossfit, on mange crossfit, on veille à son alimentation et à son sommeil. Mais on s’accorde aussi de temps en temps un petit écart qui porte d’ailleurs un nom dans notre communauté : le cheat meal !

Dans votre vie de tous les jours, que vous apporte le crossfit ?

" Hormis la métamorphose physique, il y a une métamorphose intérieure. Quand on fait du crossfit, on fait partie d’une communauté, d’une famille (NDLR : D’ailleurs, son duo constitué avec Roland Guillot a été baptisé " Fry Family "). Et puis, cela donne énormément de confiance en soi en permettant à chacun de savoir ce dont il est vraiment capable. Quand on atteint un certain niveau, on pense crossfit, on mange crossfit, on veille à son alimentation et à son sommeil, à toutes ces choses qui vont favoriser un meilleur état de forme. "

Vous permettez-vous malgré tout de temps en temps un petit écart alimentaire ?

" Bien sûr ! C’est même recommandé. Toute personne qui s’impose une alimentation bien saine a besoin de ce petit écart qui porte d’ailleurs un nom dans notre communauté : le " cheat meal " (NDLR : Littéralement, le " repas où l’on triche " !). On s’accorde alors un repas un peu moins propre, un peu plus gras et c’est très important pour le moral. En fait, c’est un état d’esprit. À la base, le crossfit propose des mouvements fonctionnels, des mouvements de la vie de tous les jours. Comment bien positionner son dos, sans se faire mal, quand on sort un pack d’eau du coffre de sa voiture ? Le crossfit peut vous aider. "

Un crossfiteur ne rivalisera pas avec un vrai haltérophile ou un vrai gymnaste mais il sera capable de tout faire. En fait, le crossfit c’est… l’heptathlon moderne !

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Ils auraient pu y installer une cave à vin mais Julie Carton-Delcourt et son conjoint Damien Bomboir ont préféré aménager dans la cave de leur maison à Nimy... une salle d'entraînement de crossfit! © Samuël Grulois - RTBF

Vous avez testé le fitness " classique " et vous en êtes revenue. Pourquoi ?

" Après mes neuf longues années d’athlétisme, j’ai fait un break pour me consacrer à mes études d’enseignante. Une fois mon diplôme en poche, j’ai rapidement ressenti le besoin de refaire du sport et je me suis mis au fitness, à la musculation, mais j’ai très vite fait le tour. Il me manquait la recherche de la performance que j’ai retrouvée dans le crossfit avec, en plus, cette multidisciplinarité. On n’a jamais fini ! Chaque année sortent de nouveaux exercices, de nouveaux engins. Quand je pratiquais l’athlétisme, mon entraîneur de l’époque m’inscrivait toujours à toutes les disciplines. Je n’ai jamais été excellente en quelque chose mais j’ai toujours été une touche-à-tout. Un crossfiteur ne rivalisera pas avec un vrai haltérophile ou un vrai gymnaste mais il sera capable de tout faire. En fait, le crossfit c’est… l’heptathlon moderne ! "

Le crossfit, c’est aussi un vocabulaire particulier, très anglophone. Ça tombe bien, vous êtes prof d’anglais ! Pouvez-vous nous citer quelques termes spécifiques un peu… exotiques ?

" La box ! Une boîte, en français, c’est le nom donné à la salle d’entraînement. Autre exemple : le WOD du jour, " Workout of the day ", le travail du jour, l’exercice au programme. Je pense aussi au format EMOM, " Each minute on minute ", quand nous devons faire une répétition spécifique pendant soixante secondes. Il y a également un AMRAP, " As many rounds as possible ", en d’autres mots essayer d’accomplir le plus de tours en un temps donné. "

La discipline a véritablement explosé aux États-Unis, en Californie d’abord, au début des années 2000. Quand elle est arrivée chez nous, on a d’abord parlé d’effet de mode avant de constater le réel engouement qu’on connaît aujourd’hui.

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Pour s'entraîner à domicile, Julie Carton-Delcourt peut donc profiter de sa cave aménagée mais aussi de cette "mini-box" extérieure installée... dans le jardin pour, notamment, grimper à la corde. © Samuël Grulois - RTBF

Crossfit est une marque déposée. Pour l’enseigner et ouvrir une salle, il faut donc un agrément.

" La discipline a véritablement explosé aux États-Unis, en Californie d’abord, au début des années 2000. Quand elle est arrivée chez nous, on a d’abord parlé d’effet de mode avant de constater le réel engouement qu’on connaît aujourd’hui. Et en effet, on ne peut pas se dire " crossfit " d’un claquement de doigts. Pour utiliser cette appellation, il faut payer (NDLR : La société "CrossFit Inc." est une affaire qui roule…). Rien ne vous empêche évidemment de donner des cours de crossfit dans une salle mais sans employer le mot crossfit… On parlera alors de " Crosstraining ", de " Fitness Club ", que sais-je… " (Elle rit)

Dans votre cas, la compétition est rapidement devenue inévitable !

" Une fois tous les mouvements maîtrisés, j’avais le besoin de me tester en compétition. Quand le tournoi est terminé, on reste deux-trois jours sur un petit nuage ! Et puis après, il faut en redescendre pour revenir dans la vie normale, les deux pieds sur terre, et retourner enseigner. Ce sont mes deux univers et c’est toujours sympa de passer de l’un à l’autre. "

En août dernier, vous avez donc décroché l’or à Marseille. Superbe souvenir, j’imagine ?

" C’est de loin la plus belle compétition de l’année pour moi. Il y a d’abord eu un fameux voyage pour y arriver. Rien que d’entrer dans le Dôme de Marseille donnait des frissons. On a eu droit à des épreuves assez insolites comme le paddle sur la mer Méditerranée, un exercice de tir également avec, à chaque tir manqué, une pénalité à réaliser avec la barre d’haltérophilie. C’était donc très original. J’ai encore plein d’étoiles dans les yeux en y repensant ! "

Dans un passé pas si lointain, une belle femme était une femme très élancée, très mince. En 2021, les critères de beauté ont évolué. Pour moi, une belle femme est une femme bien dans son corps, musclée, capable de donner un coup de main dans les travaux à la maison si nécessaire ! En revanche, je subis toujours le regard des autres… Quelqu’un de musclé, ça interroge, surtout quand il s’agit d’une femme. J’ai droit tous les jours à des réflexions !

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Pour une femme, pratiquer le crossfit c'est aussi, quelque part, apporter sa pièce à l'édifice de l'égalité des sexes. "Quelqu’un de musclé, ça interroge, surtout quand il s’agit d’une femme!", regrette Julie Carton-Delcourt. © Samuël Grulois - RTBF

Le crossfit n’est pas (encore) un sport olympique. Mais les meilleurs crossfiteurs de la planète ont malgré tout l’occasion de s’affronter lors d’un (très) gros évènement.

" Oui, les CrossFit Games, officieux championnats du monde de la discipline. Pour pouvoir y participer, il faut passer par une phase de qualification disputée sous formes d’opens. J’y ai pris part. Le programme était costaud : cinq semaines pendant lesquelles toute la planète crossfit se met en compétition sur la même épreuve. On se filme et on envoie nos performances en croisant les doigts. Ensuite, il y avait les quarts de finale à l’issue desquels les soixante meilleurs Européens étaient retenus pour les CrossFit Games. J’ai terminé… 101ème, ce qui est déjà pas mal ! "

Votre corps a changé ces dernières années. Comment le vivez-vous ? Avez-vous dû faire un travail, disons, psychologique pour accepter ce nouveau corps ?

" Un travail psychologique, non. Au contraire, c’est plutôt ma propre vision qui a changé. Dans un passé pas si lointain, une belle femme était une femme très élancée, très mince. En 2021, les critères de beauté ont évolué. Pour moi, une belle femme est une femme bien dans son corps, musclée, capable de donner un coup de main dans les travaux à la maison si nécessaire ! En revanche, je subis toujours le regard des autres… Quelqu’un de musclé, ça interroge, surtout quand il s’agit d’une femme. Qu’elles soient positives ou négatives, j’ai droit tous les jours à des réflexions ! On me demande ce que je fais pour être si musclée, on me conseille même de ne pas en faire trop… alors que je ne cherche en aucun cas à être musclée. C’est ma façon de m’entraîner qui provoque la métamorphose de mon corps. Je répète que je me sens bien dans ce corps. Je crois que les mentalités s’améliorent un peu, oui. Les gens comprennent l’importance d’être en forme pour sa santé, de se remuscler si besoin, c’est déjà ça ! "