Coronavirus : un handicap de plus pour nos sportifs moins valides

Voici quelques situations particulières vécues par nos sportifs moins valides. Elles montrent que pour eux, les mesures de confinement sont souvent plus difficiles encore à vivre que pour les autres.

Une différence essentielle : les sportifs " de haut niveau", bénéficient des dérogations accordées par la Ministre des sports, leur permettant de s’entraîner dans les Centres Adeps de la Communauté Wallonie-Bruxelles. Alors que les sportifs " Espoirs " non ! Ils sont soumis aux mêmes consignes de confinement que vous et moi. Pas d’accès aux infrastructures nécessaires, aucune dérogation, sous peine de sanction.

 

 

Je paye un cavalier professionnel pour entretenir Stuart 

Barbara Minneci est cavalière de Para-Dressage, membre de l’équipe belge qualifiée pour les Jeux Paralympiques de… 2021. Handicapée d’une jambe, incapable de se tenir debout, elle dépend d’une personne pour la porter sur son cheval. Depuis 10 jours, elle est à l’arrêt complet. " A cause de l’épidémie, je me refuse à faire prendre le moindre risque à mon " porteur " habituel donc j’ai tout stoppé. Je paye un cavalier professionnel pour entretenir Stuart ". Barbara garde ce sourire enthousiaste qu’on lui connaît mais n’est pas sans angoisses. Pour subvenir à ses besoins, personnels et sportifs, elle reçoit des aides financières de la Ligue Handisport et de sa fédération (LEWB). "Je crains que le report des Jeux Paralympiques et la crise budgétaire qui va frapper le pays n’affectent les aides que nous recevons. Et sans ces aides, ma pratique sportive est tout simplement impossible ".

Renseignements pris auprès de la Ligue Handisport, l’Adeps ne devrait pas revoir ses subventions à la baisse. Ouf !

30' d’abdos, pompages, exercices d’assouplissement

Piotr Van Montagu, Archer sans bras, n’a pas le statut " haut niveau " mais seulement " Espoir International ". Il est donc confiné, point ! " Les compétitions sont reportées, les salles de tir sont fermées, la piscine et la salle de fitness que je fréquentais aussi. Je passe mes journées devant la Télé, je sors un peu mes chiens, et je fais mes courses une fois par semaine. C’est assez morose. J’essaye de m’astreindre à 30' d’abdos, pompages, exercices d’assouplissement… sur un tapis dans mon salon. Pas terrible ! Certains archers ont installé un pas de tir dans leur jardin, mais pour moi, seul, c’est impossible. J’ai besoin de quelqu’un pour m’installer mon plastron autour du torse, et pour aller rechercher mes flèches si les roues de ma chaise ne passent pas dans l’herbe et la boue ". L’annulation des compétitions à venir et le report des Jeux atténuent un peu la frustration de ne pas pouvoir s’entraîner. " C’est vrai mais j’avais grand besoin du tir pour me défouler physiquement, sortir de chez moi, et garder une vie sociale".

Faire des allers-retours dans ma rue

Léa Bayekula, Athlète Wheeler. D’habitude c’est la piste du White Star Woluwé qui la voit transpirer dans sa chaise de course. Fermée dorénavant. Et comme elle n’est que " Espoir Internationale ", sans dérogation donc, elle n’a pas accès au Centre Adeps qui pourrait l’accueillir. " C’est frustrant et démotivant mais je profite de l’absence quasi-totale de circulation dans ma rue pour y faire des allers-retours, et le rond-point me permet de travailler mes trajectoires en virage. Puis j’ai installé mes rouleaux sur le toit de mon immeuble en ville, et transformé ma chambre en salle de muscu ! ". Etonnante d’optimisme et de détermination, Léa attend le retour des beaux jours, et l’opportunité d’accéder au statut " Haut Niveau " tant convoité.

un automobiliste est venu à ma hauteur et m'a reproché d’être là

Christophe Hindricq, Handbiker, médaillé de Bronze à Rio 2016. En tant que " Haut niveau ", il a l’autorisation de poursuivre ses entraînements dans les conditions habituelles, sous réserve des mesures sanitaires imposées à tous. Il continue donc à rouler, sur les routes de sa région de Ville-Pommeroeul. " Les pistes cyclables sont inexistantes ou défoncées, donc ça se passe toujours sur la route. C’est vrai que c’est dangereux, parce que le trafic est dense et que les conducteurs sont souvent au GSM. Donc depuis le confinement, c’est beaucoup plus facile pour moi".

Et pourtant ! " Il y a quelques jours, un automobiliste est venu à ma hauteur, pour me reprocher d’être là. Disant que j’étais censé être à la maison et que si j’avais un accident, j’occuperais un lit d’hôpital censé accueillir un malade. D’autres me croisent et me font signe " vous êtes fou ! ", c’est vexant, et injuste. J’essaye de ne pas y penser, pour ne pas me décourager ".

On le voit, pour les sportifs et sportives moins valides, la situation actuelle (et à venir !) est souvent frustrante, inquiétante, voire paralysante. On comprend qu’une partie du travail de la Ligue Handisport se concentre sur le soutien psychologique à ces hommes et ces femmes qui se battent pour dépasser leur handicap et performer. Cela fera l’objet d’un prochain article.

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