Cliché olympique : Un film oublié pour la finale du 100 m et une leçon pour la vie

Cliché Olympique : Lalmand et le film oublié Barcelone
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Cliché Olympique : Lalmand et le film oublié Barcelone - © FRANCK FIFE - AFP

Les Jeux Olympiques de Tokyo auraient dû se tenir du 24 juillet au 9 août. Nous avons décidé de profiter de cette période pour revisiter la mémoire des photographes de presse, ces témoins de l’instant, ces capteurs d’émotions. Eric Lalmand (Belga) ouvre le livre de ses souvenirs olympiques à la page Barcelone 1992. Le 27 juillet précisément. Jour de la finale du 100 m féminin.


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Jeune journaliste pour l’agence Reporters, Eric Lalmand découvre les Jeux avec des grands yeux. Après deux ans de carrière, il touche déjà au Graal olympique. "Pour tout photographe de presse sportive, ça reste le top du top dans une carrière". Il obtient même sa place dans la tribune de presse pour la finale du 100 m féminin.

"On nous avait fait peur en nous disant que le podium serait plein de photographes. Donc je me suis pointé à 7 heures du matin avec ma caisse et mon matériel".

La journée se passe, Eric enchaîne les clichés. Et puis arrive la tant attendue finale du 100 m. "Les athlètes rentrent dans le stade. Le starter donne ses ordres. Il y a un silence pesant. On entend tout, on n’entend rien" Et là, le rêve se transforme en cauchemar. "J’entends le coup de feu… et mon franc tombe. Je crie à mon voisin… 'pas de film dans mon boîtier'. J’ai ouvert le dos du boîtier, plongé ma main dans le sac banane où je stockais mes films. J’ai pris le premier qui venait. Je l’ai mis dans mon boîtier. Et le temps qu’il s’amorce - un 100 m femmes ça dure à peine 10 secondes -, j’ai déclenché là où j’étais".

 

De la chance dans sa malchance

Aucun résultat utilisable. Heureusement pour lui, notre compatriote était en charge des couloirs 5 à 8 et la gagnante Gail Devers a couru au 2.

"Le plus embêtant, c’était d’aller expliquer qu’on n’a pas de photo. Mon collègue, qui avait beaucoup d’expérience et qui avait fait beaucoup de Jeux, m’a dit de me concentrer sur la suite. Visiblement, ça ne m’a pas trop porté préjudice puisque j’ai encore fait les Jeux six fois après. Depuis lors, je n’ai plus jamais oublié de mettre un film dans mon appareil".

Ça n’arriverait plus de nos jours

Il faut rappeler qu’en 1992, on était encore au temps de l’argentique et du film de 36 vues. Ce genre de mésaventure est pratiquement impossible avec l’évolution du matériel. "Les cartes mémoires sont immenses et les appareils sont même équipés d’une mémoire tampon en cas de souci. A l’époque, on remettait un film avant chaque moment important. On devait être parcimonieux. Impossible de faire des rafales de 50 ou 100 photos comme aujourd’hui avec le numérique. On est dans un autre monde, on fait presque du cinéma maintenant".

95% de déchet


Malgré les progrès, rien ne remplace le coup d’œil. "C’est la première chose qu’il faut avoir pour être photographe". C’est ce qui permet de se distinguer. "Aux Jeux Olympiques, on a une place fixe… même s’il y a une petite marge de manœuvre. Il est difficile de se démarquer. Parfois, il faut jouer un peu au poker et choisir une place que personne ne choisit en tenant compte de l’expérience et de la connaissance de l’athlète. Et se dire que s’il arrive là, on aura une photo différente des autres".

A Barcelone, ce soir-là, Eric Lalmand n’a pas pu faire usage de son coup d’œil pour la finale du 100 m. Avec le temps, il relativise. "J’en parle sans honte, ça fait partie du métier. Tout le monde rate des photos. Quand on fait un reportage, on n’utilise que 5% des images. Il y a énormément de déchet".

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