Cliché olympique : Dans les yeux de Tia, l'art du placement

Benoit Doppagne s'est positionné pour être "dans les yeux de Tia" au moment où elle a explosé de joie.
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Benoit Doppagne s'est positionné pour être "dans les yeux de Tia" au moment où elle a explosé de joie. - © Belga - Benoit Doppagne

Les Jeux Olympiques de Tokyo auraient dû se tenir du 24 juillet au 9 août. Nous avons décidé de profiter de cette période pour revisiter la mémoire des photographes de presse, ces témoins de l'instant, ces capteurs d'émotions. Benoît Doppagne (Belga) ouvre le livre de ses souvenirs olympiques à la page Pékin 2008. Le 23 août précisément. Le jour de la finale du saut en hauteur, le jour de gloire de Tia Hellebaut.


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Championne d'Europe deux ans plus tôt à Göteborg, Tia fait partie des candidates au podium. Mais l'or lui semble promis à la Croate Blanka Vlasic, intraitable toute au long de la saison. Une médaille belge, surtout dans une quinzaine olympique où il n'y en a une qu'une, ça fait rêver. Et ça se prépare surtout quand on veut immortaliser le moment.

"J'attendais cette photo. Je m'étais placé à côté de son entraîneur. Quand un athlète va faire un record, une médaille, un bon résultat, un de ses premiers réflexes s'est de se tourner vers son coach. Et il se fait qu'en plus son entraîneur (Wim Vandeven) est son mari."

 

Aux premières loges et en mondovision

Tia s'élance, franchit 2m05 au premier essai. Déjà assurée d'une médaille, elle prend la tête du concours. "Elle crie sa joie. Et à ce moment-là, je suis dans le même axe que son entraîneur. Et sur la photo, on a l'impression qu'elle regarde vers moi. En réalité, elle regarde 2m à côté. Mais c'est cette impression qu'elle partage sa joie avec l'objectif qui fait l'intensité de l'image".

"Quand j'étais jeune et que je me suis intéressé à la photo, je me demandais comment les photographes faisaient pour avoir LA bonne image. Est-ce que c'était la chance ? J'ai vite compris qu'une photo se prépare, s'anticipe. Que ça soit en sport ou en politique. Il faut connaître aussi le personnage. Il y a plus de préparation que de chance dans une photo. On sait par exemple, si un athlète saute à droite ou à gauche du tapis pour se positionner comme il faut".

Dans ce cas précis, comme dans d'autres, il a fallu choisir l'endroit et demander les autorisations nécessaires pour à la bonne place au bon moment. Poser un choix aussi. Pas question d'improviser dans un événement comme les Jeux. "On s'assure aussi que les gens devant nous ne sont pas exubérants et ne risquent pas de se lever avec un drapeau. Sinon on peut tout rater. L'expérience fait qu'on sait quand on a pris une bonne photo. Mais évidemment on a hâte de regarder le boitier pour être certain que le réglage n'est pas mal fait etc ..."

Pendant que Tia défile sur la piste, drapée de noir-jaune-rouge, les photographes effectuent en parallèle une course d'obstacles entre les câbles et les stewards. Un des collègues de Benoît chute, tout le monde le voit dans les images du direct. Beaucoup pense que c'est lui. Ce n'est pas le cas. Lui est concentré sur ses photos et vit le moment intensément.

"Je participe aux Jeux à ma manière. Quand elle gagne je suis moi aussi rempli d'émotions. C'est ce qui fait qu'on a envie de faire ces photos. On est témoin, petit acteur derrière notre boîtier. On partage la joie. C'est Tia qui fait l'événement. Moi je fais l'image. Sans sa performance, la photo n'existe pas. C'est un cliché qu'on fait à deux en quelque sorte"

Ce jour-là, Tia devient la première championne olympique de l'histoire de l'athlétisme belge. Une performance qui fait date. Les clichés de Benoit sont là pour en témoigner. L'un d'eux a même trôné dans les couloirs du COIB.

"Quand je pense Jeux olympiques, je repense à ce moment. Cette médaille arrive à la fin des Jeux après quinze jours intenses. C'est un souvenir inoubliable".

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