Béa Diallo après les décès de boxeurs en plein combat : "Les enjeux financiers peuvent mettre le boxeur en danger"

Le boxeur américain Patrick Day ce mercredi, quelques jours après une lésion cérébrale traumatique en plein combat, l’Argentin Hugo Santillan ou encore le Russe Maxim Dadashev, à une semaine d’intervalle cet été, tous les 2 victimes d’hémorragie cérébrale… Le monde de la boxe a perdu 3 des siens ces dernières semaines.

"Le fait de prendre des coups sur la tête induit 2 grands risques pour le cerveau" explique Jean-Christophe Bier, neurologue à l’hôpital Erasme à Bruxelles. "D’abord un risque lié au coup qu’on prend au moment où on le reçoit, et qui induit des lésions cérébrales immédiates, comme une hémorragie cérébrale (donc un vaisseau qui lâche, qui rompt, et qui fait qu’on ne va pas bien, voire qu’on peut décéder) ; et par ailleurs, le fait de prendre des coups sur la tête, même moins intenses, peut à long terme faire que le cerveau fonctionne beaucoup moins bien."

Perte d’équilibre, tendance à la dépression, et même idées suicidaires : 30% des boxeurs seraient atteints de ce qu’on peut appeler cette "démence pugilistique" après leur carrière. Le plus célèbre d’entre eux étant évidemment Mohamed Ali. "La boxe est un sport dangereux" admet Hugues Hellebaut, vice-président de la Ligue francophone de boxe. "Le but et l’intérêt d’avoir des fédérations sérieuses (ce qui est le cas de la plupart des fédérations), c’est d’avoir un sport qui reste contrôlé. Mais ceci dit, ce n’est pas un sport plus dangereux que nombre d’autres sports".

Chez nous, les accidents de sports de combat représentent 4% des accidents, tous sports confondus. Ils sont rares, mais sérieux même si chaque boxeur est suivi de près par les médecins. "Ils sont évidemment très suivis médicalement", précise Hellebaut. "Il y a nombre d’examens médicaux qui sont pratiqués chez tous les boxeurs, en ce compris les amateurs. Et ces examens auront lieu tout au long de la carrière de tous les boxeurs, amateurs et professionnels." Une myopie qui dépasse 3 et demi par exemple, ou encore un souffle au cœur, sont des motifs de refus de licence. Avant son premier combat, chaque boxeur reçoit un passeport médical qui le suivra toute sa carrière, avec visites obligatoires chez le médecin. L’athlète est ausculté avant chaque combat, et devra passer régulièrement des scanners du cerveau s’il devient professionnel.

"Si la boxe est bien pratiquée, ce n’est pas un sport dangereux. Si elle mal pratiquée, par contre, elle devient très dangereuse."

Béa Diallo, 6 fois champion du monde, prône également pour une formation poussée des entraîneurs : "La boxe est un sport qui n’est pas dangereux à partir du moment où il est bien encadré, accompagné, et où toutes les explications sont fournies par l’encadrement autour du boxeur. Mais évidemment les coups portés sont toujours des coups dangereux. C’est pour ça qu’il faut vraiment mettre en place de vrais règlements et tout un accompagnement." Le danger est donc plutôt limité, selon le champion belge. Qui n’a ressenti aucune crainte quand son fils Ibrahima a décidé lui aussi de monter sur le ring. "Tu ne deviens pas dur parce que tu prends des coups sur la tête. Tu deviens bon parce que tu sais éviter les coups…" précise Diallo (père). "La première chose que fait mon fils, c’est de ne pas se faire toucher. La première fois qu’il est monté sur un ring de boxe, il n’a pas arrêté de bouger. Je lui ai dit que c’était bien, mais qu’il devait aussi de temps en temps frapper l’adversaire, sinon il ne marquerait pas de point (sourire)". Ibrahima Diallo (le fils) confirme : "Si la boxe est bien pratiquée, ce n’est pas un sport dangereux. Si elle mal pratiquée par contre, elle devient très dangereuse."

Alors comment expliquer les décès récents qui se sont enchaînés ? Fatalité, ou bien ces drames auraient-ils pu être évités ? "Ces boxeurs, pour en arriver à mourir sur un ring, ont pris des coups à l’entraînement. Ça arrive même de prendre des K.O. à l’entraînement. Et normalement quand un boxeur prend un K.O., même simplement à l’entraînement, eh bien il est obligé d’arrêter la boxe pendant minimum 30 jours, d’aller chez le médecin, etc. etc. Mais quand il y a des enjeux financiers derrière, que des entraîneurs ont signé un contrat et décident de quand même faire ce combat, ça met le boxeur en danger. Quand le boxeur est en difficulté sur le ring, il y a 2 responsabilités : celle du coin (ndlr : le staff du boxeur) et celle de l’arbitre, qui peut arrêter le combat, attendre un peu, voire faire évacuer le boxeur."

Dangereuse mais de plus en plus contrôlée, la boxe est et restera pour beaucoup, avant tout, le noble art.

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