"Aujourd'hui, la dimension durable n'est plus une option"

Jeux Olympiques de Londres 2012
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Jeux Olympiques de Londres 2012 - © DRIES LUYTEN - BELGA

Il est le " M. Développement Durable " des Jeux de Londres. En 2003, David Stubbs devient la figure de proue du programme de Développement Durable de Londres 2012. Un dossier qu’il suit de préparation de la candidature à l’organisation de la compétition en elle-même.

Aujourd’hui consultant expert, il intervient auprès d’organisations de grande envergure afin de les aider dans la mise en place d’une politique durable et cohérente. Toujours proche du monde du sport, il a fait partie de la commission d’évaluation du CIO pour l’attribution des Jeux 2020 et 2022.

Vous rejoignez dès 2003 l’équipe qui prépare le dossier de candidature de Londres pour l’accueil des Jeux Olympiques 2012, un dossier retenu par le CIO l’année suivante. Comment cette mission vous a-t-elle été attribuée ?
DS : J’étais en contact avec le comité olympique britannique (BOA) 5 ans avant la candidature. Ils avaient l’ambition de prospecter sur les aspects environnementaux et souhaitaient savoir quels points intéressaient le CIO à ce niveau-là. C’était une sorte de pré-candidature et lorsqu’une équipe officielle s’est constituée, ils ont fait appel à moi.

Pensez-vous que l’intégration du développement durable ait été un élément déterminant pour le choix de la candidature londonienne ?
DS : Pas tout à fait déterminant, mais disons important. A l’époque, l’idée d’héritage commençait tout juste à entrer dans l’esprit du mouvement olympique. Pour nous (Londres), c’était aussi une façon de se démarquer de nos concurrents Paris, New York, Moscou et Madrid.
Pour Ken Livingston, premier Maire de Londres élu par les citoyens, c’était également un élément primordial. Dès son élection, il a créé des équipes autour de la gestion des déchets, de l’énergie et de tous ces aspects. Avoir une candidature qui ne tenait pas compte de ces éléments était impensable. Il avait également comme objectif la régénération de l’Est londonien et souhaitait profiter des Jeux pour mener à bien cette démarche. Il y avait un engagement fort des dirigeants en la matière. C’est un élément-clé car sans cet intérêt, on ne peut rien faire.

Pensez-vous que la ville gagne réellement à investir autant dans ce secteur ?
DS : Cela dépend des Olympiades et de la stratégie choisie par chaque ville. Pour Londres, le parc olympique a été construit dans une friche industrielle. Beaucoup d’argent a été dépensé pour la réhabilitation du site, mais cela ne concerne pas simplement les Jeux. Il s’agit de la régénération de tout un quartier. Il est donc très complexe de déterminer quels sont les coûts pour les Jeux et ceux qui le sont pour l’avenir. Les deux sont liés. Pour avoir les Jeux, il faut construire un stade, une piscine, un vélodrome. Mais en même temps on réhabilite le terrain, on crée des réseaux de transports, un nouveau parc et plein d’autres choses. Le village olympique est maintenant une zone résidentielle pour plusieurs milliers de gens. L’important est donc d’avoir une vision à long terme pour la ville et pas seulement pour les Jeux.

Une politique de développement durable, c’est un réel investissement pour les porteurs de projet ?
DS : Pas nécessairement, surtout si cette démarche est intégrée dès le début. Cela passe par la considération de toutes les politiques d’approvisionnement, de gestion globale et d’utilisation finale. On a réalisé beaucoup d’économies de ressources en énergie, en eau, en combustibles grâce à notre politique de consommation. Cela nous a même rapporté de l’argent auprès des sponsors. Il est très important d’avoir un programme cohérent tout au long du projet, et qu’il soit parfaitement intégré du haut en bas de l’échelle. Les Jeux sont un événement qui représente des quantités énormes de matériaux. Il faut intégrer les prix d’achats mais aussi les prix de ventes, et définir comment l’on va se débarrasser de tous ces matériaux. Lorsque l’on prend tous ces éléments en compte, certaines technologies coûtent plus chères au début et représentent un réel investissement mais cela concerne plutôt le côté construction. Côté organisation c’est une question de gestion tout au long du programme.

Pensez-vous que c’est la raison n°1 de la réussite économique des Jeux de Londres ?
DS : Au début, beaucoup de monde a critiqué le coût des Jeux. Gagner de l’argent est d’ailleurs un des challenges du mouvement olympique, avec beaucoup de débats sur la rentabilité et la validité à long terme de ces projets car il est difficile de prouver les bénéfices économiques ou sociaux d’un tel événement. A Londres, on ne peut pas dire de manière scientifique quelle part de l’économie actuelle provient des Jeux et quelle part provient de la politique mise en place ou d’autres projets. La différence, c’est le délai de mise en œuvre. Si Paris avait eu les Jeux en 2012, la réhabilitation de l’Est londonien aurait tout de même eu lieu, mais plus lentement et de façon moins stratégique.

On entend souvent que les Jeux de Londres ont été les Jeux les plus " verts " de l’Histoire. Mais pensez-vous qu’un événement d’une telle ampleur, avec tout ce qu’il induit, puisse être qualifié d’écologique ?
DS : Non bien entendu. Si l’on souhaite réaliser un acte écologique on ne se lance pas dans l’organisation des Jeux Olympiques. L’important c’est la façon dont on agit pour limiter l’impact sur l’environnement. On a beaucoup appris, échangé, nous avons laissé un héritage très important pour l’avenir et bien fait avancer le sujet. Cette problématique est désormais intégrée dans le monde Olympique et des éléments très positifs ont dérivé de notre programme.

Lesquels en particulier ?
DS : Je pense notamment à la norme ISO 20121. C’est une norme internationale que tous les événements sportifs vont être amenés à appliquer. A Paris, la COP21 était certifiée ISO 20121. Roland-Garros l’est aussi, comme l’EURO 2016 le sera. C’est une vraie réussite car on a défini comment gérer un grand événement de façon durable.
Je pourrais aussi citer le travail que l’on a réalisé sur notre politique d’achats et d’approvisionnement, via le " Sustainability Sourcing Code ". Nous avons créé une nouvelle méthodologie d’évaluation de l’empreinte carbone qui est appliquée à Rio (JO 2016) et le sera à Tokyo (JO 2020). Le but étant de réaliser une estimation la plus globale, la plus juste et le plus en amont possible.

Retenez-vous également quelques échecs ou insatisfactions de cette expérience ?
DS : Oui bien sûr, même si je suis satisfait, rien n’est parfait ! La communication autour de notre programme était bonne, mais peut-être que nous n’avons pas suffisamment profité de la présence de tous les médias internationaux pour parler davantage de cette réussite. D’un autre côté, c’est difficile d’accrocher les médias sur ce sujet alors qu’en même temps se déroule la finale du 100 mètres. L’intérêt médiatique n’est pas le même.

Est-ce vital dorénavant de construire sur le socle que vous avez mis en place ?
DS : Aujourd’hui la dimension durable n’est plus une option. L’héritage des Jeux est un élément décisif. La problématique n’est pas seulement environnementale, elle englobe le développement durable au sens large. Elle intègre aussi des aspects sociétaux comme la lutte contre la corruption ou le dopage. Les grands principes du développement durable sont la transparence, l’intégrité, la responsabilité et la globalité. Ces principes sont essentiels pour l’avenir du sport.

Propos recueillis par Elliot Fleys et Charlotte Motteux

Article issu de la revue 34 du Think tank Sport et Citoyenneté "Sport et Environnement".
Conférence inédite "Sport et développement durable,
quand le sport laisse son empreinte", 31 mars 2016, Nantes. Information : https://sportetdd.eventbrite.fr/

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