Alain Hubert : « Les accidents sur l'Everest, ça ne m'étonne pas »

Embouteillages dans la zone de la mort
Embouteillages dans la zone de la mort - © HANDOUT - AFP

L'image a fait le tour du monde. On y voit des dizaines d'alpinistes faire la file au pied du ressaut Hillary située à près de 8.800 mètres d'altitude, dernier verrou avant d'accéder au sommet de l'Everest. Des embouteillages dans ce qu'on appelle « la zone de la mort », cette partie de la montagne située à plus de 8.000 mètres et où la privation d'oxygène empêche, à court et long terme, toute forme de vie humaine. 

« Cette image m'attriste » explique Alain Hubert qui a tenté plusieurs fois l'ascension du plus haut sommet du monde dans les années 90 (en style alpin, sans aide extérieure et sans oxygène). « C'est bien loin de ce que nous avons connu à l'époque. Cet engouement commence à poser de véritables problèmes en terme de risques que l'on court quand on s'engage dans la partie finale de cette ascension où c'est finalement du chacun pour soi.»

Coût du permis d'ascension: 11.000 euros

Cette année, le gouvernement népalais a distribué plus de 380 permis d'ascension (à 11.000 euros pièce), essentiellement à destination d'alpinistes faisant partie d'expéditions commerciales et qui ont opté pour une formule clef-sur-porte avec un service tout compris dont la présence, à leur côté, d'un sherpa dont la mission est de les assister pour les emmener au sommet.

Pendant ces quelques semaines passées sur les flancs de la montagne (l'ascension de l'Everest n'étant possible qu'à deux périodes de l'année entre mi-avril et fin mai et à l'automne), les expéditions s'acclimatent à la haute altitude en réalisant des aller-retours vers les différents camps d'altitude dans l'attente d'une fenêtre météo favorable. Un créneau de 2 ou 3 jours dans lequel s'engouffrent les alpinistes en direction du sommet. Avec pour conséquence de véritables embouteillages aux endroits les plus techniques où le passage ne peut se faire qu'au compte gouttes. Les alpinistes redescendant du sommet croisant ceux qui montent.

Une longue attente fatale à 10 alpinistes cette saison, certains atteints du mal aigu des montagnes, d'autres victimes du froid ou de chutes.

De nombreux alpinistes sont laissés pour compte

« Quand on consomme de l'oxygène en bouteille, à 8500, c'est comme si on était à 6500 » ajoute l'aventurier belge. « Ce n'est donc pas si on n'en utilisait pas du tout. Quand on doit faire la file, si les réserves s'épuisent ou si le dispositif présente un problème, le sherpa qui accompagne ces touristes n'a pas toujours la possibilité d'aider son client. Et donc, il arrive de nombreux accidents de personnes qui n'en peuvent plus et qui sur le chemin du retour sont laissées pour compte. »

En 2016, le belge Paul Hegge a atteint le sommet de l'Everest par la voir tibétaine, le versant nord, plus exposé, technique et moins fréquenté. « Lorsque nous sommes arrivés au sommet, il y avait un groupe d'une vingtaine de personnes qui arrivait par le sud (la voie népalaise dite normale), il n'y avait donc pas de place pour nous. Nous sommes restés debout, avons pris quelques photos puis sommes redescendus. Pour endiguer ce phénomène de sur-fréquentation, il faudrait mettre sur pied une auto-régulation. Le gouvernement doit limiter le nombre de permis d'ascension. Les agences qui commercialisent le sommet doivent de leur côté exiger des aptitudes des candidats au sommet avec un niveau minimum d'expérience parce qu'actuellement, il est possible de réserver sa place dans une expédition en quelques clics sur internet. »

Autre responsabilité, celle des alpinistes eux-mêmes qui sont prêts à tout pour fouler le toit du monde, quitte à y laisser leur vie.

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