1920-2020, le centenaire des Jeux d'Anvers – Quand l'art offrait des médailles olympiques

Laura Knight a gagné une médaille d'argent aux Jeux de 1928, grâce à ses boxeurs
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Laura Knight a gagné une médaille d'argent aux Jeux de 1928, grâce à ses boxeurs - © DR

Le saviez-vous ? Il fut un temps où il n’était pas utile d’avoir la moindre prédisposition athlétique pour participer aux Jeux Olympiques. Il n’était même pas nécessaire de s’entraîner physiquement. Ce fut notamment le cas aux Jeux d’Anvers, il y a un siècle.

De 1912 à 1948, des vainqueurs étaient sacrés "champions olympiques" dans des disciplines que l’on n’imagine plus au programme des Jeux à l’heure actuelle. Des compétitions artistiques étaient organisées aux JO.

Il fallait absolument que les œuvres présentées soient originales. Et qu’elles aient un rapport avec le sport, ou soient inspirées par le sport.


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Des prix étaient décernés en architecture, en littérature, en musique, en peinture, et en sculpture. Au fil des ans, des subdivisions sont apparues. Par exemple la musique instrumentale, la musique orchestrale, les solos et les chorales. Ou la littérature dramatique, la littérature épique et la littérature lyrique. Ou l’architecture et l’urbanisme. Ou le dessin, les arts graphiques, et la peinture à l’huile et à l’eau. Ou les bas-reliefs, les médailles, et les statues. Tout cela n’a cessé d’évoluer.

Certains auraient voulu que l’on offre des récompenses pour la danse, le cinéma, la photographie et le théâtre, mais cela ne s’est jamais fait.

Le Pentathlon des Muses

C’est le père des Jeux Olympiques modernes, le Baron Pierre de Coubertin, qui a eu très tôt l’idée de ces compétitions artistiques. Il considérait qu’un véritable athlète devait être à la fois un sportif et un artiste.

Il fait accepter son projet en 1906, mais les concours olympiques d’art ne voient le jour qu’aux Jeux de Stockholm, en 1912, malgré la réticence des organisateurs, et des artistes eux-mêmes. Ces épreuves portent le nom de "Pentathlon des Muses".

Si l’on tente de vous piéger avec cette question : "Pierre de Coubertin a-t-il été champion olympique ?", sachez que la réponse est "oui". En 1912, il présente une œuvre, "Ode au Sport", dans la catégorie "littérature". Pour ne pas influencer le jury, il ne signe pas de son nom, mais utilise un pseudonyme, "Georges Hohrod et Martin Eschbach". Avait-il un réel talent, ou les juges ont-ils su qui était l’auteur de ce poème en prose ? En tout cas, "Ode au Sport" a reçu la médaille d’or. Pierre de Coubertin a donc bien été champion olympique.

Les Jeux Olympiques d’Anvers

Les concours d’art n’ont pas connu un grand succès, lors des Jeux de 1912, 1920, et, dans une moindre mesure, 1924. Les participants étaient peu nombreux, et étaient parfois moins connus et moins doués que les membres du jury (dont Igor Stravinsky, par exemple, a fait partie en 1924). Les œuvres n’étaient pas toujours de grande qualité, et les juges se sont régulièrement abstenus de décerner une médaille d’or.

La liste des œuvres en compétition n’a pas toujours été scrupuleusement archivée. Et certains médaillés ont refusé que leur travail soit dévoilé au public. Il est donc impossible de voir ou d’entendre, à l’heure actuelle, tout ce que les artistes de l’époque avaient préparé pour les Jeux Olympiques. Il y a pas mal d’incertitudes, voire d’inexactitudes, dans les documents que l’on peut retrouver aujourd’hui. Et beaucoup d’œuvres ont disparu. C’est vrai, notamment, pour Anvers. D’autant plus que le rapport officiel des Jeux Olympiques de 1920 n’a été rédigé que plusieurs décennies plus tard. Mais les lauréats des compétitions artistiques y figurent bien.

Deux artistes belges gagnent une médaille d’or (de vermeil, disait-on à l’époque), en 1920 : Georges Monier en musique, et Albéric Collin en sculpture. La Belgique s’adjuge également une médaille d’argent et trois médailles de bronze, à Anvers. Notre pays est classé dixième, au palmarès global des récompenses obtenues lors des compétitions artistiques, de 1912 à 1948. Avec deux premières places, une deuxième place, et cinq troisièmes places.

Le succès, enfin

Tout change, aux Jeux Olympiques d’Amsterdam, en 1928. Les sous-catégories apparaissent, et les artistes un peu mieux cotés s’intéressent maintenant à ces compétitions. Ils sont plus de 1200 à concourir aux Pays-Bas.

Un lauréat fait beaucoup parler de lui. Jan Wills gagne la médaille d’or, en architecture. C’est lui qui a réalisé le stade olympique qui accueille les athlètes.

En 1932, les concours d’art attirent encore pas mal d’artistes, et sont pris très au sérieux. Le public est enthousiaste. Plus de 400.000 personnes vont admirer les œuvres en compétition, dans un musée de Los Angeles.

En 1936, à Berlin, les disciplines artistiques servent, elles aussi, la propagande nazie. Les lauréats allemands sont légion.

Le déclin

Après la Deuxième Guerre mondiale, on décerne à nouveau des médailles, en art, aux Jeux Olympiques de Londres. Mais en 1948, ces concours sont relégués au deuxième plan, le nombre de participants baisse considérablement, et les œuvres ne sont pas toutes de grande qualité.

Peu de temps après, le Comité International Olympique commence à se poser la question de la légitimité de ces concours d’art. Les artistes vivent de leur talent, donc sont professionnels. Or, les Jeux Olympiques sont réservés aux amateurs. Dès 1928, une polémique était née, quand on avait appris que les artistes pouvaient vendre leurs œuvres, à l’issue des Jeux.

Ce sujet divise à nouveau les membres du CIO. Dans un premier temps, on décide de remplacer les compétitions d’art par une exposition, pour les Jeux d’Helsinki, en 1952. Puis, en 1954, le mariage entre les Jeux Olympiques et l’art est définitivement abandonné. Mais la charte olympique précise, aujourd’hui encore, que des événements culturels doivent être organisés en marge des Jeux.

Au milieu des années cinquante, les lauréats des catégories artistiques, couronnés lors des Jeux précédents, disparaissent des palmarès officiels, et les 146 médailles attribuées ne sont plus comptabilisées dans les bilans par pays.

Quelques curiosités

En 1924, l’URSS ne participe pas aux Jeux Olympiques de Paris, considérant ce rendez-vous comme un "festival bourgeois". Pourtant, trois artistes soviétiques prennent part aux compétitions artistiques.

Les épreuves d’art étaient mixtes. Onze femmes ont été médaillées, mais une seule a gagné un titre olympique. En 1948, la Finlandaise Aale Tynni, a remporté l’épreuve de littérature, pour un poème intitulé "Laurel of Hellas".

Toujours aux Jeux de Londres, le Britannique John Copley a terminé deuxième en peinture, dans la catégorie "gravure et arts graphiques", pour ses "Polo Players". Il avait alors 73 ans. Ce qui en fait le médaillé olympique le plus âgé de l’histoire. Ou en "ferait", si les championnats d’art n’avaient pas été retirés des palmarès olympiques. Mais le "sportif" le plus âgé à avoir gagné une médaille olympique est bien le Suédois Oscar Swahn, dont nous vous avons raconté l’histoire.

Deux hommes ont remporté des médailles olympiques en sport et en art. L’Américain Walter Winans a gagné l’or en 1908, et l’argent en 1912, en tir. Et il a aussi pris la première place, en sculpture, aux Jeux de Stockholm. Le Hongrois Alfred Hajos, qui avait gagné deux médailles d’or en natation, aux Jeux d’Athènes, en 1896, a décroché l’argent en architecture, à Paris, en 1924.

Deux présidents du Comité International Olympique ont tenté leur chance aux épreuves artistiques des Jeux. Il y a Pierre de Coubertin, on l’a déjà signalé. Et il y a Avery Brundage. L’Américain a participé aux Jeux comme athlète, en 1912, puis comme écrivain, en 1932 et 1936. Il a été patron du CIO de 1952 à 1972. Ce fervent défenseur de l’amateurisme dans le sport n’était pas à une contradiction près. C’est sous sa présidence qu’a été entérinée la disparition des compétitions artistiques aux Jeux Olympiques.

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