Championnats sportifs européens : le rayonnement d'une idée, les nuages de son calendrier

Glasgow nous a appris une chose : un ciel nuageux et des averses peuvent vite laisser la place à une éclaircie chaleureuse. L’inverse est vrai aussi. Alors quand la plus grande ville d’Ecosse accueille les premiers Championnats Sportifs Européens, c’est l’assurance de passer par tous les sentiments, mais également d’observer toutes les facettes d’un événement de grande envergure.

Une première édition est toujours particulière. Elle suscite de nombreuses interrogations, des craintes, des espoirs. Une interminable attente pour découvrir quelque chose de neuf et donc d’excitant. Une patience mise à rude épreuve et qui renforce la sensation finale d’allégresse ou de déception.

La volonté était de donner de la visibilité à des sports moins présents dans les pages des quotidiens ou dans les conduites des journaux télévisés. Globalement, l’objectif est atteint et le rendu donne une image positive. Un ciel plutôt dégagé quand on sait que créer un nouvel événement sportif, alors que les agendas sont déjà surchargés, n’est pas une sinécure. Faire en sorte de rassembler des disciplines aussi différentes que variées peut même être considéré comme un véritable exploit.

Réussite organisationnelle et sportive

Cyclisme (sur piste et sur route), BMX, mountain bike, aviron, triathlon, natation (vitesse, endurance, synchronisée et plongeon), gymnastique, golf. Toutes ces disciplines se sont réunies à Glasgow avec de belles performances à la clé. 52 pays différents. De belles têtes d’affiche. Sauf en golf, qui était un peu à part, et sans oublier l’athlétisme qui se déroulait à Berlin. Nous y reviendrons.

Les résultats, justement. La Belgique a eu droit à un tourbillon d’émotions. 19 médailles. 13 à Glasgow. 6 à Berlin. Notre pays se classe 11e au classement par nation. 9e, si on compte juste le nombre de médailles décrochées. Pas mal ! C’est même plutôt très bien. Mis à part en golf, en aviron et en BMX, au moins un athlète belge par discipline a reçu un bout de métal d’or, d’argent ou de bronze autour du cou.

Une moisson qui s’inscrit dans la volonté des différentes fédérations belges de se professionnaliser. De faire grandir, progresser et performer ses adhérents. Le potentiel est là, il ne reste qu’à le faire germer. C’est dans l’ère du temps, tout est question de moyens, d’infrastructures. Tous nous l’ont dit : "Cet événement est un vrai coup d’éclairage sur nos sports et permettent au grand public de s’y intéresser". De quoi susciter des vocations, peut-être. De quoi surtout ramasser les coûts.

Et à ce petit jeu, ces championnats européens ont fait dans le tape à l’œil. Toutes les compétitions ont été bien suivies et doublées d’une belle petite ambiance dans les gradins. Ne pas gonfler la capacité des tribunes était certainement la résolution la plus intelligente à adopter pour s’assurer d’être sold out.

Des enceintes flambantes neuves, fraîchement reprises des Jeux du Commonwealth de 2014, une communication visuelle efficace, des bénévoles serviables et souriants et une ambiance générale rassurante et bon enfant. Comme si les organisateurs avaient prié toute une ville de ne faire aucune fausse note. Après tout, "on n’a qu’une fois l’occasion de faire une bonne première impression".

Même la fameuse douche écossaise a freiné ses ardeurs et ses envies de tremper tout le monde. Mis à part, le jour de la mini-cérémonie d’ouverture et ce dernier dimanche très pluvieux, la météo a été clémente. Ni trop chaud, ni trop froid. Pas trop humide, ou en tout cas par intermittence seulement.

Erreur de timing

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, tout n’a pas été parfait. Comme un vilain ciel gris qui amorce une période maussade. 500 journalistes accrédités à Glasgow. Le succès médiatique n’est pas vraiment au rendez-vous. Plusieurs explications rationnelles à cela. D’abord le calendrier. Il y a un mois, nous étions en pleine Coupe du Monde de football, événement sportif le plus suivi sur la planète. Beaucoup ont été repus de sport. Il est compliqué de rivaliser avec une discipline qui draine autant d’enthousiasme. Seul hic, ces championnats européens sont censés se dérouler tous les quatre ans et donc tomberont à chaque fois après la Coupe du Monde.

La réunion de différentes disciplines, qui au départ ont leur propre agenda pour leur championnat d’Europe respectif, pose également quelques remous. Par exemple, pour le cyclisme, le timing n’est pas terrible. Intercalée entre des Tours importants, la course n’est pas nécessairement la priorité des coureurs, et surtout des équipes. Elles ne laissent pas facilement filer leurs hommes pour des tours de roues qui ne leur rapporteront rien.

En parlant d’argent, les moyens financiers pour couvrir ce type de compétitions ne sont pas extensibles. Difficile pour les médias de répondre aux contraintes monétaires qu’exigent ces événements. D’autant qu’il leur faut garder des ressources pour le reste de l’année.

Autre nuage dans le ciel de Glasgow, c’est la confusion avec les Jeux Européens. Une autre compétition multi-sports, organisée par les comités olympiques européens. Dans le cas de ces championnats, ce sont bien les différentes fédérations des sports concernés qui se sont unies pour la mise en place de ce nouvel événement. L’imbroglio provoque une incompréhension chez certains amateurs de sport et nuit évidemment à la lisibilité et à l’importance des performances réalisées.

Mais là où le temps est à l’orage, c’est sans aucun doute dans le manque de lien entre les sports impliqués. Six disciplines se déroulaient dans la même ville et pourtant les athlètes ne se sont pas (ou peu) croisés. Dans des hôtels différents, proche de leur endroit de compétition et donc forcément un "mélange" difficile puisqu’il n’existe pas de lieu similaire à un village olympique. L’objectif était d’organiser à moindre coût avec des installations existantes, il est donc normal de ne pas avoir construit un site de rassemblement.

Enfin, une fois que l’athlétisme à Berlin est entré en scène et a illuminé l’Europe de sa chaleur, Glasgow a presque été oublié. Bien sûr les performances et médailles belges ont été évoquées, mais l’embellie s’est déplacée vers l’Allemagne et la piste. À l’avenir, l’ambition est de regrouper l’athlétisme avec les six autres fédérations pour justement donner encore plus d'ampleur à l’événement.

Tout s’est admirablement déroulé, mais force est de constater que le sentiment est tempéré, comme la météo. En attendant, comme le dit le proverbe, après la pluie vient le beau temps. Il est donc envisageable que ces championnats européens rayonnent de plus belle dans quatre ans.

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