Berlin, terre d'émotions

Tiens ce matin je suis un peu orphelin... orphelin de sensations, d’émotions, de finales, de médailles. Retour en Belgique pour la délégation de Berlin. Pour ces athlètes belges qui nous ont régalé pendant cette semaine sur la piste bleue du stade olympique. 

Le bilan vous le connaissez : 6 médailles (3 en or, 2 en argent, 1 en bronze). Plus besoin de vous le détailler. Tout a été dit sur ces moments de plénitude. Alors voici mon bilan. Sur le podium émotionnel d’un commentateur sportif, il faut de la performance, du suspens et de l’ambiance. 

Des moments qui font "kiffer" comme disent les jeunes.

Nafi la chasseuse

En heptathlon, il faut l’instinct du chasseur. Les proies sont les performances qu’il faut aller capturer. La lutte contre soi, garder sa concentration, et galoper après la perf pour tenter de la dévorer. Comme une lionne affamée tomberait sur un morceau de "bidoche" après un mois de jeûne.

Si je retiens un moment fort de Nafi c’est ce 3ème essai au javelot... c’est lui le morceau de "bidoche" en question. C’est là que la survie se joue. Soit on attrape la proie et on vit, soit on la loupe et on meurt. 

Alors la lionne chasseuse fouette, l’engin transperce le ciel et nos gorges de commentateur. Ça va haut. Ça va loin. Ça va dans le cœur. 

"Ouaiiiis c’est génial...elle y est". Là on comprend que la chasseuse a "bouffé".

Jonathan est "bronzé"

Jonathan Borlée... mettez-vous une seconde à sa place. Son jumeau a déjà goûté à 2 médailles individuelles, et lui ... rien.. que dalle !!

Des breloques en équipe avec le relais mais ce podium sur 400 individuel, il en rêve. Ça l’obsède même... un peu, beaucoup, passionnément... 10 ans qu’il galope derrière. Et ce qui est magique avec la gémellité, c’est que ce manque est réel aussi pour Kevin.

Il donnerait son cœur, ses jambes pour que Jo y arrive. Et moi, je donnerais mes cordes vocales pour assister à ça. 

Alors, avec Fred Xhonneux, on donne de la voix dans cette ligne droite à l’accent belge. Regards croisés sur la ligne... 

"Tu l’as ? Oui je l’ai... enfin !". Les larmes ne sont pas loin. Argent, bronze... qu’importe la couleur... Berlin les a unis à jamais.

Relayons nous !

21 finales, 10 médailles, 10 ans au top. À peu de choses près, les Tornados seront bientôt au "Guinness Book". Vibrations incroyables qui montent de la piste. Une dernière ligne droite déchirée par les coups de spikes de Kevin. Ça monte dans les tours. Le cœur palpite. Ma chaise vacille. Mes jambes se dressent. L’Espagnol craque. Kevin vole. Ligne franchie, le bâton frappant cette poitrine fière montrant à l’Europe qui sont les "boss". "Waar is da feestje ?"

Hurlements en tribune, et re-claquage de cordes vocales. Que c’est beau ! Que c’est bon ! Même en écrivant ces lignes les émotions me remontent dans les veines. 

Moment fort aussi avec les filles de Carole la coach. Camille, Cynthia, Hanne, Justien, Margo ont été grandes elles aussi. On y a même cru à cette médaille improbable du 4x4 version "Cheetahs". Relayons donc ce sentiment de s’arracher l’un (ou l’une) pour l’autre. De donner ses tripes pour la Belgique.

Derniers instantanés

Enfin je retiendrai de cet Euro historique encore quelques images... la 4ème place de Hanne Claes au 400 haies, elle qui s’est sacrifiée pour le relais en disputant les séries du 4x4 quelques heures avant sa finale individuelle. Ne pas oublier le visage illuminé par la stupéfaction glorieuse de Cynthia Bolingo (record perso sur 400). Se rappeler la vaillance de Camille Laus en capitaine de route exemplaire des "Cheetahs".

Prendre un cliché de la rage d’un Koen Naert préparé comme jamais pour succéder au dernier Belge (Karel Lismont) champion d’Europe du marathon, il y a 47 ans. Se souvenir de l’interview de Bashir Abdi après sa médaille sur 10.000. Lui le réfugié somalien pensant à remercier la Belgique, ce pays qui l’a accueilli. Une médaille pour la vie. Ou encore la bataille au millième de Ismael Debjani pour aller se glisser, dans un trou de souris, dans la terrible finale du 1500. Et enfin cette impression monstrueuse laissée par Jonathan Sacoor en relais. Le champion du monde junior est un futur crack du 400. Longtemps que je n’avais plus apprécié une foulée aussi aérienne. 

Dernière image, dernier hommage à Fred. Mon complice à l’antenne, là juste à ma droite en position commentateur. Médaille d’or des consultants. Je ne sais pas vous..mais moi il m’apprend des trucs tous les jours. Et que c’est bon d’apprendre en s’amusant autant.

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