Un Belge au départ de la Barkley, la course la plus difficile au monde

C'est un monument de la course à pied. Une épreuve aussi mythique que rude et mystérieuse. "The Barkley marathons", une course d'ultra endurance qui se déroule depuis une trentaine d'années dans les forêts humides du Tennessee. La Barkley est née de l'imagination foisonnante de Lazarus Lake et d'un fait historique majeur de l'histoire des Etats-Unis: l'évasion ultra-médiatisée de James Earl Ray, assassin de Martin Luther King. Nous sommes en 1977 quand l'ennemi public numéro 1 s'échappe du pénitencier de Brushy Mountains situé au cœur du parc national du Frozen Head, connu pour sa forêt réputée impénétrable.

En 60 heures d'une chasse à l'homme suivie en direct à la télévision par des millions d'américains, James Earl Ray ne parcourt que quelques kilomètres à travers une végétation dense et des collines aux versants abrupts quasiment insurmontables. Le local Lazarus Lake (de son vrai nom Gary Cantrell), coureur à pied de longue distance qui connaît le coin comme sa poche, se moque alors de la "piètre performance" du fugitif et lance à qui veut l'entendre "en 60 heures, dans cette forêt, j'aurais au moins parcouru 100 miles (168 kilomètres, NDLR)". La Barkley, du nom du voisin et ami de Lazarus était née.

1300 participants en 33 éditions et seulement 15 finishers

En 33 éditions (et une moyenne de 40 personnes au départ chaque année), seuls 15 coureurs sont venus à bout de ce monument. C'est que le terrain est inhospitalier, la météo exécrable (pluie, brouillard, températures négatives la nuit, chaleur étouffante la journée...) et l'effort surhumain. En 60 heures, il faut parcourir 5 boucles d'une quarantaine de kilomètres chacune. Près de 20.000 mètres de dénivelé positif en totale autonomie, la plupart du temps hors des sentiers et en s'orientant par ses propres moyens sans être autorisé à utiliser un GPS électronique mais juste une boussole et une carte. Une épreuve atypique qui fait fantasmer tous les aventuriers et les coureurs à pied longue distance du monde.

Dont Karel Sabbe, un Gantois de 29 ans, passionné d'efforts de longue durée et qui détient les FKT (Fastest Know Times), les records de traversée de deux des sentiers de Grande Randonnée les plus emblématiques des Etats-Unis (le Pacific Crest Trail, 4240 kilomètres et l'Appalachian Trail, 3514 kilomètres). Capable de courir 80 kilomètres quotidiennement pendant plusieurs dizaines de jours, Karel est le deuxième belge seulement (après Wouter Hamelinck en 2010) à décrocher un ticket pour cette course à nulle autre pareille à l'issue d'un processus de sélection ultra secret qui participe lui aussi à la légende de la course.

Karel est le deuxième belge seulement à tenter de venir à bout de cette course

Débarqué aux Etats-Unis avec le statut d'outsider sur cette Barkley, il ne se donne pour sa part que très peu de chances de réussite: "Je suis là pour me prouver que je n'en suis pas capable" lance t'il avec le sourire à quelques heures du départ. N'empêche, s'il parvient à accrocher les deux favoris que sont John Kelly (finisher en 2017) et Jared Campbell (vainqueur en 2014 et 2016) et profiter de leur expérience et de leur connaissance du terrain, Karel pourrait aller très loin dans cette course. Mais pour ça, il faudra vaincre les ronces, les montées et les descentes incessantes, la boue et le froid mais aussi la privation de sommeil et l'inévitable épuisement physique. Parce que la plupart du temps, c'est la Barkley qui gagne...

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