Thiam : "Se mettre des objectifs chiffrés, c'est se limiter"

La magie du Mösle Stadion de Götzis a une nouvelle fois opéré le week-end dernier. Pendant deux jours, Nafi Thiam a tutoyé la perfection pour s’offrir une place dans l’histoire de l’heptathlon : 7013 points, 3e perf de tous les temps, et un statut de patronne assumé. En toute modestie.

"Je sais que cela arrivera un jour, que j'aurai plus de mal, que je vais un peu plafonner", explique la championne olympique de l’heptathlon. "C'est pareil dans toutes les carrières. Je pensais que cela se produirait peut-être cette année. Apparemment, ce sera repoussé à plus tard. Je suis contente de pouvoir continuer à m'améliorer pour le moment",

"Faire 7000 points, c'était prévu pour dans deux ou trois ans", souligne Roger Lespagnard, son entraîneur. "Voilà que ça arrive. Ça veut dire qu'elle peut encore progresser d'ici un an ou deux".

Au fil des saisons, Nafi banalise l’extraordinaire. Son mental et sa capacité à gérer la pression, lui permettent de se surpasser aux moments clés, d’activer le bouton "on" quand il faut. 

"Certains athlètes ont un peu cette paralysie une fois qu'ils se retrouvent en compétition. A cause du stress, de la pression. Pour moi, c'est juste un effet positif, j'adore ça", insiste Thiam.

La réussite de la Namuroise s’est aussi celle de Roger Lespagnard qui polit son diamant depuis 8 ans. Le duo a forgé une relation forte qui dépasse le sportif.

"Former quelqu'un depuis l'âge de 13-14 ans, c'est agréable. A cet âge-là, elle est encore malléable. Elle apprend très vite et elle avait déjà des bonnes sensations au départ", se rappelle Lespagnard.

"On est une team, on s'entend bien", ajoute Nafi. "On n'a pas les mêmes caractères. Mais c'est normal qu'il y ait de l'affectif qui rentre en jeu. Ce n'est pas juste professionnel."

Etape après étape, l’entraîneur et l’athlète s’évertuent à gommer les imperfections. Le travail de l’hiver porte ses fruits. Nafi Thiam a gagné en force et en vitesse. Les résultats se matérialise sur 100m haies, 200m, au javelot et sur 800m. Au pied des montagnes autrichiennes, elle perche ses records toujours plus haut.  

De quoi s’ouvrir la route de nouveaux sommets. Mais pas question de, lui, parler de limites. "Je ne m'en suis jamais mises. Pour moi, se mettre des objectifs chiffrés, c'est se limiter. On se dit, j'aimerais bien faire autant de points ou ça ou ça dans chaque épreuve. Si on y arrive, on a rempli le contrat ... et tout la pression diminue", détaille la championne d'Europe indoor du pentathlon.

Les objectifs, ce sont donc les autres qui se chargent de les fixer. Et forcément, ils sont très élevés.

"Elle peut encore certainement progresser de 30-40 points par discipline. Si on multiplie par sept, cela fait 200 points. Ça nous amène tout près du record du Monde qui est à mon avis inaccessible (7291 pts)", analyse Lespagnard.

Pour la légende Roman Sebrle, le premier décathlonien à 9000 pts, la clé c’est d’y croire. "Le record du monde est placé trop haut. Mais pourquoi pas. Vous savez, j’ai battu le record du monde, Ashton Eaton a battu le record du monde. Et cela semblait difficile aussi. Pourquoi, elle ne pourrait pas battre le record du monde de l’heptathlon ? Pourquoi pas. Nous verrons."

En attendant, Nafi savoure son exploit. Et elle en redemande ! "Tout ce que je peux faire, c'est travailler dur et espérer que cela continue le plus longtemps possible. C'est ça qui est beau aussi avec le sport. Tu travailles toute l'année sans vraiment savoir si ça va payer. Et quand ça paie, c'est magnifique. Je suis prête à mettre encore beaucoup d'efforts pour continuer à vivre des moments comme ça".

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