Thiam: "J'ai eu l'impression que ma fédération était un adversaire en plus sur ma route"

Comme nous vous l'annoncions jeudi, le torchon brûle entre les athlètes belges et leur fédération. En cause: cette dernière demande aux athlètes de signer un "code de conduite", une convention dans laquelle ils s'engagent, entre autres, à porter les équipements mis à leur disposition et "s'assurer que les logos des sponsors soient entièrement visibles sur l'équipement officiel."

Ce vendredi, Nafissatou Thiam est sortie du silence en expliquant à la presse écrite ce qu'il s'est produit lors des championnats d'Europe, à Berlin en août dernier. A son arrivée, l'heptathlonienne belge a reçu deux nouveaux tops dont l'un s'est déchiré rapidement car "la qualité, il faut le dire, n’était pas exceptionnelle" explique Nafissatou Thiam. "J’ai donc entamé la compétition avec un top de l’année précédente, que j’emmène toujours en cas de nécessité, gardant l’autre pour le lendemain."

Mes managers m’ont alors dit que la fédération voulait me retirer de la compétition

Elle débute donc avec sa tenue des Mondiaux de Londres, qui ne comporte pas le logo du sponsor principal de la LRBA. Après trois épreuves, on lui signifie qu'elle doit mettre son équipement avec le nouveau sponsor, ce qu'elle fait. "J’ai donc changé de top pour le 200m et j’ai fait ma course. Une fois à l’hôtel, mes managers, Kim et Helena, m’ont alors dit que la fédération voulait me retirer de la compétition. Moi, j’étais déjà à bout de nerfs après une journée éprouvante et quand on m’a dit ça, en argumentant que le logo n’était pas assez visible pendant le 200m, je n’ai pas compris… [...] ce n’est pas du tout ce à quoi moi, je pense à ce moment-là. [...] On m’a tout de suite accusée de l’avoir fait exprès."

Cela aurait pu me coûter ma médaille d’or

"Franchement, j’étais à bout" ajoute Thiam, très émue devant la DH, le Soir et l'Avenir. "Je suis remontée dans ma chambre, j’ai commencé à pleurer, pleurer, pleurer. C’est Cynthia (Bolingo) qui, pendant trente à quarante-cinq minutes, m’a réconfortée et soutenue. J’ai eu la chance d’être bien entourée pendant ces championnats parce que cet épisode m’a complètement déstabilisée. Si j’avais été plus seule, cela aurait pu me coûter ma médaille d’or. J’ai eu l’impression que ma fédération était un adversaire en plus sur ma route." 

"Pour la Fédération j’étais devenue un paquet de fric, on voyait l’argent que je représentais… On est censé être soutenu, accompagné. Or, ici, cela a été tout l’inverse : on oublie les athlètes, leurs objectifs, leurs ambitions."

"J’attends en tout cas déjà un changement de mentalité. Parce que l’important c’est que chaque athlète puisse se préparer sereinement et il y a beaucoup trop de pression actuellement, en plus du chantage" explique-t-elle encore.

Car pour Nafi Thiam, c'est toute la convention qui pose problème: "Dans ce document, toutes les lignes, ou presque, posent problème. Ce qui me choque le plus – et c’est difficile de choisir ! – c’est la cession du droit à l’image. C’est la seule façon ou presque pour un athlète de gagner sa vie, surtout en Belgique. Qu’on conditionne une sélection internationale à ce droit à l’image, qu’on vous force à le céder, cela s’appelle du chantage. Un athlète cède son image à qui il a envie."

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