Sacoor, un titre mondial, de la sagesse et des perspectives

La splendide fin de course de Jonathan Sacoor

Jonathan Sacoor a écrit une page de l'athlétisme belge sur la piste détrempée de Tampere en Finlande. Aisance technique, intelligence tactique et ce qu'il faut de tripes, il y a tout dans ce 400m qui a mené l'athlète de l'OEH sur la plus haute marche du podium mondial chez les juniors. Sans parler de son chrono exceptionnel de 45.03. La Belgique tient là un nouveau diamant. Et il n'a même pas 19 ans.

"Il y a six mois, j'ai été voir le directeur technique flamand et je lui ai dit : Jonathan va être champion du Monde", raconte Jacques Borlée. "Je savais qu'il avait un potentiel énorme. Maintenant, il fallait mettre tout cela en place. On a travaillé énormément pour que cela puisse se réaliser".

Premier titre mondial junior pour un Belge, deuxième temps européen de l'histoire sur 400m chez les juniors derrière les 45.01 de l'Allemand Thomas Schönlebe, 4e perf' belge de tous les temps, tout ça en un tour de piste. Cela pourrait faire tourner la tête à plus d'un athlète. Mais avec le même calme et la même maîtrise que lors de son 400m finlandais, Jonathan Sacoor construit sa carrière "step by step". Il aurait pu courir l'Euro (senior) de Berlin, peut-être même se hisser en finale (il possède la 4e référence de la saison). Il ne disputera "que" le relais en Allemagne. Une décision sage et réfléchie. Pas question de le griller.

"Le 400m est une course d'une exigence incroyable", rappelle Jacques Borlée, entraîneur des Tornados et de Sacoor. "On dit toujours que la carrière d'un coureur de 400m dure de 3 à 5 ans. Mes fils sont là maintenant depuis plus de 12 ans parce qu'on fait attention à courir de façon parcimonieuse et intelligente. Il n'a que 18 ans. On avait annoncé il y a six mois que le moment fatidique de sa saison serait ces championnats du Monde et qu'il ne ferait que le relais à l'Euro. Il doit absolument se préserver. Entre les 400m et les relais, on sera à 15 courses cette année et à son âge, c'est plus que suffisant. Il faut qu'il puisse récupérer de cette course invraisemblable au niveau de l’intensitéIl a un potentiel pour faire des choses fantastiques. Si on veut faire en sorte qu'il ait un avenir extraordinaire, il faut y aller step by step. A cet âge-là, il y a énormément de blessures. Et cela peut se retourner contre nous à un moment donné. J'ai envie qu'il puisse exprimer toute sa plénitude d'ici 2-3-4 ans".

De 46.07 à 45.03, Jonathan Sacoor vient de retrancher plus d'une seconde à son record personnel. Difficile de fixer les limites d'un tel phénomène. "On doit regarder le futur proche et bien garder les pieds sur terre. Vu mon expérience avec mes fils, je sais exactement comment je dois mener sa carrière. Et puis on verra ce qui arrivera à partir du moment où on travaille intelligemment."

Ses qualités physiques et techniques - quel style, quel placement - sont indéniables. Sa capacité à se transcender et à répondre présent le "Jour J" sont autant de promesses. Sacoor est un animal à sang-froid. Le départ en mode "fusée" du favori jamaïcain Christopher Taylor ne l'a pas perturbé. Il est resté dans le schéma préétabli avec son coach. "Je lui ai dit que Taylor allait partir comme un dingue et qu'il devait rester dans sa course. Ce qui est fantastique, c'est la manière dont il écoute les consignes et avec laquelle il applique les choses à des vitesses vertigineuses. Ici dans le combat avec les deux Jamaïcains, il a montré une dextérité. Il est parvenu à rester relâché dans cette dernière ligne droite. Il est absolument fabuleux. C'est très, très beau", conclut Jacques Borlée.

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