Pas toujours moral, mais pas coupable: la défense de Lamine Diack réclame l'indulgence du tribunal

Pas toujours moral, mais pas coupable: la défense de Lamine Diack réclame l'indulgence du tribunal
Pas toujours moral, mais pas coupable: la défense de Lamine Diack réclame l'indulgence du tribunal - © THOMAS SAMSON - AFP

Une faute éthique, un manque de vigilance, mais "pas un crime": la défense de l'ancien patron de l'athlétisme mondial Lamine Diack, jugé à Paris pour corruption sur fond de dopage en Russie, a demandé jeudi au tribunal d'être indulgent et de tenir compte de son âge.

Après avoir plaidé la relaxe, l'un des avocats du Sénégalais âgé de 87 ans, Me William Bourdon, n'a pas écarté l'hypothèse que les juges soient "emportés par la houle du +judiciairement correct+". Alors, en cas de condamnation, il leur a demandé "de ne pas rendre une décision qui l'empêche de mourir dans la dignité, embrassé par les siens, sur sa terre natale".

"Il a déjà été très lourdement puni, châtié", a ajouté l'avocat, en rappelant son interdiction de quitter la France depuis son arrestation, en novembre 2015, quelques mois après avoir passé la main à la tête de la fédération internationale d'athlétisme (IAAF) qu'il présidait depuis 1999.

La veille, les procureurs financiers avaient requis quatre ans de prison et 500.000 euros d'amende contre Lamine Diack, pour corruption active et passive, blanchiment en bande organisée et abus de confiance, et cinq ans de prison et la même amende contre son fils Papa Massata, ancien conseiller marketing à l'IAAF, jugé en son absence pour corruption et complicité, blanchiment en bande organisée et recel d'abus de confiance.

Sebastian Coe visé

L'autre avocat de Lamine Diack, Me Simon Ndiaye, a appelé les magistrats à "faire fi des apparences, à se méfier des jugements purement moraux" et à "résister à la tentation de faire (...) de Lamine Diack un bouc émissaire pour purifier l'IAAF".

Durant l'enquête et à son procès, le Sénégalais a assumé avoir demandé que les sanctions contre des athlètes russes suspects de dopage soient échelonnées, à partir de la fin 2011, pour éviter un scandale et pour ne pas gâcher les négociations avec un sponsor russe, la banque d'Etat VTB, en vue des Mondiaux-2013. Une reconnaissance a minima des faits qui lui sont reprochés.

Son avocat a concédé qu'"au départ", les athlètes concernés devaient quand même être écartés officieusement des JO de Londres-2012. "Ensuite ça a évolué, les athlètes (pouvaient participer mais) ne devaient pas être médaillés", a-t-il dit.

"Cela n'est pas conforme à l'éthique, il faut avouer les choses, mais ça ne relève pas du pénal", a ajouté Simon Ndiaye.

La défense de Lamine Diack a en revanche totalement réfuté son implication dans un abus de confiance au profit de son fils Papa Massata, à travers des millions d'euros détournés sur les contrats de sponsoring, ainsi qu'une participation au racket d'athlètes russes dopés, contraints de payer pour échapper à des sanctions.

Simon Ndiaye s'en est pris également au successeur de Lamine Diack à l'IAAF, le Britannique Sebastian Coe, qui était vice-président de l'instance à l'époque des faits. "Était-il le prince qui attendait la fin du règne du roi pour monter sur le trône, ce prince s'est-il tu?", a demandé Me Simon Ndiaye, en demandant s'il ne "devrait pas être poursuivi" aussi.

Le jugement devait être mis en délibéré après les dernières plaidoiries de la défense.

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