Nafi, la nouvelle star de l'athlétisme féminin

Nafi, la nouvelle star de l'athlétisme féminin
Nafi, la nouvelle star de l'athlétisme féminin - © Tous droits réservés

"En route vers la gloire" ou "Une étoile est née" ? Les plus cinéphiles d’entre-vous choisiront le titre adéquat pour définir la formidable épopée qu’écrit actuellement notre championne namuroise.

Aujourd’hui, c’était J+1 pour Nafissatou Thiam après ce premier titre mondial pour la Belgique qui a mis en joie toute le Royaume, du Nord au Sud comme en témoignent les scores d’audience de cet inoubliable dimanche soir. Avec même une pointe à près d’un million de téléspectateurs pour suivre à 22h le fameux double tour de piste, dernière épreuve d’un heptathlon exigeant tout à la fois physiquement et psychologiquement, surtout dans la peau d’une favorite comme l’a rappelé inlassablement la championne du monde au gré de ses (très) nombreuses interviews.

Notez que le profane absolu, le béotien parfait, a dû se poser des questions voir n’y rien comprendre en voyant cette longiligne et jolie jeune femme terminer bonne dernière d’une course … tout en remportant haut la main une épreuve multi-disciplinaire qu’elle domine de la tête et des épaules depuis maintenant un an. Qu’on ne s’y trompe pas : en triomphant successivement aux Jeux de Rio, au Championnat d’Europe "indoor" de Belgrade, dans le prestigieux meeting de Götzis fin mai en Autriche (en devenant la 4ème athlète au monde à briser le mur mythique des 7000 points) et maintenant aux Mondiaux de Londres, Nafi Thiam a réussi une sorte de "grand chelem" athlétique particulièrement brillant. Et cela ne devrait pas s’arrêter là car on voit mal qui pourrait l’empêcher de collectionner les titres dans les saisons à venir. A commencer par le seul qui lui manque : l’Europe "outdoor" la saison prochaine à Berlin.

Reste le fabuleux record mondial de Jackie Joyner-Kersee qui culmine à 7291 points. Son inséparable coach Roger Lespagnard, qui travaille avec elle au F.C.Liégeois depuis son adolescence, estime qu’elle peut le battre à moyen terme. Comment ? En redoublant d’ardeur au travail, en corrigeant çà et là quelques petites lacunes pour les courses ou en bonifiant encore ses points forts que sont les lancers et les sauts.

Tant qu’elle prendra du plaisir à l’entraînement ou en championnats, Nafi, compétitrice hors-pair, continuera à nous épater, à nous enchanter, à nous enthousiasmer. Et, chemin faisant, elle peaufinera encore davantage cette image de star qui commence à lui coller à la peau. Car notre compatriote représente un joli vent de fraîcheur qui souffle de plus en plus fort sur le monde de l’athlétisme. Son équipementier ne s’y trompe pas en capitalisant de plus en plus sur sa sympathie et son charisme. Gageons que d’autres sponsors lui emboîteront bientôt le pas. Car ce n’est pas la pratique "stricto sensu" de l’hepta qui rendra riche notre étudiante en géographie de 22 ans.

Un titre mondial dans la capitale britannique est rétribué 60.000 dollars par l’IAAF, la Fédération Internationale d’Athlétisme. Toutes proportions gardées, quasi une aumône en regard des sommes faramineuses sinon indécentes de l’actuel "mercato" footballistique.

En attendant, Nafissatou Thiam reste la même belle personne. Une jeune femme intelligente, disponible et souriante, qui ne se prend pas la tête et satisfait aux obligations médiatiques et mondaines avec une belle abnégation depuis presque 24 heures. Tout cela malgré une nuit assez courte et difficile. Logique quand il faut évacuer autant de stress, d’émotions et d’adrénaline.

En revenant en taxi hier soir à du théâtre de ses exploits, Nafi expliquait qu’elle ne s’était pas sentie très bien. Quelques heures plus tard, le sourire et la sérénité étaient de retour. Avec encore et surtout la fierté du devoir accompli.

Thierry Luthers