Les petites histoires de Rodrigo : Jesse Owens, le champion noir qui osa défier Hitler

Je vais vous raconter aujourd’hui l’incroyable histoire de Jesse Owens, un athlète noir américain décédé d’un cancer du poumon le 31 mars 1980 à Tucson, dans l’Arizona. Cela fait 40 ans aujourd’hui. 

James Cleveland Owens est né le 12 septembre 1913. Originaire d'une petite ville d'Alabama, il est issu d'une famille modeste de 11 enfants. Il est surnommé "Jesse" par son institutrice qui ne comprend pas son accent lorsqu'il prononce ses initiales (JC). Sa famille fuit la misère du sud des Etats-Unis et s’installe à Cleveland, dans l’OhioC’est là que le gamin se met à courir. Il court vite. Beaucoup plus vite que les autres.


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Le 25 mai 1935, Jesse Owens bat cinq records du monde et en égale un sixième en l’espace de 45 minutes. Il franchit notamment 8,13 mètres à la longueur. Une performance qui restera inégalée pendant plus d’un quart de siècle.  Et dire qu’il a failli renoncer à cette compétition en raison de douleurs dorsales qui l'empêchaient de s'habiller tout seul. Owens devient ainsi le premier Afro-Américain à faire la " une " de la presse américaine en 1935.

Jesse Owens est assurément le meilleur sprinter de l’entre-deux-guerres. Ses exploits, il les réalise dans plusieurs disciplines : le 100 mètres, le 200 mètres, les relais et le saut en longueur.

C’est lors des Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin que Jesse Owens entre dans l’histoire et pas uniquement grâce à ses quatre médailles d’or. Il devient un symbole du triomphe des valeurs américaines sur l’idéologie nazie. Ses performances sont interprétées comme un camouflet à Adolf Hitler. Elles font mentir la théorie du Führer sur la supériorité de la race aryenne que ces JO avaient justement pour but de valider. Signe flagrant de son humiliation, Hitler refuse de serrer la main d’Owens et quitte le stade avant l’entrée en scène de l’athlète noir Cornelius Johnson, médaillé d’or au saut en hauteur.

L’histoire est d’autant plus trouble que les Etats-Unis sont alors eux-mêmes un pays violemment ségrégationniste. Les ambassadeurs américains d’Autriche et d’Allemagne ont fait la demande de boycotter ces "J.O. nazis". Un projet auquel les Américains ont renoncé, collaborant ainsi implicitement au succès de la propagande hitlérienne. Alors qu’au village olympique, dans la banlieue berlinoise, tous les athlètes – noirs, blancs ou métis -  sont mélangés, rappelons que, au sein de la délégation américaine, les 18 athlètes noirs sélectionnés ont droit à un régime spécial. Les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre. 

Le Président Roosevelt ne recevra jamais le quadruple médaillé d’or à la Maison Blanche. A quelques jours d’une élection dans les Etats du Sud, cela aurait pu lui coûter de précieux votes… Jesse Owens dira plus tard : "Hitler ne m’a pas snobé. C’est FDR (Franklin Delano Roosevelt) qui m’a snobé. Le président ne m’a même pas envoyé un télégramme de félicitations…".

Et on assiste à cet étrange paradoxe qui voit Owens, victime du racisme dans son pays natal depuis sa plus tendre enfance, découvrir la tolérance dans les rues de Berlin où la foule acclame chaleureusement le champion qu’il est ! Une rue de Berlin porte d’ailleurs toujours son nom.

L’histoire atteint son point d’orgue lors de l’épreuve du saut en longueur. C’est un duel entre deux athlètes que tout oppose. À ma gauche, Jesse Owens est noir américain. Petit fils d’esclave. À ma droite, Luz Long est blond aux yeux bleus, citoyen du Reich et fier de l’être. Issu d’une famille bourgeoise de Leipzig, en Saxe, il vit dans un manoir. Il est un athlète adulé, dans un pays où le nouveau régime utilise le sport comme un outil efficace de propagande. Les deux hommes s’apprécient…et ne s’en cachent pas. Ils discutent amicalement avant les dernières épreuves de saut en longueur. Lors de son dernier essai, Jesse Owens pulvérise tous les records avec un bond de 8,06 mètres et le premier à lui tomber dans les bras est son rival Luz Long. La scène se déroule sous les yeux d’un Hitler ébahi, assis dans la tribune officielle, entouré d’un aréopage de dirigeants nazis.

Luz Long mourra au combat, en Sicile, à l’âge de 30 ans et Jesse Owens évoquera "son ami berlinois" jusqu’à la fin de sa vie, en 1980. Il y a 40 ans aujourd’hui.