Les frères Borlée : 2021 année de la consécration ?

Ils auront vécu une année blanche forcée, comme tous les athlètes du monde. Mais pour Kevin, Jonathan (33 ans) et Dylan Borlée (28 ans), 2020 aura surtout été l’année de tous les changements. Une nouvelle collaboration (avec le Français Guy Ontanon), un divorce avec leur ligue et un passage vers la Flandre, de nouveaux partenaires et notamment un nouvel équipementier. Bref un nouveau départ. Interview croisée avec le Team Borlée

Hoe gaat het (comment ça va ?)

Kevin : " Heel goed… "(très bien). Sourires…

Ce passage à la ligue flamande vous voyez déjà la différence après quelques mois ?

Kevin : " On sent beaucoup d’apaisement. Et il était temps et ça fait du bien d’évoluer dans une structure différente ".

Jonathan : " Tout se passe très bien. On ne parle pas la même langue mais on se comprend bien… on se comprend mieux je dirais ".

Dylan : " Ca nous a apporté calme et tranquillité. Mais à part ça …on reste Belges hein ! "

On ne parle pas la même langue mais on se comprend mieux !

Toute cette période sans compétition, avec le report des JO, vous l’avez vécu comment ?

Dylan : " Au début ça a été très dur à l’entraînement. Et on a pris du repos pour retrouver notre motivation ? Mais, en tant que sportif de haut niveau, on s’estime chanceux. On a cherché le positif en se demandant ce qu’on pouvait encore aller chercher pour être meilleurs ".

Jonathan : " Au début ne pas avoir d’objectif, c’était très compliqué… toute notre carrière a été construite sur des objectifs à court terme. Alors, être concentré sur les JO et entendre qu’ils n’auront pas lieu ça nous a donné un sacré coup au moral. On a essayé de se raccrocher à autre chose et à retrouver la motivation ailleurs mais ce n’était pas évident ".

Après tant d’années de routine, Vous en avez profité pour changer quelques habitudes ?

Jonathan : " Oui il faut, vous savez le sport évolue constamment et on ne peut pas se contenter de ce qu’on faisait il y a 10 ans. Les méthodes d’entraînement, la technologie… avec notre père on cherche en permanence ce qui peut nous apporter un plus, ce qui peut nous aider à progresser ".

Kevin : " En 2020 on a changé pas mal de choses, avec notamment la collaboration avec Guy Ontanon (coach de nombreux sprinters français du 100 et 200) qui nous apporte énormément. L’objectif est de se renouveler. Ça reste un défi d’apprendre et d’évoluer, en espérant que 2021 nous sourira ".

J’ai l’impression que Kevin et Jo ont 18 ans

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Nouvelle vision, nouvel objectif © GET IN - Geoffrey Meuli

Jacques, le coach : " L’enthousiasme de Dylan mais aussi de Kevin et Jonathan est exceptionnel. C’est très beau de les voir (Kevin et Jo) après 12 ans au  top niveau … on a l’impression qu’ils ont 18 ans et que l’envie est encore plus grande qu’avant… Voir comment ils se donnent à l’entraînement c’est incroyable. N’oublions pas qu’en 2020,  on a pas couru le moindre 400. Il faut retrouver les sensations et l’odeur de la haute compétition. "

Ce stage en Afrique du Sud fin 2020 a été une délivrance ?

Jacques : " Oui, on avait constitué notre bulle. Une maison, la piste, la salle de muscu. On ne sortait quasiment pas, on passait des tests, on jouait aux jeux de société le soir.  Des entraînements constructifs et des échanges enrichissants avec la seule délégation néerlandaise qui était présente ".

La bulle sud-africaine

Dylan : " Un moment clé pour la prépa des JO. On en avait besoin. La situation était délicate et s’évader un peu c’était important. Ce mois a fait énormément de bien. On est resté dans notre bulle et on s’est bien entrainé ".

Kevin : " Ce qui a fait beaucoup de bien c’est qu’on était dans notre microbulle..On vivait presque normalement… on sortait de cette ambiance et ça a fait énormément de bien. Sur le plan de l’entraînement aussi.  Ça nous a fait un bien fou de s’entraîner à l’étranger dans des " top " conditions ".

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A Torun, les Tornados défendront leur titre conquis à Glasgow en 2019 © Belga - Benoit Doppagne

Requinqués par ce stage, direction la salle et cet Euro de Torun (Pologne) où vous défendrez avec les " Tornados " votre titre de 2019 (ndlr : le 4x4 belge a aussi été sacré en 2015). La passe de 3 est envisageable ?

Jacques : " On y va pour la médaille d’or mais la concurrence est très forte. La Pologne a le record du monde ne l’oublions pas. Mais je ne vais pas à un Euro pour faire du tourisme…on peut plus faire de tourisme.. (rire) on y va pour faire quelque chose de grand. Torun est un passage obligé (vers Tokyo) comme les mondiaux de relais du mois de mai. "

Le titre sinon rien ?

Jonathan : " Ca fait quelques années que les équipes nous regardent différemment. On est une menace pour les autres nations. Mais on va se servir de cette compétition comme un tremplin vers les JO ".

On ne va pas à Torun pour faire du tourisme

Dylan : " C’est une étape vers Tokyo. Il faut se remettre dans le rythme car ça fait longtemps qu’on a plus eu de compétition. C’est important de passer par la Pologne. En plus, la salle c’est leur truc aux Polonais. On va se tester et en plus on a un titre de champion d’Europe à défendre ".

Kevin : " Comme chaque euro indoor, c’est un palier, on se teste et on voit ce qu’il faut ajuster. Et ça nous a souvent réussi. Après, on est chez les Polonais. Ils auront à cœur de nous battre. On va se tester en se donnant à 110 % et essayer de ramener un grand résultat ".

Inconvénient : Kevin et Jo n’ont plus couru de 400 depuis fin 2019…et Dylan n’a que 3 petites et moyennes courses dans les jambes cet hiver

Kevin : " C’est vrai mais ce n’est pas la première fois. On l’a déjà fait (en 2015 avec le titre et le record d’Europe) alors que Dylan était (avec Watrin) le seul à avoir disputé un 400. Le point interrogation réside dans le fait que cela fait un moment qu’on a plus disputé de 400, mais c’est aussi pour ça qu’on y va. C’est un point de passage avant la saison estivale ".

Et ce sera sans Jonathan Sacoor ?

Jacques : " Effectivement, car Jonathan s’est qualifié pour les championnats américains avec son université. Le faire revenir en Europe l’aurait, à son retour aux USA, contraint à une quarantaine problématique. Mais il y a deux jeunes neerlandophones qui frappent à la porte. Je rappelle qu’on a gagné il y a 2 ans sans Sacoor (avec Watrin) ".

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Kevin et Jonathan, futurs coachs du relais ? © Belga - Eric Lalmand

Et Tokyo c’est l’ultime objectif ? Après une médaille mondiale (le bronze à Doha en 2019), le relais doit viser haut non ?

Jonathan : " Toute l’énergie est concentrée vers les Jeux. Vous savez, en 2008 (4e à Pékin), on était jeunes, on voulait prendre de l’expérience. Puis en 2012 aux Jeux de Londres (6e place) c’était pour nous l’âge de la confirmation. A Rio en 2018 on a cherché à aller plus loin (4e place). Et ici, on veut montrer qu’à notre âge (33 ans) on peut performer au plus haut niveau et faire toujours partie du gratin mondial ".

Une médaille aux Jeux

Mais l’objectif, le Graal, c’est une médaille olympique ?

Jonathan : " Oui.. même si on ne contrôle pas la concurrence. Il y a peu d’athlètes qui ont couru et donc il y a de gros points d’interrogation pour tout le monde, même si on le voit déjà les performances sont d’un sacré niveau… mais, bien entendu, l’objectif des Tornados c’est d’aller chercher cette médaille ".

Jacques, si vous décrochez une médaille olympique, vous arrêtez là-dessus ?

Jacques : " Non. je vais en principe jusqu’aux Jeux de Paris (2024).. J’ai des jeunes fantastiques. Il y a une très belle dynamique dans ce relais et aussi dans celui des filles Et puis j’ai envie de passer le témoin avec ce projet qui continue…avec Kevin ou Jonathan comme entraineur(s). Mon plus grand espoir c’est que cela ne s’arrête pas après moi ".

Kevin et Jo, les futurs coachs du relais ?

Ah bon...vous voyez vos fils aînés comme sélectionneurs des Tornados ?

Jacques : " Ils en ont les capacités … comme entraîneur physique, la manière dont ils connaissent leur corps. Et alors toute la philosophie de travail, la remise en question. Ils connaissent ça. "

Dernière question… 2021 ce sera pour vous l’année de… ?

Jonathan : " …l’année d’après ! "

Kevin : " …l’année de la continuité ! "

Dylan : " … l’année de la consécration (ce serait beau non !) "

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