Le torchon brûle entre les athlètes belges et leur fédération

A Berlin, Nafi avait fait le choix de porter une tenue plus adaptée que le maillot officiel
A Berlin, Nafi avait fait le choix de porter une tenue plus adaptée que le maillot officiel - © JASPER JACOBS - BELGA

C'est un mail envoyé mardi en milieu d'après-midi qui a mis le feu aux poudres. Dans ce courriel, la LRBA (Ligue Royale Belge d'Athlétisme) demande aux athlètes sélectionnés pour les championnats d'Europe en salle de Glasgow (1-3 mars) de signer un "code de conduite", une convention dans laquelle ils s'engagent à porter les équipements mis à leur disposition et "s'assurer que les logos des sponsors soient entièrement visibles sur l'équipement officiel." Une démarche qui s'inscrit dans la continuité de l'incident survenu autour de Nafi Thiam aux championnats d'Europe de Berlin l'année dernière.

A l'époque, l'heptathlonienne belge avait décidé, par facilité et confort, de concourir avec l'équipement national des mondiaux de Londres mis à disposition des athlètes l'année précédente. Tenue sur laquelle ne figurait pas le nouveau sponsor principal de la fédération. Le sponsor en question avait logiquement vu rouge et avait immédiatement sommé la LRBA de faire respecter les termes du contrat. La meilleure heptatlonienne du monde avait alors été obligée, au plus fort de la première journée de compétition, de changer de maillot, sous peine d'exclusion des championnats. Surréaliste.

Mais ce n'est pas tout: dans la convention envoyée pour signatures aux athlètes, ceux-ci doivent également s'engager à renoncer à leurs droits à l'image. En cas de non-respect de ce "code de conduite", les amendes peuvent aller jusqu'à 20.000 euros ! A cela s'ajoute le risque de "non-sélection" pour un championnat international. 

"C'est totalement scandaleux et disproportionné" s'emporte un athlète qui souhaite conserver l'anonymat 

"Ce qu'on nous propose est unilatéral puisque de son côté, la fédération ne s'engage à rien. Quand on sait que nous ne recevons aucune prime à la performance ou aux résultats, c'est hallucinant de nous menacer d'amendes pareilles."

Tous les athlètes que nous avons contactés ont, à ce stade, refusé de signer cette convention. La plupart ayant pris contact avec leurs avocats. Une situation qui a forcé la fédération à annuler une conférence de presse prévue ce jeudi et au cours de laquelle elle devait officialiser la sélection pour Glasgow en présence des athlètes censés représenter la Belgique à ces championnats d'Europe.

Quel cirque

"La moindre des choses, c'est de nous fournir des équipements de qualité. Franchement, ce qu'on nous donne n'est pas adapté à la pratique du sport" poursuit notre témoin, habitué des grands championnats. "Les vêtements ne sont pas ergonomiques. Si on veut s'échauffer avec les trainings qu'on nous fournit, on sait à peine lever les genoux tant ils ne sont pas adaptés."

La base, c'est de nous fournir des vêtements en suffisance

"Je comprends que la fédération doive respecter ses engagements avec ses partenaires", lance une athlète de la délégation. "Mais la base, c'est d'avoir des vêtements en suffisance. L'année dernière, à Berlin, nous avons reçu 3 tee-shirts pour 9 jours de compétition. La fédération nous demande des engagements mais de son côté, elle ne promet rien. C'est inadmissible."

La fédération, de son côté, tente d'éteindre l'incendie. Dans un communiqué, elle déclare vouloir "apaiser la situation" et ne communiquera plus "avant le lundi 25 février à 18h00, moment où sera annoncé la sélection définitive."

En attendant, elle aura réussi à perturber la préparation de ses athlètes censés performer au plus haut niveau européen dans quelques jours. Avec ou sans tenue officielle.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK