Rétro : Le jour où Nafissatou Thiam est devenue Nafi

C’est l’histoire d’une athlète devenue symbole. NAFI. Quatre lettres qui aujourd’hui inspirent la réussite au naturel, sans artifice. Dans le dictionnaire de l’athlétisme édition 2020, à la rubrique heptathlon, on pourrait retrouver la définition suivante. Nafi : nom propre féminin d’origine belge. Signification : Sauter haut, lancer loin, courir vite. Capacité à briller sur tous les terrains simultanément avec pour effet d’attirer la lumière.

Mais avant de devenir ce symbole de réussite, d’intelligence et de mixité sociale, avant d’être considérée comme la reine de l’heptathlon, Nafi n’était encore que Nafissatou Thiam. Une jeune athlète belge de 21 ans qui allait débarquer à Rio avec un statut d’outsider prometteuse.

L’avant Jeux, la blessure

Fin juin 2016, il ne reste que 6 semaines avant les JO. Qualification en poche, Nafissatou Thiam participe à l’épreuve du javelot des championnats de Belgique à Bruxelles.


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Au dernier essai, Thiam fait la moue. Verdict : Distension des ligaments et des tendons du coude droit. Sa participation aux Jeux Olympiques de Rio semble menacée mais c’est sans compter sur la détermination hors-norme de la jeune namuroise : "Je vais passer au-delà de la douleur et y penser le moins possible. De toute façon ce n’est pas le moment d’abandonner".

Première épreuve, premier stress et… Premier record

Vendredi 12 août 2016, 100 mètres haies : première épreuve de l’heptathlon olympique féminin dans le stade Nilton-Santos à Rio. Six semaines après sa blessure au coude, Nafi est bien là dans les starting-blocks. C’est une première victoire. Mais le stress revient très vite. Pendant quelques secondes la Belge est éliminée pour cause de faux départ. Quelques secondes seulement car il s’agit finalement d’une erreur technique. Nafi se reconcentre et prend la 3e place de sa série en 13 secondes et 56 centièmes. Nouveau record personnel. Elle a eu chaud mais ça part bien.

Deuxième épreuve, Nafi s’envole et s’affirme

C’est le premier grand tournant du concours. Nafissatou est l’une des favorites pour l’épreuve du saut en hauteur. Elle a l’occasion d’engranger beaucoup de points et franchit la barre au bond… Elle bondit à 1m98, dès son premier essai. Thiam vient tout simplement de signer le nouveau record du monde de la hauteur dans un heptathlon. Un saut… exceptionnel.

Troisième épreuve, l’heure de vérité

Lancer du poids : Nafi va enfin savoir. Son coude va-t-il tenir le coup ?

14m91 au troisième essai. La réponse est oui. La Belge remporte une deuxième épreuve consécutive et prend la tête du concours devant la britannique Jessica Ennis-Hill, championne olympique en titre.

Quatrième épreuve, limiter la casse

Le 200 mètres, dernière épreuve de la première journée. La course reste le point faible de Nafissatou. Il faut limiter la casse. Nafi est solide, avec un temps de 25'10'', elle reste dans la course mais cède sa première place à Ennis-Hill, et clôture cette première journée à une inespérée deuxième place.

Cinquième épreuve, Nafi rebondit

Samedi 13 août, Nafissatou Thiam sait qu’elle peut rentrer dans l’histoire du sport belge. Pour y arriver elle doit performer dans cette épreuve du saut en longueur. Après une courte nuit, la Namuroise rate son premier saut. Elle se rassure sur le deuxième. Et puis, se lâche sur le troisième et dernier essai. La planche est parfaite. Résultat : 6m58. Nafi réalise le plus beau saut de sa carrière, remporte une troisième épreuve et se réinstalle en tête du classement provisoire.

Sixième épreuve, la plus douloureuse

Le soleil s’est couché sur Rio, mais à l’horizon, Nafi peut entrevoir une médaille olympique. Voici, le lancer du javelot, l’épreuve de tous les dangers. Depuis sa blessure au coude il y a 6 semaines, Thiam n’a plus osé lancer pour se préserver. Premier essai, la Belge s’élance, lance, grimace et puis sourit. 53m13, incroyable, Nafi signe un 4e record personnel dans ce concours et prend la 3e place du javelot loin devant ses concurrentes directes. Elle n’est plus qu’à 800 mètres de l’or olympique.

Dernière épreuve, la délivrance

Nafi aborde le 800 mètres final avec 142 points d’avance sur Jessica Ennis-Hill. Pour devenir championne olympique, la Belge ne peut pas concéder plus de 9 secondes à la britannique, beaucoup plus rapide qu’elle.

Le coup de pistolet résonne dans le stade, Ennis-Hill donne tout ce qu’elle peut pour faire la différence, Thiam, elle contrôle puis commence à piocher. La Britannique franchit la ligne en 2 : 09.07. Le décompte commence, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3… Nafi est là ! Elle franchit la ligne, en 2 : 16.54, exténuée, au bout de ses forces elle s’allonge pour reprendre son soufflet et réaliser. Grâce à ce 5e record personnel, elle devient championne olympique de l’heptathlon, à 21 ans, avec un total de 6810 points, nouveau record de Belgique. Nafissatou Thiam est sur le toit du monde, elle devient la 4e Belge championne olympique en athlétisme. En Belgique, des milliers de personnes ont veillé pour vivre l’exploit de cette jeune femme au prénom difficile à prononcer. Qu’importe, désormais tout le monde l’appellera NAFI !

Un podium inoubliable

Championne olympique à 21 ans seulement. Il va falloir du temps pour réaliser. Mais Nafi n’en a pas. Il faut répondre aux exigences protocolaires. Des dizaines d’interviews avant, enfin, quelques accolades avec son entraîneur Roger Lespagnard et sa maman Danièle Denisty mais il est déjà temps de monter sur le podium. Et quel podium… Cette Brabançonne d’abord qui fait couler ses premières larmes de joies avant l’arrivée improvisée de LA Star internationale Usain Bolt. Quelques minutes après son troisième sacre olympique sur 100 mètres, le Jamaïcain s’invite sur le podium de l’heptathlon pour immortaliser l’instant auprès d’une Nafi à nouveau tout sourire…

L’après Jeux

Dans la foulée de cette incroyable épopée olympique, Nafi deviendra aussi championne du Monde (en 2017 à Londres) et championne d’Europe (en 2018 à Berlin), glanant au passage de nombreuses distinctions. Tête d’affiche des plus grands meetings du monde elle est devenue l’égérie de l’équipementier le plus célèbre de la planète. Une fin en soi ? Certainement pas ! Nafi vit mieux derrière que devant les projecteurs. Mais elle n’a plus le choix. Ses performances, sa simplicité, son sourire et son engagement (en tant qu’ambassadrice bénévole de l’UNICEF) en ont fait une icône, un symbole qui fait la fierté de tout un pays.

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