Dix temps forts pour dix jours de compétition à Doha

Dix temps forts pour dix jours de compétition à Doha
Dix temps forts pour dix jours de compétition à Doha - © Tous droits réservés

Les 17es mondiaux d’athlétisme se sont refermés ce dimanche à Doha. Les projecteurs du Stade Khalifa se sont éteints mais les performances étincelantes des athlètes resteront gravées dans les mémoires des amateurs. Entre polémique, scandale et exploits, le cœur de la planète athlé a vibré au Qatar. Retour sur dix jours de compétition.

Le coup de force de KJT, le coude de Nafi

Trois records personnels, un nouveau total de référence et la sixième place au ranking all-time (6981 pts), Katarina Johnson-Thompson a tout renversé sur son passage à Doha. Elle a décroché son premier grand titre en heptathlon aussi mis fin à trois ans d’invincibilité de notre Nafi Thiam nationale.

La championne olympique a "perdu" sa couronne mondiale. La Namuroise a eu l’élégance de ne pas utiliser son coude (blessé) comme excuse et a reconnu la supériorité de sa rivale. Même diminuée, Thiam a glané l’argent, sa cinquième médaille internationale en hepta… en 5 ans. Une régularité impressionnante.

La Belgique terre de 4x400m, les Tornados enfin récompensés

Les Belges ont réussi un fantastique exploit en plaçant une équipe dans les trois finales du 4x400m. Seuls, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Jamaïque, trois illustres nations de la planète athlé, peuvent en dire autant. Et rien que ça, c’est absolument épatant.

Mais les "boys" de Jacques Borlée ont encore frappé plus fort. Après 11 ans d’existence et de présence continue parmi le gratin, les Tornados ont enfin obtenu le droit de grimper sur un podium de championnats du monde. Fini les frustrations, place à la joie. Enfin, la régularité des Tornados est récompensée au plus haut niveau. Bravo les gars. On ajoutera aussi la cinquième place des Cheetahs pour leur première finale mondiale et la sixième position du relais mixte.
 

La nouvelle génération du sprint prend le pouvoir dans un stade vide

Christian Coleman (23 ans), Noah Lyles (22 ans), Dina Asher-Smith (23 ans) ont fait souffler un vent de fraîcheur sur le sprint mondial pour les premiers championnats "post" Usain Bolt. Coleman, autorisé à courir malgré trois no shows, a relayé le vétéran Gatlin sur la plus haute marche du podium du 100m. Le sprinter de Gainsville a ramené le titre du 200m dans le camp US après 12 ans d’attente et a pris rendez-vous à Tokyo où il devrait doubler 100-200m. La pépite du sprint Britannique, reine d’Europe l’été dernier, a confirmé au niveau planétaire avec l’or sur 200m et l’argent sur 100m.

Cet hectomètre est d’ailleurs le seul titre qui a échappé aux jeunots. Il a été remporté par "Mamy" Shelly Ann Fraser-Pryce qui fait de la résistance à 32 ans. De retour de maternité, la puce supersonique de Kingston. Après Berlin, Moscou, Pékin, elle a déboulé en tête au bout de la ligne droite de Doha (10.71).

Seul bémol, ces victoires ont sonné creux dans un stade tristement vide.

Les tours magiques de Naser et Muhammad

C’est une des performances les plus impressionnantes et sans doute la plus inattendue de ces mondiaux. Salwa Eid Naser a surpris tout le monde – à commencer par la championne olympique Shaunae Miller-Uibo – sur 400m. Le temps d’un tour de piste, la Bahreïnienne a proposé un saut de plus de trente ans dans le passé. Elle s’est approchée des chronos de Marita Koch (47.60) et Jarmila Kratochvilova (47.99). So Eighties. De quoi penser au record du monde ? "Tout est possible désormais", a-t-elle lâché.

On attendait énormément des trois fantastiques (Warholm-Benjamin-Samba) sur 400m haies masculin, mais c’est bien chez les dames que le record du monde est tombé. L’Américaine Dalilah Muhammad a amélioré sa propre référence sur la distance pour la porter à 52.16.

Duels en haute altitude

Les concours de perche – tant chez les femmes que chez les hommes – et de la hauteur nous ont offert du spectacle, du suspense et des surprises.

Trois filles à 4m90, sans manquer la moindre barre, le niveau était haut, très haut chez les filles. Anzhelika Sidorova a arraché le Graal à 4m95 devant Sandi Morris et Katerina Stefanidi.

Le match à trois entre les trois hommes à 6m a été riche en rebondissements et a tourné à l’avantage de Sam Kendricks, le tenant du titre (5m97). Le trio Kendricks-Duplantis-Lysek a même assuré le service après-vente avec un salto collectif en apothéose.

En hauteur la logique a été respectée, Mariya Lasitskene a été sacrée et a réalisé un triplé inédit. Mais la patronne a été poussée dans ces retranchements par une gamine effrontée. Du haut de ses 18 ans, Yaroslava Mahuchikh a fait sensation. Elle a égalé son record avant de l’améliorer à deux reprises pour le percher à 2m04, nouveau record du monde junior.

Les larmes de Mayer, la révélation Kaul

Le titre lui était promis, son corps l’a lâché. Kevin Mayer a tout tenté pour arriver au bout de son décathlon. En sursis depuis le concours de hauteur, le recordman du monde a serré les dents sur 400m, sur 110m haies et au disque. Tendon d’Achille, ischios, cheville, les soucis physiques se sont accumulés comme autant d’obstacles sur la route de Mayer.

Le mental a beau être fort, quand le corps envoie autant de signaux de détresse et dit stop, il n’y a qu’une issue : l’abandon. Mayer, en tête du concours, s’y est résolu la mort dans l’âme et les yeux rougis par les larmes. Le boss hors-jeu, c’est un gamin de 21 ans qui a pris la relève. Nikas Kaul, terreur des catégories d’âge depuis 2015, a brûlé les étapes pour devenir le plus jeune champion du monde de l’histoire du déca. Onzième après la première journée, le combinard de Mayence a survolé les cinq dernières épreuves pour souffler le titre à Maciel Uibo dans le 1500m, ultime étape des dix travaux.

Hassan imperturbable malgré le coup de froid Salazar

Sifan Hassan a signé un inédit doublé 1500-10000 à Doha. Deux démonstrations de classe et de talent malgré l’ombre pesante d’Alberto Salazar, son entraîneur exclu des mondiaux et suspendu 4 ans pour "organisation et incitation à une conduite dopante interdite".

Une semaine après son succès sur 10000m, la Néerlandaise
 a réalisé un véritable exploit sur 1500m. A la cloche, le peloton des finalistes était groupé. 400m plus loin, la Néerlandaise était seul au monde. Son accélération dévastatrice a largué la concurrence, reléguée à plus de deux secondes !

La marche et les marathons en mode "sauna"

Le chrono le plus lent de l’histoire (2h32:43), 32 degrés et 75% d’humidité, 28 abandons sur 68 partantes, les chiffres du marathon féminin font peur et résument la torture infligée aux athlètes des épreuves "hors-stade". "Plus jamais. Horrible. Et super heureuse et fière d’y être arrivée. Ce fut la course la plus difficile de ma vie. Je ne l’oublierai jamais", a commenté notre compatriote Manuela Soccol.

Ruth Chepnegetich et Lelisa Desisa (marathon), Rui Liang, Yusuke Suzuki (50km marche), Hong Liu, Toshikazu Yamanishi (20km marche) se sont parés d’or mais tous ceux qui ont pris le départ méritent le plus grand respect. Et sans certainement un peu plus de considération des organisateurs à l’avenir.

Barshim réveille (enfin) le Khalifa Stadium

Mutaz Essa Barshim a remporté son deuxième titre mondial consécutif en hauteur. Après sa victoire à Londres, le Qatari a gagné l’or une nouvelle fois. Ce sacre a certainement une saveur particulière parce qu’il a été conquis devant son public (enfin présent au Khalifa Stadium). Mais aussi parce qu’il survient après une grave blessure et des mois compliqués. Cette saison l’esthète Barshim n’avait pris part qu’à quatre concours. Et avant ces mondiaux, son meilleur saut de l’année n’était que de 2m27. Il a fait beaucoup mieux en finale puisqu’il s’est élevé au-dessus d’une barre à 2m37.

Suspense haletant au poids

22m91 et deux fois 22m90, le podium du lancer du poids se concentre en… un petit centimètre. Et deux de ces trois performances ont été réalisées au dernier essai. Thomas Walsh avait expédié son boulet à 22m90 d’entrée et a longtemps pensé qu’il avait assommé le concours. Mais au lieu de reconduire son titre, il a glissé de deux rangs en toute fin de compétition, dépassé par Joe Kovacs, désormais 3e performeur de l’histoire, et Ryan Crouser.

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