Dans les coulisses de la course la plus difficile du monde

Avec ses 20.000 mètres de dénivelé positif, ses 200 kilomètres à travers une forêt quasiment impénétrable, cette impitoyable barrière horaire de 60 heures pour boucler 5 tours, la Barkley 100 (pour 100 miles, la distance initiale de l’épreuve) fait fantasmer tous les coureurs longue distance et les amateurs d’aventure. Depuis 1986, seuls 15 coureurs (sur un peu plus de 1000 partants) dont l’américain John Kelly cette année-ci ont réussi à boucler les 5 tours dans le temps imparti.

Mais la Barkley, c’est aussi et surtout une histoire palpitante, entre légendes et rumeurs. Voici ce que nous pouvons vous en dire sans dévoiler l’esprit si particulier de cette course à nulle autre pareille.

Le terrain

La Barkley, c’est avant tout une forêt, le Frozen Head State Park, un parc de l’état du Tennessee. Une forêt peu accueillante quand le mauvais temps (très fréquent dans la région) est de la partie. Le brouillard y est impitoyable, les précipitations généreuses, surtout fin mars-début avril quand se déroule la course. Le parc compte 14 sommets de plus de 3.000 pieds (un peu moins de 1.000 mètres d’altitude). Un coup d’œil sur la carte et sur les courbes de niveau suffit pour se rendre compte de la déclivité des pentes. Tout ici est raide. Une autre des particularités du terrain de jeu de Laz (l’organisateur) et de ses acolytes, c’est que tout se ressemble et qu’il est très facile de perdre ses repères et donc, de s’égarer (principale cause d’abandon des participants à la course qui se perdent ou qui gaspillent beaucoup de temps à trouver les fameux livres). Le parc est parcouru par une série de sentiers plus ou moins fréquentés (et donc plus ou moins faciles à suivre) mais le parcours tracé par Laz est majoritairement "off trail", rendant la progression d’autant plus difficile que la végétation basse (ronces, petites pousses, buissons…) gêne le moindre pas.

Il est donc excessivement difficile, voire impossible de suivre les coureurs une fois qu’ils ont quitté le campement. Le seul moyen d’accéder au parcours, c’est une route qui traverse la partie est du parc et que les coureurs doivent traverser deux fois par boucle. Vu que le parcours n’est pas balisé, les coureurs ne passent presque jamais au même endroit. Et vu que la végétation est très épaisse, deux coureurs peuvent être à moins de 10 mètres l’un de l’autre sans se voir. La faune y est riche, entre ours, serpents et cervidés : http://tnstateparks.com/parks/about/frozen-head

L’ambiance de la course

Tout ici est empreint de simplicité. Dans le camping situé à l’entrée du par cet qui sert de camp de base aux participants et aux organisateurs, pas d’électricité (sauf dans les sanitaires) pas de sponsor, pas d’ordinateur, pas ou peu de téléphone. Rien ne permet de savoir et de comprendre que s’y déroule à proximité l’une des courses les plus convoitées au monde. Une vie en communauté pendant 72 heures où tout le monde échange avec tout le monde. Une table est dressée dans la tente de l’organisation et fonctionne en mode auberge espagnole. Tout le monde est logé à la même enseigne, du coureur pro aux téméraires anonymes qui constituent le cercle très fermé des 40 participants autorisés à prendre le départ chaque année.

Le tournage

Nous sommes arrivés sur place le mercredi soir précédant la course. Le jeudi, nous nous sommes rendus à Wartburg, une petite bourgade située à quelques kilomètres de l’entrée du parc. Nous y avons rencontré, par hasard, plusieurs membres de la famille de John Kelly (le futur vainqueur de l’édition 2017 et originaire de la région). Nous avons interrogé de nombreux habitants : presqu’aucun ne connaissait l’existence de l’épreuve malgré sa renommée internationale dans le monde de la course à pied. Le jeudi soir, nous avons retrouvé Laz dans le resto mexicain qu’il fréquente habituellement quand il vient dans la région (il habite à 3 bonnes heures de route de là). L’homme est à la hauteur de sa réputation : charismatique, charmant, affable et blagueur. Le lendemain, il nous a donné rendez-vous à son motel à 7h pour que nous puissions faire la route avec lui jusqu’à la prison, ouverte exceptionnellement aux quelques journalistes présents. Il nous a également montré les endroits où nous serions autorisés à filmer. Comme les coureurs, nous nous sommes réveillés, le samedi 1er avril à 00h42, au son de la conque que Laz utilise pour signifier le départ, une heure plus tard, de la course. Nous avons ensuite passé 60 heures dans les bois, la voiture et le camp (avec une pause de 5 heures dans la tente) pour être au plus près de ce que nous étions autorisés à filmer. Avec caméra, GoPro, drone et Osmo (une caméra stabilisée). La grosse difficulté a été de calculer les heures de passage des coureurs aux différents points. Fallait-il encore pouvoir les localiser pour ne pas les louper. Et puis les filmer le plus discrètement possible en se cachant la plupart du temps pour qu’ils puissent vivre la solitude de ce grand voyage intérieur qu’est la Barkley...

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