Athlétisme : la reprise n'est pas simple à organiser dans les clubs

Le retour à l'entraînement
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Le retour à l'entraînement - © FRANCK FIFE - AFP

Les entraînements collectifs en plein air sont à nouveau autorisés dans les clubs d’athlétisme. Sous conditions, bien entendu. Celles-ci sont toutefois difficiles à mettre en place et en pratique. Exemple concret dans le Brabant Wallon, au club de l’USBW à Braine-l’Alleud.

Depuis le 18 mai, l’activité collective est à nouveau autorisée. Le gouvernement a ouvert quelques vannes mais sous conditions. La première est de pratiquer en extérieur. La deuxième : un seul groupe de 20 athlètes avec un entraîneur (toujours le même). La troisième : prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires (distance physique, désinfection,…)

Au Stade Gaston Reiff de Braine-l’Alleud, à deux pas de la Butte du Lion, on s’affaire. Je dirais même, on se démène, comme dans tous les autres cercles athlétiques. Afin d’accueillir en toute sécurité les adhérents. Pour Olivier Parvais, Président de l’Union Sportive Braine Waterloo et pharmacien de son état, la priorité absolue reste la protection de ses membres. " Il n’est pas question de faire n’importe quoi, le COVID est toujours là. Et ce virus est mortel. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de la sécurité de nos affiliés. On est bien entendu heureux de retrouver un peu d’activité sur le site mais je peux vous dire que rien n’est simple. "

Agenda "casse-tête"

Il y a 15 jours, le club avait repris en mode mineur, avec les athlètes élites en séances individualisées, comme le permettait les autorités. Aujourd’hui les 270 athlètes du club (hors école d’athlétisme) aspirent tous à reprendre mais cela semble impossible. " On va ouvrir le stade du matin au soir avec un agenda. On viendra faire de l’athlé sur rendez-vous en quelque sorte. Exemple : par tranche horaire d’une heure (échauffement compris) on pourra accueillir un groupe de 20 personnes avec un coach. Tenir compte des distances physiques au sein de ce groupe. Une fois l’heure terminée, un autre groupe de 20 pourra succéder au premier, avec un autre coach. Ils éviteront de se croiser. Imaginez encore la difficulté pour constituer ces groupes. Il ne faut pas mettre les lanceurs avec les sprinters. Il faut tenter de respecter aussi les familles, les gens qui font du co-voiturage, les affinités sociales. Notre directeur technique, Cédric Vanelsuwe est chargé d’élaborer un calendrier. C’est un énorme casse-tête quotidien. L’agenda, avec la composition des groupes admis au club, doit parvenir à la Commune la veille au soir. Par ailleurs, on ne pourra pas contenter tout le monde. " Sans compter la problématique de la désinfection. " Bien sûr, aucun engin (poids, javelot, témoin,...) n’est mis à disposition. Chacun doit avoir son propre matériel. Mais comment faire, par exemple, pour désinfecter un tapis de réception à la hauteur ? Je n’ai pas la réponse… bref c’est compliqué ".

Pas de reprise pour les moins de 12 ans

Il faut donc faire des choix. Douloureux parfois. Ainsi l’USBW a décidé de ne pas reprendre les activités de son école d’athlétisme. Les enfants de moins de 12 ans, formant le véritable vivier du club, resteront à l’arrêt. Pas la peine de venir au stade, la logistique serait bien trop importante et les mesures de sécurité sans doute difficiles à tenir avec les plus petits. Olivier Parvais espère ne pas perdre en chemin de futures promesses : " pour l’instant les gens comprennent et nous n’avons pas eu, par exemple, de demande de remboursement partiel de la cotisation suite aux deux mois d’entraînement non donnés. Ce serait un coup dur pour le club si c’était le cas. Car le club a besoin de soutien. Les frais fixes n’ont pas disparu avec la crise et nous assumons les salaires de nos entraîneurs. Mais je le répète les gens sont compréhensifs. "

Courir masqué

Autre exemple concret de la difficulté de la reprise : le port du masque. La LBFA (Ligue francophone d’athlétisme) a envoyé une circulaire à ses clubs. Le port du masque y est recommandé pour l’encadrant et les accompagnants. Le texte disant ceci : " Pour le sportif, le port du masque varie selon l’intensité de l’activité . Lorsque celle-ci est à faible ventilation (en dessous de 100 pulsations par minute), le masque est recommandé. Lorsque l’activité est à haute ventilation (au dessus de 100 pulsations par minute), le masque n’est pas recommandé car il sera rapidement saturé en vapeur d’eau et perdra toute son efficacité. Il est cependant recommandé de remettre le masque 10 à 15 minutes après la fin de l’activité."

Entretenir la flamme

Frédéric Xhonneux est notre consultant athlétisme sur la RTBF. Il entraîne également au sein du club brabançon. Ce mercredi, pour lui aussi, c’est la reprise avec son petit groupe de lanceurs (poids et disque). L’ancien décathlonien est partagé. Entre la hâte de revoir ses athlètes et la crainte de faire respecter scrupuleusement les consignes " Pour moi un groupe de 20 c’est déjà presque ingérable. D’autant qu’on demande selon les disciplines une distanciation minimale. Pour les courses, une distance de minimum 10 mètres entre chaque athlète est recommandée par la LBFA (Ligue francophone). Pour les sauts et les lancers, la distance est de 5 mètres d’écart. Dans mon groupe je n’ai de toute façon que 5 ou 6 athlètes donc, en terme de nombre, ça ne changera pas grand-chose. Par contre lors de la séance de lancer de poids par exemple, il faudra être vigilant. On devra bien banaliser les zones d’attente, éviter les petits gestes tactiles, … éviter l’échange de matériel, ne plus ramener par courtoisie le poids lancé par un partenaire, ne pas se parler face à face, ne pas se croiser en sortant du stade avec ceux qui y entrent. Bref il faut changer ses habitudes. Et rester prudent avant tout."

Mais pour Fred comme pour tout le petit milieu de l’athlétisme, l’essentiel est de reprendre contact car le confinement a laissé des traces " On a perdu le contact avec quelques athlètes. Certains ne répondent plus aux mails du club. Et pour les plus jeunes qui vivent de leur passion, cet arrêt obligatoire est préjudiciable. Ils ont été privés d’apprentissages importants. Même s’ils ont tenté de s’entretenir à la maison, ce n’est pas pareil. Je me réjouis donc de les revoir et ce retour au stade vaut la peine."