Réchauffement climatique : la Belgique, futur pays du vin ?

Dans la lignée de nos différents articles dédiés au réchauffement climatique et à la COP26, nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer quelques conséquences directes, chez nous, en Belgique, de cette augmentation de la température globale. Et si on évoquait avec vous un aspect bien particulier de ce réchauffement : son impact sur les cultures… et en particulier sur la viticulture !

S’il y a bien quelque chose que l’on peut retrouver sur la plupart des tables dans nos régions, outre la bière bien évidemment, c’est le vin. Son ingrédient principal, le raisin, est synonyme de soleil et d’été, de chaleur… Quel serait donc l’impact du réchauffement climatique sur ce type de culture ?

L’Université Liège (et son laboratoire de climatologie) s’est associée à l’Université de Bourgogne pour explorer cette question. Voici quelques hypothèses préliminaires, préambule à une étude plus complète qui sera publiée l’an prochain sous la direction de Sébastien Doutreloup, chercheur au laboratoire de climatologie de l’Université de Liège.

Une notion théorique : l’indice de Huglin

Pour faire court, chaque cépage (comprendre : chaque variété de plant de vigne et donc de raisins) a besoin d’une certaine quantité de chaleur et d’ensoleillement pour être cultivé. Pour aider les vignerons à savoir ce qui sera idéal pour leurs vignes et leurs sols, Pierre Huglin a développé un indice qui porte son nom : l’indice de Huglin.

Schématiquement, on utilise les températures moyennes journalières, les températures maximales ainsi qu’un facteur lié à l’ensoleillement (et donc à la latitude de l’endroit de culture !) pour calculer cet indice. En somme, plus sa valeur est haute et plus le raisin sera sucré.

En haut de la liste on retrouve par exemple l’Aramon, un raisin noir cultivé principalement dans le sud de la France, avec un indice élevé, en bas de l’échelle on retrouve plutôt le Müller-Thurgau (qui donne du vin blanc en Allemagne, en Autriche, en Hongrie,…) avec un indice plus faible.

L’indice de Huglin donne une bonne idée du climat nécessaire à la culture d’un cépage (ou à l’inverse : une idée du choix du cépage selon le climat d’un endroit choisi). On peut également s’en servir au niveau du millésime : pour savoir si c’était une "bonne année" pour le vin (ou pas), il suffit parfois de regarder ce fameux indice ! L’année 2021, par exemple, ne produira a priori pas de "très grands vins tranquille"…

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De la chaleur et du soleil !

Partant de ce principe, le réchauffement climatique serait donc plutôt bénéfique pour nos régions au niveau de la viticulture : avec des températures moyennes en augmentation et des températures maximales en hausse, le raisin sera plus sucré, le vin potentiellement meilleur, et la possibilité de cultiver de nouveaux cépages sera de la partie. " Que du bon " a priori ! C’est bien sûr schématique : le sucre ne convient pas à tous les vins, un pétillant (méthode champenoise) demandera à l’inverse un vin acide plutôt que sucré… sinon les bulles ne se forment pas !

A contrario, évidemment, cette hausse des températures risque de limiter les possibilités de culture dans le Sud de la France : les cépages que l’on pourra planter seront moins nombreux, d’autant plus que la vigne résiste mal aux coups de soleil et de chaleur ! Comme toujours, l’excès nuit en tout.

Un facteur limitant : les précipitations

Ce sera à confirmer au fil des études et des projections futures des modèles météorologiques et climatiques à venir, mais les années futures devraient être plutôt bénéfiques pour la culture viticole en terme de pluviométrie dans nos régions. On se dirigerait vers des précipitations plus importantes en hiver alors qu’elles diminueront en été : on limitera ainsi les risques de mildiou et les nappes phréatiques auront tendance à bien se recharger en hiver. Tout bénéfice pour les pieds de vignes qui puisent profond avec leurs racines pour récupérer cette précieuse eau.

À nouveau, cela s’annonce moins réjouissant pour le Sud de l’Europe puisque la chaleur et la sécheresse y seront d’autant plus présentes… et la vigne aura bien du mal à tenir le coup.

À côté du positif, le revers de la médaille

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La vigne est un "petit être sensible" par moments… Très résistante pendant de longues périodes, la vigne possède un point faible : ses bourgeons ! Dès le débourrement (le développement) de ceux-ci, le pied de vigne qui tenait pendant l’hiver sans problème -15 ou -20°C n’est plus capable d’encaisser, au mieux, que -1 ou -2°C sous peine de voir les précieux bourgeons mourir. Si le bourgeon est brûlé par le gel, pas de branche, donc pas de raisin… et donc pas de vin !

Avec le réchauffement climatique, le risque de développement précoce des bourgeons (vers mars comme ce fût déjà le cas cette année 2021), semble s’accentuer… sans pour autant limiter le risque de gel tardif (en avril et en mai) qui tuerait dans l’œuf les espoirs des viticulteurs. Ceci est bien sûr à mettre au conditionnel et à analyser au fil des ans.

Autre point à surveiller : les maladies. On l’a dit, le réchauffement pourrait limiter l’apparition du mildiou dans les vignes, mais rien ne dit que de nouvelles maladies ne se développeront pas, des maladies auxquelles nos vignes et vignerons ne sont pas habituées et qui pourraient leur être fatales.