Réchauffement climatique : et si on déconstruisait quelques idées reçues ?

Différents articles dédiés au réchauffement climatique et à la COP26, sont publiés par notre rédaction ces derniers jours. On y parle de causes, de conséquences… Mais il est tout aussi important de crever quelques abcès et de tordre scientifiquement le coup à quelques idées reçues !

« L’arrêt du Gulfstream provoquera un froid polaire »
« On risque de brusques changements météorologiques »
« Il fait plus froid donc le réchauffement climatique, c’est bidon ! »
« Les mers vont nous submerger du jour au lendemain »
« Aucun problème avec le C02 : il est capté par les océans ! »
« De toute façon, même si on arrête tout ça ne changera rien »

« L’arrêt du Gulfstream provoquera un froid polaire »

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La théorie est la suivante (et on pense évidemment au film Le Jour d’Après !) : si le gulfstream s’arrête, notre pays va devenir une terre gelée. Niet, bien sûr, c’est même quasiment le contraire qui se produirait !

Pour schématiser : le gulfstream est un courant marin océanique qui en surface part de l’Hémisphère Sud passe par l’équateur puis les tropiques (où une partie de cette eau va s’évaporer ; ce qui va “saler” son eau) et arrive chez nous. L’eau qu’il embarque avec lui, c’est important, est alors chaude et salée à nos latitudes. Une fois arrivée au Groenland et en Arctique, cette masse d’eau se refroidit et va "glisser" sous l’eau présente à cet endroit (car elle est plus salée et donc plus dense que les eaux douces du Pôle Nord). En Arctique, les eaux du Gulf Stream vont alors couler jusqu’au fond de l’océan pour retourner vers l’hémisphère sud avant de remonter à la surface au niveau de l’Antarctique, rejoindre l’hémisphère nord, se réchauffer… et repartir pour un tour.

Le fonctionnement du moteur de ce système (qu’on appelle "convection profonde") est intimement lié au froid des calottes polaires : si l’eau arrive plus chaude ou moins salée (à cause de la fonte de la calotte du Groenland), le mécanisme va se gripper… C’est la base du scénario catastrophe du film " Le Jour d’Après ".

Dans les faits, on vous rassure, aucune chance que le moteur casse net. Il faudrait des années pour que cela s’arrête. Ce qui pourrait en revanche se produire, c’est qu’une partie du gulfstream (qui se dirige vers l’Europe) s’arrête ou soit trop perturbé que pour jouer ce rôle. Pas question d’hiver polaire qui nous tomberait dessus du jour au lendemain : le mercure pourrait descendre un peu mais… ne ferait qu’atténuer le réchauffement climatique dans nos régions !

Et au-delà de ça : le gulfstream transporte la chaleur des tropiques vers nos régions. S’il s’arrête du jour au lendemain, un froid polaire ne débarquera pas "de nulle part" mais on risque de se retrouver avec des vagues de chaleur venues des tropiques ; puisque l’océan permettra moins de refroidir ces régions, les vents du sud nous amèneront d’autant plus de chaleur.

Dernier point d’attention : la chaleur, dans cette hypothèse, sera un peu plus transportée par les courants atmosphériques et un peu moins par les océans. Simplement !

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« On risque de brusques changements météorologiques »

Comme pour l’arrêt du gulfstream, nous avons tous en tête une série de scénarios catastrophes au niveau météorologique. Globalement, c’est vrai, les phénomènes dits "exceptionnels" risquent de se produire plus régulièrement… mais fondamentalement, on risque surtout de se retrouver dans des situations stagnantes : lorsqu’un type de météo s’installera (que ce soit une canicule ou une vague de froid), il risque de perdurer plus longtemps au même endroit.

Suite au réchauffement climatique, les vents qui balayent notre Terre (LIER ARTICLE SUR LES VENTS) risquent d’être moins forts de manière globale (hors phénomènes particuliers donc) et donc permettre des situations stagnantes. Ceci peut par exemple (et en partie !) expliquer les inondations qui ont touché notre territoire en juillet 2021 : si on ne peut pas imputer directement au réchauffement cette catastrophe précise, il est clair à présent que le fait que la situation météorologique soit restée "bloquée" quelques jours au même endroit en est une conséquence.

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« Il fait plus froid donc le réchauffement climatique, c’est bidon ! »

Vaste sujet : "oui mais les températures sont trop basses et vous nous parlez de réchauffement climatique ! Comment est-ce possible ?". La réponse peut tenir en deux mots : vortex polaire !

Encore débattu par les scientifiques, ce point commence néanmoins à faire consensus. Les crashs du vortex polaire (on vous a d’ailleurs préparé un article décrivant en détail le phénomène) pourraient avoir tendance à être plus nombreux à l’avenir avec une conséquence toute simple : l’air polaire aura une probabilité plus grande de descendre vers nos régions. En clair : le réchauffement climatique… nous apportera par moments de l’air bien plus froid même si ces épisodes seront très courts dans le temps !

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« Les mers vont nous submerger du jour au lendemain »

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On l’entend souvent "les mers vont monter" suite au réchauffement du climat. On décrypte cet état de faits avec vous !

Tout d’abord, il faut bien comprendre que plusieurs phénomènes contribuent à la hausse du niveau des mers, on peut en pointer trois principaux :

  • L’expansion thermique des océans : en clair, l’eau chaude occupe un volume plus important que l’eau froide, simplement. Cette "expansion thermique" suit une courbe plutôt linéaire, il faut entendre par-là que "ça grimpe doucement"
  • Les glaciers continentaux : ils ont déjà bien fondu et on arrivera très rapidement au maximum d’impact qu’ils peuvent avoir (en somme : passer un certain point, leur fonte n’influencera plus vraiment la hausse du niveau des mers)
  • Les calottes glaciaires : c’est ici que le bat blesse. "No limit" : leur fonte est exponentielle (et non pas linéaire) et elle impactera toujours le niveau des mers. Le problème avec cette fonte des calottes glaciaires, c’est tout simplement qu’une fois le point de non-retour atteint, l’action de l’Homme ne permettra plus d’arrêter cette fonte qui poursuivra ad vitam aeternam

 

Si, du jour au lendemain, nous arrêtions toutes nos émissions de gaz à effet de serre (LIER ARTICLE), il faudrait 10 ans pour que la température commence à redescendre au niveau atmosphérique… et près de 100 ans pour que cela ait un impact sur les calottes !

(Point de détail, c’est le cas de le dire, les barrages n’ont bien sûr qu’un impact négligeable sur cette hausse du niveau des mers. Notre seul levier disponible… ce sont les températures !)

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« Aucun problème avec le C02 : il est capté par les océans ! »

Si on prend le problème des gaz à effet de serre à bras-le-corps, il n’y a fondamentalement que deux solutions possibles : soit on réduit nos émissions, soit on mise sur la captation de ces gaz. Deux grands canaux naturels sont disponibles à cette fin : les plantes (et les sols) … et les océans. La théorie est donc la suivante : nos océans nous débarrasseront du problème. Oui… mais non !

Le principe n’est pas fondamentalement faux : les océans jouent actuellement le rôle de capteur de C02, de même que les coraux, phytoplanctons ou animaux marins qui peuvent en transformer une partie en roche sédimentaire.

Malheureusement, cette captation a ses limites : les dernières recherches scientifiques tendent à démontrer que les océans arrivent à saturation (d’une part) et qu’ils ne pourront donc plus jouer indéfiniment ce rôle… mais d’autre part, il va sans dire que l’accumulation de carbone dans nos eaux n’est pas sans conséquences. Ni les poissons, ni les coraux, ni le plancton n’apprécient particulièrement l’acidification de l’eau due au carbone !

Au-delà de cette saturation, le fait est que la majeure partie de la captation se fait au niveau des pôles (grâce au froid)… sauf que c’est surtout les pôles qui vont se réchauffer, ce mécanisme pourrait se retrouver en péril. Et pour faire court, si le froid permet aux océans de capter du C02… le chaud leur en fait libérer !

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« De toute façon, même si on arrête tout ça ne changera rien »

L’idée est la suivante : si on arrête tout dès demain et qu’on retourne à l’âge de pierre, cela ne changera rien. Malheureusement… ce n’est pas faux dans l’absolu.

Si "tout s’arrête" aujourd’hui au niveau des émissions, il faudra 10 ans pour que la température mondiale redescende, 100 pour que nous puissions voir un impact sur les calottes et les océans. En "bonus" : les gaz à effet de serre doivent se dissiper. Il faut environ 10 ans au méthane pour disparaître, 100 pour le C02 (et on vous épargne d’autres gaz où on peut parfois atteindre les 1000 ans…) si l’homme n’intervient pas dans le processus.

Est-ce que c’est "fichu" pour autant ? Non, heureusement ! Ce qui est dans nos possibilités pour l’instant, simplement, c’est de "limiter la casse". Des technologies sont en cours de développement mais elles coûtent actuellement cher… et sont énergivores. L’idée n’est bien sûr pas de dépolluer en polluant d’autant plus. Des solutions existent, on pense par exemple au projet Katabata mené par l’Université de Liège (et l’installation d’éoliennes au Groenland pour profiter de vents quasi constants) mais aussi la captation du C02 pour le transformer en gaz de ville par exemple.

Petit baume au cœur : les projections du GIEC ne tiennent pour l’instant pas compte de ces avancées et recherches (parce que trop marginales). Alors oui, l’inertie du système fait qu’il ne peut aller qu’en s’amplifiant… mais avec un peu de travail, nous pouvons donc échapper aux "pires scénarios" !

Dans l’absolu, on le sait maintenant, on se dirige de toute façon vers un climat plus chaud : autant s’y préparer avec des habitations dites résilientes (bas carbone, basses émissions, forte isolation, énergie verte,…) et nous participerons ainsi à réduire les gaz à effet de serre.

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