On décrypte l’effet albédo : les arbres causeraient-ils une partie du réchauffement climatique ?

On voit fleurir régulièrement sur le web une série d’articles contradictoires : les uns clament que la plantation d’arbres aiderait à refroidir le climat sur notre planète Terre, les autres que la déforestation aurait le même effet ! Nous en avions nous-même parlé en février 2021 suite à une étude menée par Christopher A. Williams, professeur à la Graduate School of Geography de l’université Clark (États-Unis) et parue dans Science Advances.

Tous ces articles (et les différentes études) se basent sur un même principe : celui de l’effet albédo !

Une définition du phénomène

Concrètement, l’albédo, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit tout simplement du pouvoir d’une surface à réfléchir l’énergie solaire (on schématise, il y a d’autres implications). On lui octroie généralement une valeur comprise entre 0 et 1. Le 1 représente une surface blanche "parfaite" qui renverrait théoriquement 100% de l’énergie reçue (et qui serait donc "froide") et le 0 représente une surface qui absorberait 100% de l’énergie (et qui serait donc "chaude").

Pour faire simple : on a tous déjà expérimenté que la sensation de la chaleur en été est moindre avec un t-shirt blanc (on se rapproche de notre 1) qu’avec un t-shirt noir (valeur albédo à 0).

Vous l’aurez compris ; ce qui est valable pour un t-shirt l’est pour n’importe quelle surface. On admet communément que la neige fraîche, très réfléchissante, a une valeur albédo de 0,90 environ (ce qui veut dire qu’elle absorbe tout de même 0,10 d’énergie !) et que, par contre, la surface d’un lac a une valeur de… 0,05 ! Entre les deux, on retrouve tout une gamme : de l’herbe (0,30 au niveau albédo, tout comme un sol nu), des forêts (0,15), … Et on ne parle ici que de surfaces naturelles.

Et la déforestation dans tout ça ?

Maintenant que le décor est planté, venons-en à ce qui nous intéresse ici : la déforestation.

Prenons un cas concret (et schématisons-le) : la forêt amazonienne. Son albédo naturel est à 0,15. Une fois déforestée complètement (ou en partie !), le sol nu aura lui un albédo de 0,30. L’énergie, au lieu d’être réfléchie à hauteur de 15% le sera à hauteur… de 30% ! Conclusion simple : en déforestant, on augmente l'albédo, donc on diminue l'énergie absorbée, ainsi on a réussi à faire descendre localement les températures. Miracle !

Si on s’en tient à ce raisonnement, et qu’on ne va pas plus loin, on en arrive à la conclusion proposée par certains articles : en plantant des forêts sur l’ensemble du globe on réchauffera le "climat" (moins de réflexion d’énergie et gain au niveau de l’absorption de chaleur) tandis qu’en déforestant "tout", la température baissera.

C.Q.F.D. ? Pas tout à fait !

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Et si on va plus loin ?

Vous vous en doutez : ce n’est pas si simple. D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Les conséquences d’une déforestation ou d’une reforestation ne sont pas uniquement liées à des flux d’énergie (renvoie ou non d’énergie solaire) mais aussi, notamment, à l’évapotranspiration. En français ? L’humidité !

Si on reprend l’exemple de notre forêt : elle échange de l’eau, sous forme d’humidité, avec l’atmosphère contrairement à un sol nul ! Dans le cas de forêts "bien feuillues" (c’est le cas de la forêt amazonienne), cela sature l’air d’humidité au point de créer des nuages (low level clouds)… et ces nuages renvoient beaucoup d’énergie solaire. Celle-ci n’arrive donc pas au sol (ces nuages sont proches de la neige fraîche au niveau albédo, on parle d’une valeur avoisinant 0,80).

On reprend les chiffres : forêt (0,15) < sol nu (0,30) < low level clouds (0,80). En reforestant, grâce aux nuages induits par la végétation, la température locale… diminue donc !

Deux points de vue : local / global

Jusqu’ici, nous nous sommes concentrés sur une échelle locale (une forêt située en un point précis) et, comme souvent, c’est un peu réducteur : il faut considérer le plan mondial. Dans notre cas "forestier", ce point de vue global prend la forme du puits de carbone que forment ces arbres. Ils captent le C02 del’atmosphère et le stockent, notamment, dans leur tronc. Ainsi, en reforestant, on capte bien plus de C02, on diminue donc la concentration de C02 dans l’atmosphère et on participe au refroidissement global.

En conclusion, on peut se référer au travail de Jean-François Bastin et de son équipe qui ont créé une carte pour guider vers une reforestation de la planète : "Il est possible de replanter 900 millions d’hectares de forêts à travers le monde, soit presque la surface des États-Unis. Ces forêts supplémentaires permettraient de capturer 205 milliards de tonnes de CO2, soit environ un quart de la quantité de carbone présente dans l’atmosphère actuellement."

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