Décryptage d'un phénomène météo bien connu... : le vortex polaire

Météo : pourquoi fait-il plus chaud au nord du cercle polaire arctique… qu’en Espagne ?

Sunset on Lake Baikal in winter near Elenka island © Copyright Anton Petrus

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Vous avez bien lu ! Ces derniers jours, la température du côté de Casablanca était inférieure, nettement même !, à ce que l’on peut retrouver bien plus au nord… au-dessus du cercle polaire, à plus de 60° de latitude nord pour être précis ! Pas assez clair pour vous ? Faisons mieux : si on prend les valeurs du 19 mai, on retrouvait du côté du Maroc 26°C à Tunis, 21°C à Malaga… et plus de 32°C à Unskij Majak près du port russe de Mourmansk.

Comment expliquer ces températures étonnantes ? Est-ce "exceptionnel" ? On vous explique tout !

Encore une histoire… de vortex polaire !

Il y a quelques mois déjà, notre ami le vortex avait fait parler de lui ; une partie des médias s’étaient emballés sur son fameux "crash" et nous avions pris le temps de décortiquer le phénomène avec vous en détail.

En résumé, pour bien comprendre de quoi il en retourne, distinguons la situation "normale" (même si n’importe quel météorologue ou climatologue vous le dira : la normalité… n’existe pas !) de la situation "actuelle"

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Habituellement, l’air froid est dense et resserré au-dessus du pôle. Autour de cette bulle d’air froid, tourne d’ouest en est un courant atmosphérique très rapide, appelé jet-stream, qui empêche l’air froid de s’échapper du pôle et l’air chaud d’envahir l’Arctique. On se retrouve donc chez nous avec un flux d’ouest, venant de l’océan Atlantique, avec un anticyclone des Açores bien gonflé qui repousse le flux plus humide vers le nord. En clair et en un mot : il fait plus chaud… et moins gris. Pourtant, depuis quelques semaines pourtant, personne n’échappe aux averses, à la grisaille et aux températures trop basses pour la saison.

A contrario, suite au crash de ce fameux vortex début janvier, le courant jet entourant cette bulle d’air froid au-dessus de l’Arctique s’est affaibli et a commencé à osciller en descendant à des latitudes beaucoup plus basses que d’habitude puis remontant vers les nord au-dessus du cercle polaire. (une image valant mieux, parfois, que des mots… jetez un coup d’œil ci-dessus !). L’air froid n’est donc plus maintenu par cette fameuse barrière et peut alors descendre jusqu’à nos latitudes.

De l’air chaud en Russie, de l’air froid en Europe

La conséquence directe de cette oscillation du jet-stream (qui se trouve actuellement au-dessus de la Méditerranée alors qu’il devrait normalement être à la hauteur de l’Ecosse) est la suivante : de l’air froid s’est échappé du vortex polaire et a envahi l’Europe de l’Ouest. L’air chaud quant à lui a trouvé le bon filon et… est remonté en direction du nord-ouest de la Russie comme montré dans l’image ci-dessous !

 

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https://twitter.com/ScottDuncanWX/status/1395092473828061184 © ScottDuncanWX

Sur les deux images suivantes cela se voit très clairement : à gauche, nous sommes au mois de mai 2020 et de l’air chaud est présent (en jaune) sur l’Europe et de l’air plus froid (en vert) du côté de la Russie. Sur la droite… c’est bien de l’air chaud qui circule en Russie, tandis que l’air plus froid se retrouve bloqué sur l’Europe !

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Et si ces images n’étaient pas assez claires, voici une autre vue…

On retrouve ainsi plus de 30°C au nord du Cercle Polaire Arctique, on passe les 32°C du côté de Unskij Majak (dans la région russe de Mourmansk) tandis qu’on ne dépassait pas hier 22°C à Casablanca, 26°C à Tunis ou 21°C, au mieux, du côté… de Malaga !

Une simple hypothèse à l’heure actuelle

Comme l’expliquent Xavier Fettweis et Sébastien Doutreloup de l’Université de Liège (ULiège) il ne s’agit pour l’instant que d’une théorie parmi d’autres : aucune recherche n’a encore démontré qu’effectivement c’était bien le crash du vortex polaire début janvier 2021 qui explique ces oscillations du Jet-Stream causant ce renversement des températures. Il s’agit, cela dit, de l’hypothèse la plus probable.

D’un autre côté ; nous ne serions pas complets sans mentionner ce qui suit : la situation est remarquable, surtout dans sa persistance depuis début avril mais n’est pas exceptionnelle pour autant. Qu’entendons-nous par-là ? Tout simplement que c’est un événement qui n’est pas anodin, loin de là d’ailleurs, mais qui s’est déjà produit par le passé… et qui se reproduira encore ! On pense par exemple au moins de juin 2020 où le mercure était monté jusqu’à 38°C du côté de l’Arctique, ou encore à la vague de froid qui touchait l’Amérique du Nord en janvier 2019… avec des températures qui chutaient jusqu’à -50°C !

A chaque fois, tous ces événements sont associés à des oscillations du Jet-Stream amenant de l’air froid aux moyennes latitudes (40°N) ou de l’air chaud en Arctique (60°N).

Quid de ces situations avec le réchauffement climatique ?

La situation que l’on a connue cet hiver risque-t-elle de se reproduire fréquemment à l’avenir ? Évidemment, nous ne prétendons pas jouer aux devins avec une boule de cristal, mais nous allons tenter de répondre à cette question avec l’aide de Xavier Fettweis, climatologue à l’Université de Liège. Les dernières observations semblent suggérer que des crashs du vortex polaire pourraient se répéter dans les prochaines périodes hivernales. Cela impliquerait donc de nouvelles oscillations du Jet-Stream et nous pourrions à nouveau connaître des scénarios météorologiques comparables à cet hiver. En revanche, les modèles climatiques ne semblent pas sur la même longueur d’onde. Avec le réchauffement climatique, ces modèles semblent plutôt montrer que le crash du vortex polaire se produira moins fréquemment dans les années à venir. Cette divergence entre les observations et les modèles climatiques laisse donc cette question en suspens. Nous obtiendrons peut-être une réponse dans les années futures. Affaire à suivre donc…

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