L'océan et le temps et le climat à la loupe

Mardi 23 mars : journée météorologique mondiale

NASA Continues Efforts To Monitor Arctic Ice Loss With Research Flights Over Greenland and Canada © 2017 Getty Images

Temps de lecture...

Chaque 23 mars, la Journée météorologique mondiale est l’occasion de célébrer l’entrée en vigueur, en 1950, de la Convention actant la création de l’Organisation Météorologique Mondiale. Elle met en avant les Services météorologiques et hydrologiques nationaux, qui contribuent, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, à protéger les vies et les biens non seulement sur terre, mais aussi en mer.

On commence par un peu d’histoire !

4 images
© Tous droits réservés

Cette date du 23 mars correspond donc à la naissance de l’Organisation Mondiale de la Météo, l’OMM. Nous étions alors en 1950, mais la collaboration entre les pays, elle, est bien plus vieille ! Elle remonte à 1853 (déjà !) où la première conférence internationale de météorologie marine se tenait à… Bruxelles ! Elle rassemblait alors des météorologues de toute l’Europe. Il faut le reconnaître, à l’époque, l’intérêt était avant tout économique : mieux comprendre les climats océaniques pour permettre une navigation plus sûre et plus rapide pour les échanges commerciaux.

Cette coopération s’est avérée fructueuse pour les états participants et, très vite, la volonté d’élargissement s’est fait ressentir. Résultat en 1873 est né l’OMI : Organisation Météorologique Internationale à Vienne pour coordonner l’échange des données météo à travers le mondePresque un siècle plus tard, en 1947, à Washington, les services météo nationaux de 191 états adoptent une nouvelle convention. Elle est entrée en vigueur le 23 mars 1950.

Et la "journée mondiale de la météo" dans tout ça ? Elle est célébrée depuis 1961. Chaque année un thème différent. Cette année, c’est "L’océan, le temps et le climat" qui sont à l’honneur !

L’océan, le temps et le climat

Pour l’expliquer simplement : l’océan est à la fois le thermostat de la Terre et sa courroie de transmission. L’un de ses nombreux rôles est d’absorber et transformer une partie importante du rayonnement solaire qui atteint la surface de la Terre. Il en résulte alors deux choses : de la chaleur et de la vapeur d’eau émise dans l’atmosphère. Cette absorption et cette transformation impactent le temps et le climat sur Terre à l’échelle locale, bien sûr, mais aussi au niveau mondial. Comment ? Grâce à d’énormes courants océaniques ! Ces courants (verticaux ou horizontaux) se forment et font alors circuler cette chaleur tout autour du globe, souvent sur des milliers de kilomètres.

Un océan protecteur

Question chiffre, il faut se mettre en tête que l’océan absorbe plus de 90% de la chaleur excédentaire piégée par les gaz à effet de serre. En faisant cela, ouf !, nous sommes protégés d’une augmentation encore plus importante des températures suite au changement climatique. Malheureusement, il faut aussi comprendre que cela se fait au détriment de la nature même des océans qui en payent un lourd tribut : augmentation des températures et modification de la chimie interne des masses d’eau sont parmi les conséquences les plus visibles de ces phénomènes. Tout ceci modifie et perturbe évidemment les écosystèmes marins et les populations qui en dépendent.

En français et tout à fait concrètement : l’excès de chaleur générée par les activités humaines est absorbé par l’océan. et cette absorption de chaleur provoque un réchauffement des océans !

Le Secrétaire général de l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale) précise :

Le contenu thermique de l’océan atteint des valeurs records en raison des émissions de gaz à effet de serre, et l’acidification des océans ne cesse d’augmenter. Cette situation aura des conséquences pendant des centaines d’années, car l’océan a une longue mémoire.

"La banquise fond, ce qui a de profondes répercussions sur le reste du globe : les régimes climatiques changent et le niveau de la mer monte de plus en plus vite. En 2020, le minimum annuel de la banquise arctique a été parmi les plus bas jamais constatés, ce qui a exposé les populations polaires à des inondations côtières anormales et les navigateurs et les pêcheurs à des dangers liés aux glaces de mer", a-t-il ajouté.

"Toujours en 2020, le réchauffement océanique a aussi contribué à la saison record des ouragans dans l’Atlantique et à la survenue de cyclones tropicaux intenses dans l’océan Indien et le Pacifique Sud. Alors qu’environ 40% de la population mondiale vit à moins de 100 km des côtes, il est urgent de protéger les collectivités des risques côtiers, tels que les vagues, les ondes de tempête et l’élévation du niveau de la mer, en améliorant les systèmes d’alerte précoce multidangers et les prévisions axées sur les impacts", a-t-il expliqué.

La montée du niveau des mers, un enjeu majeur

Le niveau de la mer a augmenté d’environ 15 cm au cours du XXe siècle. Cette élévation est due à la fonte des glaciers, à l’expansion des eaux de mer plus chaudes et à l’augmentation des apports d’eau provenant des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Le niveau de la mer continuera de s’élever dans les siècles à venir.

Selon les projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le niveau de la mer pourrait monter d’environ 30 cm à 60 cm d’ici à 2100, même si l’on réduit fortement les émissions de gaz à effet de serre et que l’on maintient l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C. Pire encore, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent sans discontinuer, le niveau de la mer montera de 60 à 110 cm.

L’élévation du niveau de la mer n’est pas uniforme et varie d’une région à l’autre. Divers processus qui ne sont pas liés à l’évolution récente du climat peuvent accroître l’élévation du niveau de la mer à l’échelle régionale. Ils font actuellement l’objet de recherches dans le cadre du Programme mondial de recherche sur le climat, parrainé par l’OMM. L’élévation du niveau de la mer et l’intensification des tempêtes se traduiront par une augmentation de la fréquence des variations extrêmes du niveau des océans, lesquelles se produisent pendant les marées de tempête. Les risques seront donc accrus pour de nombreuses petites îles et villes côtières de faible altitude.

Rubbish Litters UK Beaches © 2005 Getty Images

Autre problématique : le plastique dans les océans

La montée des eaux et l’augmentation globale de la température ne sont pas les seules grandes menaces qui guettent nos océans. L’une d’entre elles est particulièrement insidieuse : le plastique !

Cette pollution tue la vie des océans et les animaux. Chaque année, 10 millions de tonnes de plastiques s’y retrouvent. Selon l’océanologue maître de recherches au FNRS (Fonds de la recherche scientifique) Krishna Das, on ne parle pas d’un continent de plastique mais de différentes îles :

Malheureusement, il existe plusieurs zones d’accumulation de plastique dans les océans. On a tous en tête ce continent de plastique dans le Pacifique mais il existe en fait plusieurs zones de convergences des courants. C’est un peu comme lorsque vous retirez le bouchon d’une baignoire, c’est que l’on appelle une "gyre".

La spécialiste de la pollution des océans précise que c’est dans ces zones de convergence que s’accumulent les plastiques… et que l’on retrouve ces zones dans tous les océans et toutes les mers du globe !

Bien sûr, nous avons tous l’image de ces sacs en plastique et autres détritus qui flottent dans l’eau, mais pour Krishna Das, les plus inquiétants, ce sont en fait les microparticules : "Les plastiques peuvent subir une fragmentation à cause des courants, des températures, du soleil. Ils se fragmentent de plus en plus en petites particules. Ce sont ces particules qui posent problème à la faune. Elles sont ingérées par des organismes marins depuis les invertébrés jusqu’aux poissons de plus grande taille."