Inondations en Belgique : de nouvelles pluies aussi intenses sont-elles inévitables ?

On ne vous l'apprend pas : des pluies diluviennes ont touché notre territoire entre le 13 et le 16 juillet, provoquant des inondations et des coulées de boue sur une bonne partie sud et sud-est du territoire. La Croix Rouge récolte toujours des dons à l'heure d'écrire ces lignes et une plateforme pour faciliter les échanges entre offre et demande d'aide a été mise en place.

Alors que le pays panse encore ses plaies, d'autant plus en cette période de deuil national, la question est sur toutes les lèvres : cette situation catastrophe se reproduira-t-elle dans un avenir proche ? Et la réponse est simple : d'après les derniers modèles climatiques, oui. Ces phénomènes sont de plus en plus susceptibles de se produire régulièrement.

Ce n'est pas le grand débat sur le "réchauffement climatique" qui le dit, mais simplement les modèles climatiques et les prédictions. C'était déjà ce que rappelait Jean-Pascal Van Ypersele sur nos antennes il y a quelques jours, il citait alors le rapport du GIEC datant de 1990 : 

 

L’effet de serre accentuera les deux extrêmes du cycle hydrologique, c’est-à-dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluies extrêmement abondantes et plus de sécheresses prononcées.

Au vu de la situation météorologique exceptionnelle connue par notre pays la semaine dernières, avec des cumuls que l'on avait pas observé depuis plus de 100 ans par endroit, ce rapport semblait bien avoir vu juste...

Les projections en un graphique

Jetez un œil au graphique ci-dessous, pas d'affolement s'il vous semble compliqué, on le décrypte avec celui qui l'a conçu Xavier Fettweis, chercheur FNRS du Laboratoire de Climatologie de l'ULiège, ses tenants et aboutissants. Son travail se base sur le modèle MAR, le modèle régional du climat développé à l'Université de Liège

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Mise en perspective des différents scénarios du GIEC © Laboratoire de Climatologie de l'ULiège

La courbe colorée en vert représente les précipitations observées (estimées par le modèle MAR) tombées en région liégeoise depuis 1980 et s'arrête, évidemment, aux intempéries de la mi-juillet. On peut, par exemple, y pointer les fortes inondations qui ont touché le pays en septembre 1998.

Ce qui nous intéresse particulièrement ici, ce sont les courbes colorées de bleu, jaune et rouge. Il s'agit en fait des projections futures de trois modèles appliqués à un scénario extrême évalué par le GIEC (le scénario SSP585 pour être complet). Pour être plus précis : il s'agit d'un des scénarios qui seront évoqués dans le prochain rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat à paraître au mois d'août prochain.

Trois modèles "globaux" ont donc été appliqué à ce scénario mais ils présentent un défaut (pour nous) : leur résolution spatiale. En effet, ces modèles travaillent sur des échelles de l’ordre de 100 kilomètres, une étendue bien trop vaste pour la petite Belgique et ses particularités orographiques (les Hautes Fagnes par exemple). Le travail de Xavier Fettweis a donc, notamment, consisté à repasser ces données dans le modèle MAR (permettant d’extrapoler physiquement ces projections climatiques à 7km) pour que les données de ces trois modèles se retrouvent à une même échelle... applicable à la variabilité spatiale du climat belge !

Que retirer de ces données ?

Après avoir compris ce que l'on regardait, encore faut-il interpréter les projections. Si on s'en tient à ce qui est accessible "au commun des mortels" (et nous laisserons le soin aux climatologues amateurs de pousser un peu leurs recherches bien sûr!), la tendance qui se dessine est la suivante : pas besoin d'attendre 70 ou 100 ans, comme ce fût évoqué ces derniers jours, pour revoir de tels phénomènes

Au contraire, la plupart des projections s'accordent pour pointer des précipitations intenses dès la prochaine décade (2030), des phénomènes qui s'intensifieront donc, avant par contre des périodes de sécheresse plus longues attendues en fin de siècle atténuant  en quelque sorte de tels événements. Les étés seront plus secs, les nuages seront moins nombreux, les précipitations moins importantes, il fera donc plus sec, les nuages... etc. !

A nouveau, sans pointer le réchauffement climatique du doigt "à tout prix", on ne peut que s'interroger sur ces doubles changements climatiques, a priori contradictoires, prévus dans notre contrée en été (augmentation des pluies intenses dans un premier temps suivie par des sécheresses prolongées) que corroborent la plupart des projections actuelles. 

Une question de probabilités

Sans enfoncer une porte ouverte, rappelons que les modèles climatiques ne proposent que des probabilités ; il est pratiquement impossible pour un modèle mathématique de nous dire aujourd'hui "le 30 janvier 2031 il pleuvra intensément en région liégeoise".

Ils sont cependant tous plus ou moins d'accord sur le fait que ces phénomènes (aussi bien les sécheresses que les pluie intenses) seront plus fréquents, plus intenses et que nous n'y échapperons pas à moins d'un changement important à notre niveau.

Et si ces probabilités vous semblent trop aléatoires, rappelez-vous ce que nous disions au début de cet article : les projections du GIEC nous semblait folles en 1990 et pourtant, la semaine dernière, la Belgique s'est retrouvée au cœur d'un phénomène exceptionnel de par son intensité et sa rareté. Une chose à méditer donc... 

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