Faut-il s'inquiéter de la sécheresse ? La situation est préoccupante

Faut-il s’inquiéter de la sécheresse ? La situation est préoccupante
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Faut-il s’inquiéter de la sécheresse ? La situation est préoccupante - © Tous droits réservés

Il suffit de regarder la carte de l’indice de sécheresse publiée par l’Institut Royal météorologique (IRM) à la date de ce dimanche 15 septembre pour s’apercevoir que les régions où les sols sont extrêmement secs sont nombreuses. Avec Pascal Mormal, climatologue à l’I.R.M., décortiquons le phénomène qui, malheureusement, ne date pas d’hier. A l’heure où la météo s’est acharnée sur les régions qui bordent la Méditerranée où la pluie a fait des victimes. Souvenez-vous de la " Gota fria ", la goûte froide en altitude qui a copieusement arrosé le Sud-Est de l’Espagne la semaine dernière. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de pluie au Nord et tant de pluie au sud de l’Europe ?

Mai et juin 2018 étaient les deux mois les plus secs depuis le début des relevés.

Depuis 2016, la sécheresse devient récurrente chez nous. La première période sèche date de juillet 2016 et le phénomène s’est aggravé durant l’été 2017. Il y a déjà eu un fameux pic de sécheresse durant l’été 2017. Il y a eu une accalmie à l’automne et en hiver 2018.

En 2018, on a eu une période très sèche dès le mois de février et une fin de printemps et un début d’été très sec. Les mois de mai et juin 2018 étaient extrêmement secs. Si on combine ces deux mois, nous pouvons affirmer qu’ils s’agissaient des deux mois les plus secs depuis le début des relevés à la station d’Uccle, la station de référence. En mai 2018, il est tombé 13,9 litres d’eau par mètre carré au lieu d’une normale de 66,5 litres d’eau par mètre carré et au mois de juin, on était à 15,8 litres d’eau par mètre carré contre une moyenne de 71,8 litres d’eau par mètre carré. Il y a donc eu un fameux déficit à ce moment-là. L’automne n’a pas été spécialement arrosé non plus. Il a fallu attendre le mois de décembre 2018 pour retrouver des bonnes pluies.

La sécheresse va davantage s’accentuer dans les prochains jours

Lorsque l’on regarde la prévision à 10 jours, cela s’aggrave. Depuis le début de l’année 2019, les mois de février et mars étaient davantage pluvieux que la moyenne. Depuis le mois d’avril, nous sommes vraiment dans une période très sèche. Les orages du début du mois de juin ont permis l’arrivée de 98 litres d’eau par mètre carré à Uccle au lieu d’une normale de 71,8 litres d’eau par mètre carré. La seconde partie du mois de juin et la première partie du mois de juillet ont à nouveau été très sèches. Les mois de juillet et août sont déficitaires et le mois de septembre le sera largement car le temps va rester sec dans les prochains jours.

Faut-il s’inquiéter pour la suite ?

Lorsqu’on prend du recul sur plusieurs mois, la situation devient préoccupante.

La période la plus sèche, c’était en 2018. La période la plus pluvieuse, c’était en 1980.

Nous ne sommes qu’au début de l’automne météorologique, et l’indice de certitude des prévisions à long terme est très faible. Néanmoins, les prévisions saisonnières semblent indiquer que le nord-ouest de l’Europe s’inscrirait dans un automne déficitaire. Contrairement aux régions méditerranéennes où il y aurait plus de pluie que la normale. Il y aurait donc une domination anticyclonique sur nos régions et cela pourrait induire une prolongation de la sécheresse. Pascal Mormal insiste " il faut vraiment être prudent sur les prévisions qui dépassent les 10 à 15 jours, cela devient plus empirique mais c’est quand même une tendance observée dans certains modèles de prévisions saisonnières et malheureusement, la sécheresse pourrait se maintenir quelque temps ". Même si on ne voit pas de très grosses pluies arriver, il ne faut pas faire de plans sur la comète, il faudra observer ce que l’hiver nous réserve. Il pourrait y avoir des pluies fin septembre, début octobre, mais est-ce que ce sera l’amorce d’un changement de temps ? On ne sait pas du tout.

La pluie en automne et en hiver est plus efficace qu’en été

L’intérêt d’avoir des pluies dans la période automnale et hivernale, c’est que les pluies sont plus régulières, plus continues. Contrairement à l’été où il s’agit souvent de pluies orageuses qui vont donner de gros cumuls en très peu de temps. Ces pluies ne sont pas très bénéfiques pour les sols en profondeur. Les sols sont secs, les pluies s’évacuent par le ruissellement, une grande partie de ces précipitations est absorbée par la végétation. L’idéal pour les sols, ce sont donc les pluies qui tombent en automne, en hiver et au début du printemps.

Pourquoi y a-t-il beaucoup de pluie au sud de l’Europe et pas au Nord ?

Cela dépend de la situation météorologique, la position des anticyclones et des dépressions. Mais près de la Méditerranée, il y a ce que l’on appelle " l’épisode méditerranéen ". C’est la raison pour laquelle il y a eu beaucoup de pluie au sud de l’Europe. Ce phénomène est courant là-bas fin septembre et début octobre voire plus tôt. Les côtes espagnoles et les côtes françaises peuvent être touchées par des pluies importantes.

Il y a de l’air froid en altitude, de l’air chaud au-dessus de la Méditerranée qui est encore très chaude au début de l’automne. Cela provoque des gros contrastes de températures et toute cette énergie forme des nuages et des précipitations abondantes qui vont souvent être bloquées par les barrières du relief.

Pour la France, ce seront les Cévennes, la région du Ventoux, les contreforts des Alpes du Sud qui subissent les conséquences de ces épisodes méditerranéens.

Il suffit de se rappeler Vaison-la-Romaine en septembre 1992, où il y avait eu un terrible épisode méditerranéen. Il y avait des grosses pluies en amont et tous les débris qui étaient charriés par la pluie, les branches, les troncs d’arbre, un barrage s’est formé et puis a cédé. Une déferlante d’eau spectaculaire a englouti toute la région en aval. Il y a aussi Nîmes en 1988, au mois d’octobre.

En Espagne, la région côtière est également bordée par des Montagnes. On peut avoir des épisodes pluvieux qui vont donner plusieurs centaines de litres par mètre carré sur des périodes très courtes. Avec le relief, ça peut aggraver les choses.

En Espagne, souvenez-vous de la " gota fria " (goûte froide) de la semaine dernière. Cela s’est déjà produit. Il y a eu notamment un épisode dramatique en 1957 avec 80 décès dans la région de Valence lié aux pluies diluviennes et aux débordements des cours d’eau. En 1962, à Barcelone, un épisode méditerranéen a eu raison de 800 vies.

C’est le problème du climat méditerranéen, les sols sont très secs car il n’y a pas eu de pluie pendant plusieurs mois durant l’été et lorsque cette pluie arrive de façon brutale, ruisselle. Avec les reliefs, cette eau rejoint des rivières qui vont rapidement déborder, ce qui aggrave davantage le phénomène.