Dixie Fire : comment un incendie génère-t-il sa propre météo ?

Depuis le 13 juillet dernier, des milliers de pompiers se relaient sur la côte ouest des Etats-Unis pour combattre ce qui est à présent considéré comme le deuxième plus vaste incendie de l'histoire de la Califonie : le Dixie Fire.

Le point sur le Dixie Fire

Selon une enquête préliminaire, c'est la chute d'un arbre sur l'un des milliers de câbles électriques traversant l'Amérique qui a provoqué le départ de feu. D'après les premiers éléments, il s'agirait d'une ligne gérée par Pacific Gas & Electric Company, un opérateur privé qui avait déjà été impliqué dans un événement similaire en 2018 : le Camp Fire.

Le bilan tiré par les pompiers le 9 août indiquait que près de 187.000 hectares avait déjà été réduit en cendres par Dixie Fire. Si ce chiffre ne vous parle pas, sachez que cela représente quelques 1800 km²... soit la moitié de la superficie du Hainaut environ ou presque deux fois la superficie du Brabant Wallon (1097 km²).

La Californie connaît régulièrement de nouveaux feux de forêts. Le changement climatique semble ne pas y être étranger et le dernier rapport du GIEC est alarmant concernant le changement climatique gloable. 

Mais ce Dixie Fire est particulier à plus d'un titre. Il est même devenu tellement imposant ... qu'il génère ses propres phénomènes météorologiques !

On peut en distinguer deux principaux : des orages et ce que l'on appelle en anglais fire tornado ou fire whirl, comprenez des tourbillon de feu. 

Des phénomènes orageux à l'intérieur du brasier

Avant de parler spécifiquement de Dixie Fire (qui doit son nom à la Dixie Road qui, si elle n'est pas toute proche, est un point important situé à "courte distance" de la zone peu accessible d'où est partie ce terrible incendie), faisons un point sur la formation des orages "standards", comme ceux que l'on peut voir dans nos régions.

Un orage se base sur trois éléments principaux : de la chaleur en surface (induite par le soleil dans la majorité des cas), de l'humidité (qui s'élève en altitude) et un contexte instable.

L'air chaud et l’humidité grimpent en altitude, se refroidissent, et permettent la condensation de la vapeur d'eau en gouttelettes. Les courants ascendants et descendants entrent en jeu et provoquent une friction entre les particules... C'est ainsi que l'orage éclate (en compagnie de ses averses!).

Dans le cas d'un incendie, et on parle ici d'un feu de grande ampleur comme c'est le cas pour le Dixie Fire, tous les éléments sont rassemblés : la chaleur est produite par l'incendie, l'humidité est présente via la vapeur d'eau contenue dans l'air ou dans les arbres et plantes (notamment) que l'incendie embrase et l'instabilité est "auto-générée" par le feu (l'incendie produit une bulle d'air chaud qui monte en altitude et provoque de facto cette instabilité).

La suite du processus est identique : condensation, formation de nuages, friction des particules... orages !

Lorsqu'on parle d'orages survenus dans ce contexte particulier (notez qu'on peut aussi les retrouver au-dessus des volcans en suivant le même processus), ces phénomènes ne sont pas nommés cumulonimbus ou cumulus mais pyrocumulus (du grec πρ, pûr, signifiant le feu). Une fois le feu éteint, ces pyrocumulus disparaissent rapidement.

Aujourd'hui, l'ampleur de Dixie Fire est telle qu'il est donc capable de générer ses propres phénomènes orageux, alimentés par sa propre chaleur et l'instabilité qu'elle provoque.

La formation des impressionnants fire whirl

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D'autres phénomènes peuvent survenir. C'est le cas par exemple de fire whirl, les "tourbillons de feu".

Ce phénomène est bien connu et est visible pratiquement chaque été chez nous (... du moins si le soleil est bien présent dans un grand ciel bleu!) sous une forme différente nommée "diable de poussière". Nous avons tous déjà vu ces vidéos de phénomènes tourbillonnants tels des djinns et embarquant poussières et objets autour d'eux notamment sur des parkings... Ce sont des diables de poussière! Dans le cas d'un incendie, le même phénomène se produit avec ceci de particulier que des fumées et flammes entre dans le tourbillon (fire whirl) donnant littéralement l'impression que le Diable en personne descend sur terre.

Le concept est le suivant : à toute échelle (on en revient à nos orages par exemple, mais pas que) la rencontre de l'air chaud et de l'air froid provoque toujours "quelque chose".

En l'occurrence, lorsqu'une zone froide (une forêt par exemple) se trouve à proximité d'une zone surchauffée (un parking goudronné, vide et en plein soleil), ces tourbillons peuvent apparaître. L'air n'aime littéralement pas les grosses différences de températures sur une si petite zone (on parle ici d'une centaine de mètres en moyenne). Il va donc essayer d'équilibrer ces deux zones comme il le peut. ​​​​​​​

 

L'air surchauffé s'élève brusquement en altitude provoquant ainsi un tourbillon violent, il est ensuite remplacé par de l'air froid au sol et ce cycle s’autoentretien tant que l’énergie excédentaire n’est pas dissipée. Ce tourbillon peut donc "vivre" plusieurs dizaines minutes. 

Le phénomène ne provoque pas l'apparition de nuages (il est trop petit tant horizontalement que verticalement pour pouvoir en engendrer) et est même freiné par le passage de ceux-ci dans le ciel (puisqu'ils font chuter la température de la zone surchauffée). On peut en observer en été, chez nous, et ils ne sont bien sûr pas à confondre avec des tornades (bien plus imposantes et violentes) ni avec des mini-tornades puisque celles-ci n'existent tout simplement pas. Par contre, le phénomène n'est visible que dans la mesure où il emporte quelque chose avec lui (poussières, objets, feuilles,..).

 

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