Nikitch & Kuna Maze : duo artisan de Jazz for clubs

Jam. a rencontré Nicolas Morant & Edouard Gilbert, plus connus sous le nom de Nikitch & Kuna Maze. Un duo de producteurs français qui manie parfaitement le mélange des couleurs et sonorités jazz, au broken beat, groove et autres synthé analogiques. 

Vous avez chacun des projets solos, est-ce que chacun à votre tour vous pouvez présenter le projet de l’autre ?

Kuna Maze : Il a pas mal d’influences pour le projet de Nikitch : c’est un peu un mélange de Juke, de footwork, d’influences hip-hop, de jazz dans les accords et les progressions. A la fois un côté un peu new-jazz, des influences un peu bass music

Nikitch : Kuna Maze par contre, c’est un nouveau Kuna Maze ! Il faut savoir qu’il a fait un petit virage depuis la période où je l’ai connu et où c’était vraiment plus new beats avec toute la scène de Los Angeles : Flying Lotus, le label Brain feeder…, des samples avec beaucoup de poussières. Petit à petit, il a fait un petit virage et en ce moment on a un Kuna Maze qui est axé sur la scène jazz londonienne, broken beat, synthé granulaire avec plus de côtés syncopés…

Comment est née votre collaboration ?

Kuna Maze : Notre relation a commencé assez tôt, quand on s’est rencontré au Conservatoire à Chambéry. Déjà à l’époque, on prenait le train ensemble pour retourner à Lyon et on a commencé à faire des bouts de tracks ensemble.

Nikitch : C’était une période où on faisait de la musique électronique chacun de notre côté mais un peu undercover car on étudiait tous les deux dans une école de jazz où on ne faisait pas du tout de musique électro. C’était donc un peu une identité secrète qu’on s’est avoué pendant les pauses clopes et qu’on a développé en faisant du son ensemble. La base de notre apprentissage musicale, c’est une formation en même temps classique et en même temps jazz. En parallèle de nos cursus, on s’est plongé dans d’autres styles qu’on écoutait et avec lesquels on était plus en phase à ce moment-là, à savoir la musique électronique et la production.

C’était perçu comment dans votre école ?

Kuna Maze : Ce n’est pas que c’était mal vu mais disons que les gens ne comprenaient pas forcément, ce n’était pas leur délire et on ne voyait pas  l’intérêt de leur en parler.

Nikitch : C’était vraiment un lieu d’apprentissage du jazz, le jazz avec le côté bebop, hardbop, ce qu’on appelle aujourd’hui le jazz traditionnel, un patrimoine vraiment complet. Ça n’avait pas trop de sens de parler de ce projet là-bas.

Pour le nom de votre association, vous semblez être allés au plus direct, était-ce volontaire ?

Kuna Maze : Oui, simplement parce qu’on avait déjà tous les deux nos projets solos et une communauté qui nous suivait. Quand on a commencé à faire des tracks ensemble, des remix l’un pour l’autre, puis un feat sur l’album de Nico, quand on a fait le premier EP, on ne savait pas forcément qu’on partait sur une collab durable. Du coup, c’était plus simple de choisir l’association de nos deux noms, comme ça les gens qui nous connaissent déjà pouvaient identifier le projet assez facilement. C’était assez logique de dire dans un premier temps Regardez C’est Nikitch qui fait un duo avec Kuna Maze! et inversement. 

Vous avez sorti quelques singles, un EP et un premier album sur le label Tru Thoughts… vous nous parlez un peu du cheminement : des premiers singles au label ?

Kuna Maze : Officiellement, on a commencé par une collab sur l’EP de Nico qui est sorti chez Cascade Records. On était tous les deux chez Cascade et du coup le boss, qui trouvait le track assez cool, nous a proposé de faire un EP à deux. Vu qu’on s’entend super bien, on a trouvé ça logique. Il a super bien marché, on a eu de très bons retours. On était super content d’avoir bossé ensemble sur un projet un peu plus gros… Et ça nous a donné envie de continuer ! Ça nous a donné également envie d’aller voir ailleurs en termes de label… Lorsqu’on a fait le deuxième EP, on l’a envoyé à gauche à droite et on a eu une réponse positive de Tru Thoughts.

Ce label, c’est également celui de Quantic, Alice Russel,…également des artistes que vous écoutiez ?

Nikitch : Là, c’est plus pour moi que je réponds mais moi j’ai pas mal écouté Quantic et Alice Russel.  Il y a pas mal de choses que je n’avais pas forcément dans mes radars : des vieilles choses que Tru Thoughts avait sorti mais que je n’avais pas identifiées comme étant chez eux, par exemple : un producteur anglais qui a fait un morceau avec un chanteur qui s’appelle Omar. Une sorte de titre de club qui est sorti là-bas il y a genre plus de 15 ans et que je n’avais pas affilié comme appartenant à ce label…

Kuna Maze : Oui, des tracks de Domu aussi, de Mark de Clive-Lowe, …  que j’écoutais beaucoup sans savoir qu’ils étaient également sur Tru Thoughts. Bonobo, je n’écoutais pas plus que ça mais quand même. Donc oui clairement, il y avait des artistes là-bas qu’on kiffait.

2 images
Nikitch & Kuna Maze © Baudouin Willemart

Plus globalement, qu’elles ont été vos influences principales dans le processus de création de vos EP et de votre album ?

Kuna Maze : Ça a un peu évolué mais disons qu’il y a une grosse influence en termes de couleur et de sonorité de la scène jazz anglaise actuelle (même si nous ne faisons pas ça stricto sensu), la scène broken beat, le jazz funk des années 70, genre Azymuth. Des influences diverses mais beaucoup autour du son anglais.

Nikitch : C’est exactement ça, avec peut-être aussi un petit penchant pour des productions un petit peu plus récentes en termes de son mais toujours avec un esprit, une couleur jazz qui permet de pouvoir aller dans un peu n’importe quelle direction à partir d’une vibe de base. La culture anglaise au sens large : des morceaux en club qui sonnent un peu reggaeton, jamaïquain dans une production mais qui en fait sont de la house sur lesquels tu vas avoir un pianiste qui va faire un chorus. C’est ce qui fait un peu l’identité de l’Angleterre, à savoir, ce brassage de nationalités différentes et ce besoin de toujours se retrouver sur un dancefloor.

Du coup, être signé sur un label anglais, ça doit faire d’autant plus plaisir ?

Nikitch : Oui, ça nous paraissait assez pertinent et assez logique de prendre cette direction-là et il s’avère qu’on fait du super boulot avec eux, ils sont super bien organisés, c’est un super travail d’équipe…

Chacun à votre tour, quel est le morceau de votre répertoire que vous aimez particulièrement jouer ?

Kuna Maze : Franchement je ne sais pas trop, il y a en a plusieurshey it must be deep il est assez cool à jouer et il envoie pas mal de puissance. Après Bruk et Francis’Theme.

Nikitch : Oui, j’aurais dit les mêmes, des morceaux à la fois dansants mais avec une certaine fraîcheur. Ce ne sont pas des morceaux où tu obliges les gens à danser mais qui dégagent une belle couleur.

Au début de la collaboration, était-il question de défendre le projet en live où simplement en studio ?

Nikitch : C’était plutôt un truc de studio. Au moment où on a vraiment commencé à bosser ensemble, on était identifié en tant que producteur, oui on avait un background de musicien mais ce n’était pas du tout ce qu’on mettait en avant dans nos démarches respectives. Finalement, on y est revenu un peu plus tard : après avoir fait un premier EP dans lequel on a commencé à mettre des choses un peu plus acoustiques, un deuxième EP dans lequel on a un peu plus enfoncé le clou et un album dans lequel on s’est dit qu’on allait renouer les bases. C’est arrivé plus tard dans la démarche et ça nous a laissé le temps de mûrir, de digérer cet enseignement qu’on ne savait pas bien comment l’intégrer à notre pratique.

Kuna Maze : Oui je suis assez d’accord, à la base on ne savait pas qu’on allait faire un live band.

Nikitch : Si on m’avait dit il y a quatre ou cinq ans que j’allait reprendre la flûte traversière pour jouer en live avec un ordi et Edouard à la basse… Je ne l’aurais probablement pas cru !

Justement sur scène, il y a un troisième membre avec vous, pouvez-vous nous le présenter brièvement ?

Kuna Maze : Il s’agit de Victor Pascal, un ami d’enfance. On vient du même coin en Auvergne, on s’est rencontré à l’école de musique : moi j’étais à la trompette et lui à la batterie et aux percussions. Je devais avoir 8 ans et du coup on traînait dans les mêmes endroits. Au lycée, on a fait notre premier groupe ensemble : on jouait des morceaux jazz-funk, des reprises. On est allé au Conservatoire à Lyon avant que je parte à Chambéry où j’ai rencontré Nico. C’est donc un vieux pote qui s’est installé à Bruxelles maintenant aussi.

Avez-vous un souvenir de live marquant parmi les différents endroits où vous êtes allés ?

Nikitch : On a eu un premier baptême du feu il y a deux ans lors d’une mini tournée en Italie. Baptême du feu dans le sens où à l’époque, on n’avait pas beaucoup fait de dates en live band, on avait juste eu l’occasion d’en faire une seule à l’Ancienne Belgique. Du coup, c’était assez chaud d’enchaîner plusieurs dates en mode tour live : tu te réveilles le matin dans un hôtel, tu repars, tu bouges d’endroits, tu refais une autre date avec chaque fois des conditions qui changent, un accueil qui change, des configurations jamais les mêmes et des timings stressants…

Kuna Maze : On est allé en Serbie aussi et c’était assez drôle… mais de tête c’est compliqué de dire quelles dates. Termoli, c’était super cool…

Nikitch : Oui Termoli ! Lors de cette tournée en Italie, il y avait trois petites dates : on a commencé crescendo avec une première date où on n’était pas trop rodé, techniquement encore un peu fragile et on jouait dans des conditions parfois assez difficiles. A la troisième de ces dates, on était dans une petite ville des Pouilles qui s’appelle Termoli. Là on a été accueillis dans les meilleures conditions et ça a été le point d’orgue, on s’est vraiment dit ok, on vient de faire quelque chose dont on se souviendra assez longtemps .

En ce moment, comment vivez-vous cette période sans la scène ?

Nikitch : Moi, faut savoir que je viens d’être papa pour la seconde fois et la famille s’est agrandie en très peu de temps, du coup j’ai réussi à remplir cette période d’une autre façon. En parallèle, c’est beaucoup de production, beaucoup de travail à réfléchir à comment repartir quand on nous le permettra. C’est un temps aussi pour chercher, pratiquer certaines choses qu’on a moins le temps de faire quand on part en tournée etc.

Kunna Maze : Je travaille sur d’autres choses mais faut dire qu’en vrai, ce n’est pas cool. Ça manque en fait… J’adore faire de la musique et produire chez moi mais on le fait pour pouvoir le défendre en live et du coup il manque quelque chose… Vivement que ça reprenne, c’est ce qui nous fait vivre le plus car au final, le streaming, à notre niveau, ne fais pas des millions de vues. Au-delà de l’aspect financier, les dates c’est un truc qu’on aime faire…

Nikitch : C’est vrai, quand tu te déplaces, quand tu répètes, que tu fais tes balances, tu rencontres de gens et il se passe des choses inattendues. De quoi t’alimenter quand tu rentres, tu retravailles, tu testes d’autres choses. Ça couvre une grande partie de ce qui nous alimente pour créer, tout simplement.

Est-ce qu’il y aura encore du Nikitch & Kuna Maze dans le futur ?

Kuna Maze : Carrément oui ! Là, on a commencé à travailler sur le deuxième album. On n’a pas de date ou de deadline de sortie mais on est dessus, donc oui il y aura encore du Nikitch & Kuna Maze, ça va continuer.

Dans la même veine, avec le même label ?

Kuna Maze : Oui, on est parti pour trois albums chez eux.

Nikitch : Oui, il faut dire que nous, on n’a jamais vraiment travaillé avec une équipe à cette échelle-là. Du coup, le deal c’était on reste un petit temps avec vous et vous, vous investissez un peu de temps aussi. Ça prend plus de temps à chaque fois qu’on fait quelque chose car il y a plus d’étapes, plus d’intermédiaires pour produire mais c’est encore plus cool et qualitatif. Il y aura encore du Nikitch & Kuna Maze et on prendra le temps qu’il faudra de bien le préparer.

…merci les gars, quelque chose à ajouter ?

Kuna Maze : On n’a pas beaucoup de dates prévues encore mais on sera le 5 mai à l’Atelier 210 et du coup si vous voulez soutenir le projet, n’hésitez pas à venir nous voir !

Newsletter Jam.

Recevez chaque semaine toutes les actualités musicales proposées par Jam., la radio "faite par des êtres humains pour des êtres humains"

OK