Kali Uchis, diva pop caliente

Kali Uchis
Kali Uchis - © Promo Pic

Du haut de son mètre 68, la chanteuse d’origine colombienne Kali Uchis fait partie des artistes qui comptent sur la scène internationale aujourd’hui. Quelque part entre la regrettée Amy-Winehouse et l’excentrique Lady Gaga.

C’est l’histoire d’une fille indépendante, rebelle, déterminée, impertinente et parfois indisciplinée… Le destin hors du commun d’une chanteuse-née au cœur incandescent et aux vers bien trempés, qui la mèneront de la banquette arrière d’une Subaru Forester aux feux de la rampe en à peine quelques années. Un quart de siècle de trajectoires accidentées, avec la colère ou des mots d’amour pour avancer et panser les plaies. Un vie de Kali Uchis.

C’est l’été 1994, à Alexandrie mais en Virginie (berceau de Pharrell Williams, Missy Elliot et Timbaland), que Karly-Marina Loaiza voit le jour. Ses parents, originaires de la ville de Pereira, quittaient la Colombie à regret pour les USA aux débuts des années ’90, fuyant la guérilla et les conflits. Longtemps, la famille multiplie les allers-retours... La petite Kali Uchis, surnom que lui attribuait son père, entame sa scolarité en Colombie, puis la poursuit dès sa 3e année aux Etats-Unis.

Musique de parking

Karly aime les milkshakes, la photographie, le cinéma et la poésie. Elle apprend le piano et le saxophone, écoute du jazz et le pratique au sein d’un petit groupe dont elle fait fièrement partie. Peu à peu pointe en elle une flamme artistique que vont difficilement comprendre les membres de sa famille. Au fil des années, l’adolescente gagne en conviction et en intensité. Elle vit une idylle qui se révèlera toxique également, de 15 à 19 ans. Avec son paternel, les choses se compliquent et, après une ultime violation de couvre-feu de sa progéniture, celui-ci la met à la porte. Elle a 17 ans.

Livrée à elle-même, la jeune femme dort dans sa voiture, une Subaru Forester dans le coffre duquel est entassée toute sa vie, garée sur le parking d’un supermarché ouvert 24h/24. Après deux semaines, son père l’enjoint à revenir, mais elle refuse et multiplie les petits boulots – caissière, artiste plasticienne, vidéaste amateur, vendeuse dans une boutique de vêtements – pendant des mois, terminant son cursus scolaire parallèlement. Tout en soignant ses bleus à l’âme à grands renforts de refrains et d’alexandrins. C’est là, à l’abri du monde extérieur dans l’habitacle de son bolide, qu’elle échafaude ses rêves de gloire et écrit la mixtape ‘‘Drunken Babble” (2012), première jet sans filet qu’elle publie l’année de son diplôme et de sa majorité.

Petits tubes entre amis

Maître Snoop Dogg, par ses mélodies alléché, vint à la rencontrer et la convie sur son morceau ‘‘On Edge”, en 2014. C’est le premier à succomber au charme latin corsé de Kali Uchis. D’autres grands noms (dont celui de son partenaire devenu particulier Tyler the Creator) suivront dès 2015 et la sortie du EP ‘‘Por Vida”, où sa voix singulière et son r’n’b rétro langoureux explosent les écoutilles. Neuf titres presque parfaits dont le magistral "Loner", ode post-rupture à la solitude appréciée. Sur sa pochette aux teintes rose-bonbon, la chanteuse arbore une coiffure blonde platine et un maquillage outrancier. La petite fille qui, jadis, bricolait des courts-métrages et se passionnait pour l’image, s’est construit un personnage. Une fée fushia sensuelle au tempérament enflammé qui, à certains égards, évoque le fantasque de Lady Gaga. 

Il faudra laisser s’écouler trois années avant de retrouver Kali Uchis au rayon ‘‘nouveautés”. Une patience récompensée avec la manière et la sortie de ‘‘Isolation” en 2018. Un premier album concocté à l’abri des vents et tendances (d’où son titre), grâce auquel la chanteuse de 25 printemps impose sa cadence et ses choix au fil de 15 titres dont la cohérence laisse pantois. Pas une seconde à enlever de ce disque qui désarme l'auditeur et le balade entre rivages soul et doo-wop, sonorités hip hop, velouté r’n’b, le jardin de feu-Amy, la bossa nova et la Colombie.  A la prod’, on croise Damon Albarn, qui pose sa voix discrète sur "In My Dreams", Dave Sitek (le sorcier de TV on the Radio), Thundercat (acolyte de Flying Lotus), Kevin Richard Parker (gourou de la secte Tame Impala) ou encore la clique de jeunes loups jazz-hop BadBadNotGood.

Sur le premier single "After the Storm", elle recroise le vers avec le MC californien Tyler the Creator et ressort Bootsy Collins des tiroirs. Sur le second, "Nuestro Planeta", elle s'allie à Reykon, roi colombien du reggaeton. Sur "Tyrant", le troisième, c'est à l'irrésistible Jorja Smith qu'elle conjugue son grain de velours. Citons enfin l'explosif "Miami", où Kali s’allie à la rappeuse américaine Bia, et bien sûr l’ultime ‘‘Killer”, simplement désarmant, où elle revient avec les Dapkings sur les nuits d’inconfort de l’ère Subaru… Vestige d’une époque d’incompréhension avec un papa dont elle porte aujourd’hui fièrement le nom tatoué sur le bras.