Voyages

Tous les dimanches de 10:00 à 12:00 sur Musiq3

Plus d'infos

Voyage dans l’univers musical d’Henry Purcell, l’Orphée britannique

Henry Purcell est né le 10 septembre de l’année 1659 et il a vécu 36 ans. Il a été musicien de cour, il était exclusivement au service de l’Église et de la famille royale d’Angleterre. Et surtout, pendant sa brève existence, il s’est imposé comme le plus grand compositeur anglais de son temps.

Une famille de mélomanes

Henry Purcell naît dans une famille mélomane. Son enfance se déroule dans une effervescence musicale. Son père est maître de chœur de l’abbaye de Westminster et il aime accueillir ses collègues musiciens chez lui. Henry Purcell découvre le luth, la viole, le virginal, le clavecin. Il apprend les rudiments de son art au cours de ces séances musicales, et au milieu des partitions et des instruments.

On sait peu de choses précises sur l’environnement familial dans lequel Henry Purcell a évolué. Il est confronté à de rudes épreuves. Il a 5 ans quand son père décède. Il étudie la musique avec son oncle Thomas Purcell. Entre l’âge de dix et onze ans, l’enfant est admis comme choriste à la chapelle Royale. Voilà qui sera une puissante source d’inspiration pour ses futures compositions.

En 1665, Henry Purcell voit disparaître une partie du décor de son enfance

Henry Purcell est âgé de 6 ans lorsque la grande peste de 1665 provoque environ 100.000 morts à Londres. Comme le décrit Claude Hermann dans le livre qu’il consacre à Henry Purcell chez Actes Sud, l’enfant a dû voir des spectacles épouvantables. Avec les charrettes transportant les malades. Les cadavres qu’on entasse la nuit dans des chariots. Henry Purcell a 7 ans lors du grand incendie qui détruit 10.000 foyers londoniens. C’est le feu qui a eu définitivement raison de la peste. Claude Hermann poursuit en décrivant "Les habitants affolés qui cherchent à sauver quelques affaires auxquelles ils tiennent, l’ancienne cathédrale Saint Paul qui s’embrase jusqu’au toit, et le plomb fondu de sa couverture qui se déverse jusqu’aux nefs latérales." Henry Purcell voit disparaître une partie du décor de son enfance.

La vogue des "dramatik operas" et de la danse à la française

Après l’incendie de Londres, on construit de nouvelles rues pavées de pierre, des maisons au fronton uniforme, et par la suite la nouvelle cathédrale de Saint-Paul. Comme l’écrit Richard Luckett, la cour revient à Whitehall, les cathédrales et les théâtres sont de nouveau ouverts. Mais le plan des rues n’est pas fondamentalement modifié. C’est un schéma plutôt typique de la période de la restauration. A l’époque de la naissance de Henry Purcell, le règne des puritains touchait à sa fin. Les représentations théâtrales avaient été interdites, mais pas le théâtre musical. De nombreux hommes de théâtre inséraient donc dans leurs pièces assez de morceaux de musique pour qu’elles puissent être considérées comme des drames musicaux. Voilà qui ouvrait la voie à une forme spécifiquement anglaise du théâtre musical. Le dramatik opera, qui associe dialogue parlé et scènes musicales, prend son essor. Henry Purcell composera lui aussi pour le théâtre. Il écrira aussi, un opéra, Didon et Enée, qui est considéré comme le premier opéra anglais véritable.

Henry Purcell a vécu une période de grands changements institutionnels et politiques. A la fin de l’ère puritaine, en 1660, on veut du divertissement. Le nouveau roi, Charles II, montre l’exemple. Lui, qu’on appelle le monarque joyeux, avait été, en exil, sous le charme de la culture française. Il s’inspire de l’atmosphère musicale qui règne à la cour de Louis XIV. Comme l’écrit Claude Hermann, il aimait la France, il adorait danser : son plaisir à battre la mesure sur toute musique qu’il entendait a eu pour conséquence qu’à la cour, on n’entendit plus que des danses à trois temps et des andante. Le violon devient un instrument roi. On augmente le nombre de violonistes jusqu’à former les 24 violons du Roy, s’inspirant de l’ensemble qui joue à la cour de Louis XIV. Et Charles II envoie le violoniste John Banister en France, pour s’y former à la musique en vogue. Il a été fortement influencé par Lully et appréciait notamment ses Ouvertures à la française.

La renaissance du théâtre anglais

Ce que voulaient les musiciens à Londres, c’était développer le théâtre anglais. Une pétition circule dans la ville, pour inviter le souverain à s’intéresser un peu plus à la musique anglaise. Deux troupes de théâtre se font concurrence à Londres, celle qui est sous le patronage du roi, et l’autre, sous celui de son frère Jacques, le duc d’York. La troupe du duc jouait d’abord dans un court de tennis réaménagé, avant d’intégrer le Dorset Garden Theatern qui bénéficie d’une formidable machinerie, et qui se reflète dans les eaux de la Tamise. Celle du roi se trouvait au théâtre de Drury Lane. Les genres alors à la mode sont la comédie et le drame héroïque. Sur ordre du roi, les rôles féminins sont désormais tenus par des femmes, et non plus par des garçons en costume. On dit que la star du théâtre de Drury Lane, Nell Gwyn, est la plus célèbre des nombreuses maîtresses du roi. La comédie va jusqu’à ce qu’on appelle des ass epilogues, des discours au public, qui étaient déclamés du dos d’un âne. Le drame héroïque, quant à lui, brille par ses formidables mises en scène. Comme l’écrit Christina Pluhar, Purcell, l’Orphée honoraire britannique était un fils de son temps et son art était suffisamment riche et flexible pour s’accommoder des tendances contradictoires alors à l’œuvre. Christina Pluhar a à cœur dans son album Music for a while, de souligner la modernité extraordinaire de la musique de Purcell. Elle s’en inspire, avec son ensemble l’Arpeggiata en compagnie notamment de Philippe Jaroussky, Vincenzo Capezzuto.

Continuez le voyage dans l’univers du compositeur britannique Purcell en écoutant l’émission Voyages d’Axelle Thiry.

Programmation musicale

Henry PURCELL - What Power art thou (air du froid) . Andreas Scholl & l’Accademia bizantina sous la direction de Stefano Montanari. DECCA 4782262.

John DOWLAND - Fantasia et A dream Lady Leighton. Paul O’Dette. HM 907160.

Henry PURCELL - Man that is born of a woman, Lord, how long & Remember not, O Lord. Collegium vocale Gent sous la direction de Philippe Herreweghe. GCD1102.

Christopher SIMPSON - The Winter, extrait des Seasons. Sophie Watillon, Friederike Heumann, Brian Franklin, Matthias Spaeter, Luca Guglielmi. Alpha 088.

Henry PURCELL - Thy Hand, Belinda, When I am laid in earth. Barbara Bonney & l’Academy of Ancient Music sous la direction de Christopher Hogwood. DECCA 4827599.

John BLOW - Chaconne en sol majeur. Musica Antiqua Köln sous la direction de Reinhard Goebel. Archiv 4534182.

Jean-Baptiste LULLY - Les Ouvertures du Ballet de la nuit, du Ballet d’Alcidiane et du Triomphe de l’amour. Musica Antiqua Köln sous la direction de Reinhard Goebel. DG 4634462.

Henry PURCELL - Twas within a furlong et Music for a while, improvisations sur des oeuvres de Henry Purcell. Philippe Jaroussky, Vincenzo Capezzuto & l’Arpeggiata sous la direction de Christina Pluhar. Erato 4636202.

Arcangelo CORELLI - Sonate pour violon et basse continue en ré majeur opus 5 n°1. Enrico Gatti, Gaetano Nasillo, Guido Balestracci & Guido Morini. Arcana 397.

Henry PURCELL - Tis women makes us love. Deller consort. HM.

Henry PURCELL - Hear my prayer. Vox luminis sous la direction de Lionel Meunier. Ric 332.

Henry PURCELL - Fantaisies. Hesperion XX sous la direction de Jordi Savall. Alia Vox 9859.

Henry PURCELL - The plaint. Alfred Deller, Wieland Kuyken, William Christie, Roderick Skeaping, Robert Elliott et Jane Ryan. HM 90249.

Production et présentation : Axelle THIRY

Réalisation : Antoine DUWAERTS

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK