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La vie de fêtes et de plaisirs de Samuel Barber à Mount Kisco

Samuel Barber est un compositeur, pianiste et chanteur américain. Il est né en 1910, en Pennsylvanie. Il est l’auteur d’une œuvre aussi variée que séduisante, couronnée par deux prix Pulitzer et le Prix de Rome.

Samuel Barber, "nostalgique entre deux mondes"

Après avoir été mobilisé pendant la guerre, Barber mène une vie foisonnante, artistique et festive. Il côtoie des musiciens, mais aussi des peintres, des écrivains, des comédiens. Pierre Brévignon lui a consacré un livre, où il fait le récit "d’un parcours humain complexe" : celui d’un wonderboy à jamais nostalgique de l’enfance ; celui d’un fils de famille bourgeoise découvrant son homosexualité ; celui d’un amoureux de la Vieille Europe promu malgré lui porte-drapeau de la musique du Nouveau monde… Pierre Brévignon qualifie Samuel Barber de nostalgique entre deux mondes.

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La villa Capricorn de Mount Kisco, véritable caverne d’Ali-Baba

Samuel Barber vit à Mount Kisco, une petite ville dans l’État de New-York, avec son compagnon Gian-Carlo Menotti, un compositeur et un librettiste italien. Ils habitent dans un beau chalet au milieu des bois. C’est la villa Capricorn. Les avis sont contrastés sur la maison. Italo Calvino, qui leur a rendu visite, à la fin des années 50, note dans son journal : "Le vrai défaut moral de Menotti et de Barber est le manque de discrimination entre le beau et l’horrible : des assiettes décorées de portraits de femmes y côtoient une lanterne magique et tout un musée des horreurs." Par contre, un certain Armand Buongiorno, qui a connu la maison quand il était enfant, dit qu’il la voyait comme un endroit magique. Que la villa semblait immense, juchée à une hauteur vertigineuse et remplie d’objets qu’il n’avait vus nulle part. Même l’arbre du patio était orné de clochettes qui tintaient au vent. Et dans toutes les pièces, des objets d’art venus du monde entier formaient une véritable caverne d’Ali-Baba. Dans cette villa qu’on appelle Capricorn, on peut aussi admirer le buste de Samuel Barber, sculpté par Marino Marini. Il y a aussi un livre d’or inauguré par Vladimir Horowitz qui s’orne de signatures prestigieuses. Et un piano long de presque 3 mètres, sur lequel a joué Serge Rachmaninov.


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La villa Capricorn, "the place to be" de la vie culturelle new-yorkaise

Samuel Barber et Gian-Carlo Menotti invitent de nombreux artistes à la villa Capricorn. Elle devient un lieu de passage obligé pour tous les acteurs de la vie culturelle new-yorkaise. Ils reçoivent des musiciens, des écrivains, des comédiens de Broadway, des vedettes du grand écran, des peintres, des sculpteurs, des danseurs. Comme l’écrit Pierre Brévignon, la modeste gare de Mount Kisco n’a jamais vu débarquer autant de sommités. On imagine l’arrivée d’un Truman Kapote de velours vêtu, comme l’écrit William Goyen, descendant avec une lenteur affectée l’escalier de la passerelle comme s’il s’attendait à être accueilli par toute la presse. Chaque week-end, on fait la fête. Et quelles fêtes ! Elles sont débridées… On accueille l’actrice Tallulah Bankhead, nue sous son manteau de vison. Et aussi Alexander Calder, Vladimir Horowitz, Aaron Copland, Yehudi Menuhin, Rudolf Noureev. Leonard Bernstein. Ladies and Gentlemen, voici la voix magnifique de Thomas Hampson. Lucky to be me… extrait de On the town de Leonard Bernstein.


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Les soirées organisées par Samuel Barber et Gian-Carlo Menotti à Capricorn sont un extraordinaire festin intellectuel. Les invités sont tous plus fascinants les uns que les autres. Ces fêtes sont aussi pleines d’effervescence. Avec parfois un peu de comédie quand Barber et Menotti soumettent leurs invités au jeu des questions embarrassantes : "Quel est votre pire défaut ? Quel est l’intrus de cette fête ? Avez-vous des secrets honteux ?" Ils lancent aussi un concours pour réaliser la pire carte de vœux de Noël. Et un soir, on dit que Samuel Barber, pour échapper à quelqu’un dont la conversation l’ennuie, s’enferme dans les toilettes. Il y reste pendant plusieurs heures et n’entrouvre la porte que pour être ravitaillé en petits fours et en cocktails au champagne.

Selon Paul Bowles, Barber et Menotti sont des hôtes charmants. Et aussi, très différents l’un de l’autre, Gian Carlo a un tempérament plus extraverti, il aime les coups de théâtre, Samuel, quant à lui, a un tempérament plus romantique.

Le décorateur Oliver Smith raconte une soirée chez eux : "C’était un anniversaire, peut-être celui de Horowitz. Une fête incroyable ! Nous avons tous été conduits à la villa en Cadillac, dans le grand style qu’affectionnait Gian-Carlo. La soirée fut mémorable : Horowitz joua merveilleusement, Sam chanta des lieder, il y avait toutes sortes de jeux de société, des parties de bridge, des charades, des conversations incessantes, de la nourriture à foison… Et puis, une gigantesque tempête de neige s’est abattue sur Mount Kisco. Personne ne voulait plus partir. Brusquement, on s’est tous retrouvés aux temps du pensionnat ! Tout le monde est resté à dormir, trois invités dans un lit, quatre autres sur les tapis du salon, le reste sur les canapés et les fauteuils… Cela a duré quatre jours. On a mangé absolument tout ce qui nous tombait sous la main. A la fin, il ne restait plus un macaroni, plus un spaghetti – rien. Gian Carlo nous a annoncé : "Maintenant, vous devez tous partir car nous sommes à court de provisions !" Il ajoute : "Ce fut la meilleure fête de ma vie."

Apprenez en plus sur la vie de fêtes intellectuelles que mène Samuel Barber à la Villa Capricorn dans l’émission Voyages d’Axelle Thiry.

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