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Ignacy Paderewski

Pianiste virtuose, compositeur inspiré, ancien premier ministre de la Pologne

Ignacy Jan Paderewski © Getty Images / London Stereoscopic Company

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Axelle Thiry nous propose de suivre les pas du pianiste et compositeur Ignacy Paderewski.

Ignacy Paderewski était un virtuose adulé, qui faisait des tournées triomphales. C’était aussi un compositeur inspiré. Il était également diplomate et homme d’Etat. Il a notamment eu un rôle important dans la création de la Pologne. Il était guidé par l’amour de sa patrie et il voulait la voir libre. On dit que si la Pologne existe aujourd’hui, c’est un peu grâce à lui…

En 1919, Ignace Paderewski est devenu Premier ministre et ministre des affaires étrangères. Il était également un philanthrope. Il a notamment créé une fondation pour venir en aide aux jeunes compositeurs. Il est à l’origine de concours de composition musicale et de théâtre. Paderewski a soutenu des associations philanthropiques. Paderewski disait : "L’âme de l’artiste a besoin de larmes comme le sol de la pluie."

Le Menuet en Sol majeur op 14 n°1 de Paderewski est sans doute la page la plus célèbre de son œuvre avec sa Symphonie "Polonia", son Concerto pour piano en la mineur et son opéra Manru. Le menuet voit le jour en 1887, l’année de ses 27 ans, et il est vendu de son vivant à des millions d’exemplaires.

Paderewski, le nouveau Liszt

Ignace Paderewski quant à lui, naît le 18 novembre 1860. Il n’a que cinq mois quand sa mère décède. Son père reconnaît chez l’enfant un goût pour la musique. Quand Ignace a 12 ans, il l’emmène au Conservatoire de Varsovie. Il apprend le piano et il joue aussi du trombone dans l’orchestre de l’école. Ses premiers cours de piano signent le début d’une trajectoire éblouissante. Paderewski deviendra un pianiste prodigieux. On parlera de lui comme d’un second Liszt On lit par exemple dans la presse en 1889 : "Son jeu est incomparable, original, unique. Il obtient, avec l’aide des deux pédales, des effets inconnus jusqu’alors ; il manie avec une sûreté et une habileté inouïes toute l’échelle des sons, du toucher et de l’expression que l’instrument est capable de rendre. Dans les fortissimi, il rivalise avec l’orchestre tout entier ; on dirait le tonnerre ; et immédiatement après il passe au piano et au pianissimo avec une habileté surprenante." Paderewski est notamment un formidable interprète de Liszt.

Ignace Paderewski obtient son diplôme au Conservatoire de Varsovie à 19 ans. Il y devient enseignant. Il est fraîchement nommé quand il tombe sous le charme d’une élève, Antonina Korsak. Elle est à peine plus jeune que lui. Il la demande en mariage. Bientôt, ils accueillent leur enfant, Alfred. Paderewski dit que c’est "Le jour le plus heureux de toute sa vie". Mais sa femme, Antonina décède dix jours après la naissance, et on diagnostique une poliomyélite chez l’enfant. C’est d’abord son père qui s’occupe de lui. Ensuite, il est confié à Hélène Gorska, une amie, qui était aussi sa témoin de mariage. Elle est la femme de son ami Ladislas Gorski… et elle finira, au bout de certaines péripéties, à devenir la sienne… Le jeune Alfred Paderewski n’atteindra que sa 21e année.

Après le décès de sa femme, Paderewski part étudier la composition à Berlin auprès de Friedrich Kiel. Il confie : "Après la mort de ma femme, je me suis rendu compte qu’à Varsovie, la carrière de professeur de musique mise à part, je n’avais pas de perspective. Je me suis décidé à partir pour Berlin." On le retrouve à Berlin chez Anton Rubinstein, il y étudie la composition. Il commence à se produire en public. Il donne une série de récitals. Il pense qu’il pourrait se destiner à une carrière de virtuose. Il fait aussi la connaissance de Richard Strauss, et de Pablo Sarasate.

Le début du succès

Ignace Paredewski fait la connaissance de l’actrice polonaise Helena Modrzejewska. Il la rencontre pendant les vacances, dans les montagnes du Tatras. Elle est l’égérie des théâtres polonais et va mettre toute son aura au service du talent naissant du jeune pianiste. Le 4 octobre 1884, à Cracovie, le jeune homme de 23 ans fait face pour la première fois de sa carrière à une salle comble. La recette de la soirée doit lui permettre de rallier Vienne et d’intégrer la classe du célèbre Théodore Leszetycki. Au cours de cette soirée, l’actrice Hélène Modrzejewska déclame des textes, Ignace Paderewski lui répond au piano. Le talent, le charme opèrent, c’est le succès. Vienne devient réalité pour le jeune homme et suite au succès du concert, il est déjà demandé à Varsovie, où on aimerait tant l’entendre.

Paderewski est notamment un formidable interprète de la musique de Frédéric Chopin. Lors d’un Festival Chopin, organisé en Galicie en 1910, il prononce un discours, dont voici un extrait :

" Nulle nation au monde ne peut se prévaloir d’une richesse de sentiments et d’états d’âme comparable à la nôtre. Dieu n’a pas compté les cordes qu’il a tendues à notre harpe, il n’en a pas mesuré les sons. Nous avons la noble tendresse de l’amour et la rude vigueur de l’action, et le souffle tempétueux du lyrisme et la valeur de la chevalerie. Nous avons la douce langueur de la vierge, la pondération de l’homme mûr, la tragique tristesse du vieillard, la légère gaieté du jeune homme. C’est peut-être en cela que se trouve notre charme séducteur, mais c’est en cela peut-être qu’est notre grand défaut. […] Des grands hommes à qui la Providence confia le soin de révéler l’âme polonaise, aucun n’y sut rendre cette arythmie avec plus de force que Chopin. La musique, sa musique, seule, pouvait rendre cette âme houleuse qui tantôt déborde et va battre les rivages de l’infini, tantôt se replie, soumise jusqu’à l’héroïsme. "

Sous la houlette de la pianiste Annette Essipoff

Ignace Paderewski suit l’enseignement de Théodore Leschetizky à Vienne. Le célèbre pédagogue lui permet de se perfectionner à une vitesse foudroyante. Le jeune homme est si doué ! Et la femme de son professeur, Annette Essipoff est elle-même une pianiste de talent. Elle fait une belle carrière et elle encourage le jeune homme à briller lui aussi de tous ses feux. Dans ces années décisives, "où le musicien hésite encore sur la voie à suivre", elle joue en coulisses un rôle aussi important que son mari, à la manière d’un imprésario. Elle est celle qui réveille orgueil et énergie, et qui l’aide à vaincre une mélancolie maladive héritée d’une jeunesse en noir et blanc. Elle est sa "cosaque bien-aimée" et c’est elle qui, le 20 janvier 1889, créera à Vienne son Concerto pour piano… En 1887, l’année de ses 27 ans, Ignace Paderewski fait ses débuts à Vienne. Sa carrière décolle.

En 1888, Ignace Paderewski donne un concert à la salle Erard. Il confie : "La salle était pleine et le public si enthousiasmé qu’après la fin du programme il m’a obligé à bisser encore pendant une heure." Parmi les auditeurs, on distingue les visages de Tchaïkowski, de Camille Dubois, la dernière élève de Chopin, et d’Annette Essipov. Paderewski est aussi l’invité des salons, notamment chez la princesse Rachel de Brancovan. Anna de Noailles, alors âgée de douze ans aura des mots éblouis quand elle écrira plus tard : "Perruqué de lumière, les yeux accordés avec les étoiles, un mage nous était présenté et nous l’avons aimé."

Le succès du concert du jeune Paderewski est tel que tout Paris se l’arrache, comme elle l’a fait avec Chopin un demi-siècle plus tôt.

En 1899, Ignace Paderewski épouse Hélène Gorska. Elle avait été le témoin de son premier mariage. Elle s’était ensuite, après le décès de son épouse, occupée de leur fils malade. Elle était la femme d’un de ses amis, le violoniste Ladislas Gorski. Hélène Paderewska devient l’épouse d’Ignace Paderewski, et le restera jusqu’à sa mort en 1934. Elle l’accompagne pendant ses voyages – jusqu’à la Galerie des Glaces du Château de Versailles, où elle assiste à la signature du Traité de 1919.

Ignace Paderewski, "le plus grand pianiste du monde"

L’année de ses 30 ans, Ignace Paderewski est à Londres. Son succès est phénoménal. Il s’inscrit dans le sillage des pianistes virtuoses qu’on appelle les "broyeurs d’ivoire". Certains disent de lui qu’il est "Le plus grand pianiste du monde". Cela peut aussi mettre une certaine pression sur un artiste. Un jour du mois de mars 1890, il écrit à une amie, Irène Löwenberg : "Suis terriblement surmené. Les concerts que j’ai jusqu’à présent donnés m’ont été assez favorables. Dans deux jours, je commencerai la campagne parisienne. Peur, émotion, inquiétude et tous les désagréments de cette terrible carrière artistique me font passer des nuits blanches. Mais c’est inévitable." Il prend aussi le temps de composer. L’année précédente, Annette Essipoff a créé son Concerto pour piano à Vienne. 

Après un début de carrière fulgurant en Europe, Ignace Paderewski franchit l’Atlantique. Le public de New York le découvre le 17 novembre 1891 au cours d’un concert organisé par la maison Steinway & Sons. Elle lui a aussi proposé de faire une tournée immense, de 80 concerts à travers tout le pays. Au cours de son existence, Paderewski traversera plus de cinquante fois le pays. Il confie : "La tournée a commencé à New York par trois concerts avec orchestre, pendant lesquels je devais jouer six concertos et une série d’œuvres solo ! Incroyable ! Tout cela en l’espace d’une semaine !"

Selon certains, Ignace Paderewski aurait donné, entre 1891 et 1892, 107 concerts en 117 jours à New York et dans d’autres villes américaines. Sans compter les 86 dîners où il est chaleureusement accueilli…