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D’Alma Mahler à Beethoven

Gustav Klimt et la musique

Partie de la Frise Beethoven de Gustav Klimt © DeAgostini / Getty Images

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Klimt était un grand mélomane. Dans le cadre de l’exposition immersive autour de Klimt qui se déroule jusqu’au 5 septembre à la galerie Horta à Bruxelles, nous vous proposons une seconde émission entièrement consacrée au peintre autrichien et son rapport à la musique.

Retrouvez la première partie de "Gustav Klimt et la musique".

Gustav et Alma

Klimt est le président de la Sécession viennoise. Parmi les fondateurs, figure aussi Carl Moll. Le second mari de la mère d’Alma Schindler. Klimt fait la connaissance de cette jeune femme si douée. Alma est peintre, musicienne, elle compose des lieder. Klimt écrit : "Alma est belle, intelligente, spirituelle. Elle a tout ce qu’un homme exigeant peut exiger d’une femme, et cela en abondance. Je crois que, partout où elle apparaît, dans le monde masculin, elle est maîtresse, souveraine." Ils se sont rencontrés lors d’une réunion préparatoire, et secrète de la Sécession viennoise, chez Carl Moll. Alma écrit à propos de Gustav Klimt : "C’était le plus doué de tous. Il avait 35 ans et était dans la force de l’âge. Il était beau dans tous les sens du terme et déjà très célèbre. Sa beauté et ma jeunesse, son génie et mes talents, notre commune recherche de l’harmonie nous rapprochèrent immédiatement. J’étais totalement ignorante des choses de l’amour et lui sentait ma présence et me trouvait partout."

Gustav Klimt enseigne les arts plastiques à Alma. Il devient le premier grand amour de sa vie. Il voyage à sa suite, quand elle va en Italie avec sa famille en 1897. C’est là que la mère d’Alma met brutalement fin à cette idylle naissante. Klimt écrit au beau-père d’Alma : "Je suis, depuis bien des années, un homme indiciblement malheureux : cela ne se voit pas : tout le monde croit le contraire. On m’envie même. J’aspire à connaître des moments de bonheur, des moments de pure jouissance. Alma et moi nous entretenions innocemment. Elle me disait son enthousiasme pour Wagner, pour Tristan, pour la musique, je la considérais comme une créature heureuse et je tirais plaisir de ces contacts. Jamais je ne lui ai fait la cour au sens propre du mot. Pour l’amour véritable, j’ai autant de crainte que de respect."

Alma Schindler et Gustav Klimt se revoient sur la place Saint-Marc. Alma raconte : "La foule nous protégeait de sa mouvante muraille : ses paroles d’amour précipitées, ses serments selon lesquels il me libérerait de tout et viendrait me chercher, ses prières enveloppant l’ordre de l’attendre, la peur du regard indiscret de Moll. On aurait dit des fiançailles secrètes." Puis elle reprend avec sa famille le chemin de Vienne le cœur plein d’amertume. Elle écrit : "Je suis redevable à Gustav Klimt de bien des larmes versées qui me révélèrent à moi-même. Ma soi-disant bonne éducation a anéanti mon premier sortilège amoureux."

"Un royaume lumineux, tendre et céleste"

Les artistes de la Sécession viennoise développent un important réseau de correspondants étrangers, comme Auguste Rodin pour la France et Fernand Khnopff pour la Belgique. Klimt sera marqué par l’envoûtante sensualité des œuvres de Khnopff, dont les racines plongent dans l’hallucination et l’ésotérisme. En 1899, Gustav Klimt présente à l’exposition de la Sécession sa peinture intitulée "Schubert au piano", qu’il a créé pour le salon de musique du mécène Nicolas Dumba. Pour certains, ce tableau est visiblement inspiré de l’œuvre de Khnopff. Gustav Klimt a présenté personnellement l’œuvre à Alma. Pour elle, il s’agit de la meilleure peinture de la Sécession. On dit que Gustav Klimt chantait le lied, le Tilleul, extrait du Voyage d’hiver de Schubert en peignant le portrait du compositeur.

Gustav Klimt est un fou de musique. Et il semble inspirer aussi les musiciens. Son œuvre ne laisse pas indifférent le compositeur viennois Anton Webern, par exemple. Il aime venir admirer ses peintures. S’il ne laisse pas de pièce explicitement inspirée de l’œuvre de Klimt, il ne fait aucun doute qu’elle fait partie de ses références artistiques. Suite à la visite d’une exposition consacrée à Klimt, Webern écrit à son ami et collègue Alban Berg : "impression indescriptible d’un royaume lumineux, tendre, céleste".

Gustav Klimt a un enfant, prénommé aussi Gustav, avec Maria Zimmerman, âgée de 20 ans, qui a été son modèle pour l’une des trois chanteuses qui entourent le musicien dans son oeuvre Schubert au piano. Gustav Klimt avait un premier enfant, un autre petit Gustav, avec une femme âgée de 19 ans, blanchisseuse, modèle du peintre, elle aussi.

En 1907, Klimt travaillera à son œuvre intitulée Le baiser. Comme l’écrit Serge Sanchez, c’est une véritable icône de la Vienne fin de siècle. Il poursuit : "Réminiscence d’un fragment de la Frise Beethoven, le couple enlacé figurera aussi sur la fresque du Palais Stoclet. Agenouillés sur un parterre de fleurs, l’homme et la femme sont associés à des motifs sensiblement différents, des rectangles sur le vêtement du premier, des spirales et des cercles, comme autant de femmes, sur celui de sa compagne. Interprétations symboliques mises à part, le Baiser célèbre l’union édénique des corps et des âmes. Il confère l’éternité à la fusion éphémère de deux êtres qui, par la magie de l’amour, ou le mensonge de l’art, n‘en forment plus qu’un."

Vienne est en fête

A cette époque à Vienne, il règne un parfum d’insouciance, une convivialité agréable. Les Viennois ont le sens de la fête et du plaisir. Et ils sont tellement mélomanes qu’on a dû interdire l’usage d’un instrument après 11 heures du soir. Toute la ville danse au rythme à trois temps des valses de Johann Strauss et de Franz Lehar. Il y a de l’animation dans les cafés. On parle beaucoup. Et quand on ouvre un journal, la première chose que l’on regarde, dit Stefan Zweig, c’est le programme des spectacles. Klimt fréquente les cafés viennois, lieux de vie et de rencontre incontournables de la capitale autrichienne. On y reste plusieurs heures à discuter, lire les journaux ou encore travailler. Les cafés de Vienne sont de véritables pépinières culturelles où l’on peut croiser des compositeurs tels que Gustav Mahler, Richard Strauss. Les milieux artistiques de la ville sont en effervescence. Et certains veulent s’affranchir des règles académiques. Ils veulent de la nouveauté.

Au printemps 1904, Alexandre von Zemlinsky décide avec d’autres jeunes compositeurs viennois, de fonder une société de musique contemporaine. C’est l’Association des Créateurs de Musique de Vienne. Le principal animateur est Arnold Schoenberg, qui est peut-être la personnalité musicale la plus révolutionnaire de la capitale autrichienne. C’est la première phase de ce qui deviendra l’Ecole viennoise. Ce qu’ils veulent, c’est encourager les œuvres contemporaines en organisant des concerts.

Ecoutez le feuilleton "Arnold Schoenberg, un monde en péril"

Œuvre totale en mémoire à Beethoven

En 1901, la sécession viennoise cherche, pour sa quatorzième exposition, à montrer l’interaction entre architecture, peinture, sculpture et musique, dans le but de créer une œuvre d’art totale. L’architecte Josef Hoffmann dirige le projet et il réalise un monument en mémoire de Beethoven, dans lequel seront exposées les autres œuvres.

La frise Beethoven est présentée pour la première fois par Gustav Klimt en 1902. C’est une fresque murale de plus de 34 mètres de long sur 2,15 mètres de haut en sept panneaux1 représentant la Neuvième Symphonie.

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Partie de la Frise Beethoven, 1902, par Gustav Klimt (1862-1918) © E. LESSING / DeAgostini / Getty Images

Cette quatorzième exposition de la Sécession, est particulièrement révolutionnaire et ambitieuse. Elle débute le 15 avril 1902. Josef Hoffmann s’était chargé de la scénographie, Alfred Roller, futur chef décorateur de Gustav Mahler, de la décoration de ce temple dédié quelques semaines au père de la musique moderne.

L’exposition est organisée autour de la statue monumentale de Beethoven, par Max Klinger, un correspondant de la sécession à Leipzig et très apprécié à Vienne… Il est peintre, sculpteur et graveur, et aussi excellent musicien amateur. La sculpture était arrivée à la gare de Vienne, 3 jours plus tôt, en pièces détachées. Elle occupait deux wagons de chemin de fer… Elle est assemblée au centre de la salle principale sous la direction de son créateur. 21 artistes s’en inspirent pour réaliser des œuvres.

On dit que la Frise Beethoven de Gustav Klimt les éclipsait toutes. Klimt s’est inspiré de la musique du troisième mouvement de la symphonie et de son analyse par Wagner : "amour et espérance s’enlacent pour reconquérir leur doux empire sur notre cœur martyrisé."

Suivez les pas de Gustav Klimt

Programmation musicale

 

Alma MAHLERBei dir ist es traut et Die Stille Stadt. Iris Vermillion & Royal Concertgebouw Orchestra sous la direction de Riccardo Chailly. DECCA 4551122.

Richard WAGNERPrélude de Tristan et Yseult. Straatskapelle Dresden dir° Carlos Kleiber. DG 413 315 2.

Franz SCHUBERTSehnsucht. Matthias Goerne et Elisabeth Leonskaya. HMC 901988.

Anton WEBERNQuatuor à cordes opus 28. Quatuor Prazak. Praga digitals 250161.

Serge RACHMANINOVLe deuxième mouvement du Concerto pour piano n°2 en ut mineur. Daniil Trifonov et l’orchestre de Philadelphie sous la direction de Yannick Nézet-Seguin. DG 4835335.

Alexander VON ZEMLINSKYAllegro, pièce pour Quintette à cordes. Quatuor Zemlinsky et Josef Kluson. Praga Digitals 250 284.

Ludwig van BEETHOVENLe troisième mouvement de la Symphonie n°9 en ré mineur. L’Orchestre symphonique de la radio bavaroise sous la direction de Mariss Jansons. BR Klassik 900139.

Ludwig van BEETHOVENUn extrait du quatrième mouvement de la Symphonie n°9 en ré mineur. Christiane Karg, Mihoko Fujimura, Michael Schade et Michael Volle et le Choeur & Orchestre symphonique de la radio bavaroise sous la direction de Mariss Jansons. BR Klassik 900139.

Claude DEBUSSYLa Terrasse des audiences du clair de lune. Krystian Zimerman. Deutsche Grammophon 435 773-2.

Alban BERGLe Premier mouvement du Concerto à la Mémoire d’un ange. Isabelle Faust et l’Orchestre Mozart sous la direction de Claudio Abbado. HMC 902105.

Franz SCHUBERTLe troisième mouvement de la Sonate en si bémol majeur D 960 n°21. Maria Joao Pires. DG 4778107.

Arnold SCHONBERGExtraits de la Nuit transfigurée. Thomas Kakuska, Valentin Erben & Artemis Quartet. Virgin 094633513020.

Production et présentation : Axelle THIRY

Réalisation : Paul-Antoine PATIN