Voyages

Tous les dimanches de 09:06 à 11:00 sur Musiq3

Plus d'infos

Edgar Degas à l'Opéra : "J'ai enfermé mon cœur dans un chausson de satin rose"

Edgar Degas - Ballet à l'Opéra de Paris
6 images
Edgar Degas - Ballet à l'Opéra de Paris - © Tous droits réservés

Degas a fait de l’opéra "le point central de ses travaux", sa chambre à lui pendant toute sa carrière, depuis ses débuts dans les années 1860 jusqu’à ses œuvres ultimes au-delà de 1900. Il en explore les différents espaces, salle, scène, loges, foyer, salles de danse et il s’attache à celles et ceux qui les peuplent, les danseuses, les chanteurs, les musiciens de l’orchestre, les spectateurs, les abonnés en habits noirs qui hantent les coulisses…

Degas avait un lien passionné avec l’opéra et il a puisé dans les infinies ressources de cette merveilleuse boîte à outils pour nourrir son inspiration.

Une enfance baignée par la musique

Edgar Degas a grandi dans une atmosphère musicale. Son père, Auguste, tenait un salon tous les lundis et il était fréquenté par les musiciens de l’orchestre de l’opéra et également des chanteurs. Et plus tard, c’est d’abord la musique qui attire Degas à l’opéra. Il commence par représenter les musiciens de l’orchestre. Les danseuses n’apparaissent qu’au second plan avant de devenir le sujet central de ses œuvres.

Degas décrit le monde de la salle, il fait glisser le regard vers la fosse d’orchestre et aussi vers ce que l’on voit au-delà de la rampe, c’est-à-dire le monde des danseuses, qu’il représente d’abord de façon fragmentaire. Degas représente différentes facettes d’un monde clos où la lumière sculpte les corps et où il décide de voir ce que jusqu’alors on ne représente pas : les jeux entre les protagonistes dans le public, leur lien avec l’orchestre, avec le monde de la scène puis de la coulisse, ce qui conduit à la question des danseuses, de leur parcours, voire de leurs mœurs.

Degas est un mélomane passionné. Il cultive des liens d’amitié avec plusieurs membres de l’orchestre, comme le contrebassiste Achille Gouffé, le bassoniste Désiré Dihau, cousin de Toulouse-Lautrec, ou le violoncelliste Louis Pilet.

Degas, spectateur fidèle de l’opéra

Edgar Degas fréquente beaucoup l’opéra. Il est longtemps un spectateur fidèle. Un jour, il écrit à Albert Hecht : "Avez-vous le pouvoir de me faire donner par l’opéra des entrées pour le jour de l’examen de danse qui doit être jeudi à ce que l’on me dit ? J’en ai tant fait de ces examens de danse sans les avoir vus que je me sens un peu honteux."

Degas s’abonne à l’opéra au début des années 1880, il a alors 46 ans. C’est à partir de ce moment qu’il a accès aux coulisses. Avant de voir les salles de danse, il les a longtemps rêvées. Il est souvent difficile d’identifier les spectacles qui l’ont inspiré tant il recomposait tout dans son atelier : les danseuses, les décors, les costumes… C’était un chercheur infatigable, toujours à l’affût de nouveaux moyens d’expression. Et il aime explorer les variations de lumière, le clair-obscur.

Degas était aussi un photographe de talent. Il aimait les cadrages inédits, il les reproduit parfois dans ses tableaux.

Degas à l’opéra

Degas fréquente d’abord la salle Le Peletier. Elle est incontournable, en partie grâce aux innombrables chefs-d’œuvre lyriques qui y sont créés et aussi grâce à ces vedettes de ballet, comme Marie Taglioni, d’une grâce étourdissante dans la Sylphide, et Fanny Elssler qui hypnotise les foules avec sa danse déchaînée.

Degas s’imprégnait de tout ce qu’il voyait à l’opéra pour réinventer son univers dans son atelier.

Dans l’atelier de l’artiste

"Il m’admettait dans une pièce longue, sous les toits, à large baie vitrée, où la lumière et la poussière étaient heureuses. Là s’entassaient le tub, la baignoire de zinc terne, les peignoirs sans fraîcheur, la danseuse de cire en tutu de vraie gaze, dans sa cage de verre, et les chevalets chargés de créatures au fusain, camuses, torses, le peigne au poing autour de leur épaisse chevelure roidie par l’autre main. Le long du vitrage vaguement frotté de soleil, une tablette étroite courait, tout encombrée de boîtes, de flacons, de crayons, de bouts de pastel, de pointes, et de ces choses sans nom qui peuvent toujours rendre service. […] C’est là, seul par son art, que Degas retrace ce qu’il a vu, à présent modifié par le passage de cette chambre noire qu’est pour lui l’atelier. Il retrouve une autre réalité, celle des temps morts, qu’il privilégie et qu’il aperçoit fugitivement, lors des répétitions, le temps des abandons, des douleurs, capturés lors des exercices."

Paul Valéry

Degas, à la recherche d’inaccessibles étoiles

Au XIXe siècle, l’Opéra est également le reflet d’un monde misogyne où la prostitution côtoie l’art et où les abonnés viennent choisir leurs maîtresses. Comme le dit Joséphine Kraft : "A l’époque de Degas, les familles dans le besoin n’hésitent pas à jeter leurs filles en pâture, dans l’espoir de lui trouver un protecteur. Si les danseuses étoile en font fantasmer plus d’un, sont prises pour modèles dans des revues de mode, la plèbe des petits rats doit se contenter des restes. Et dans beaucoup de cas, ce sont les mères qui bradent les faveurs de leurs jeunes filles, ne serait-ce que pour mettre du pain sur la table."

Degas est certainement au courant de ces pratiques, mais l’opéra est pour lui un lieu d’exploration et d’études artistiques et où il trouve ce qu’il appelle des "instantanés de l’existence", des gestes inattendus, et peut-être, en écho à son ami Malarmé, cherchait-il à l’opéra d’inaccessibles étoiles dont les danseuses étaient le reflet le plus étincelant.

Envie d’en apprendre plus sur le lien qui unissait Degas à l’opéra ? Ecoutez l’émission qu’Axelle Thiry lui consacre, dans le cadre de l’exposition qui lui est consacrée au Musée d’Orsay à Paris jusqu’au 19 janvier prochain.

Programmation :

Christoph Willibald GLUCK Ah, si la liberté me doit être ravie, extrait d’Armide. Patricia Petibon & Concerto Koln sous la direction de Daniel Harding. DG 4777468.

Camille SAINT-SAËNS Les deux premiers mouvements du Concerto pour violoncelle opus 33 n°1. Lynn Harrell & Cleveland Orchestra sous la direction de Neville Marriner. DECCA 4143872.

Giuseppe VERDI Prélude pour orchestre extrait de Rigoletto. BBC Philharmonic sous la direction de Sir Edwards Downes. Chandos 10343.

Charles GOUNODNuit resplendissante, extrait de l’opéra Cinq Mars, Magdalena Kozena & Mahler Chamber Orchestra sous la direction de Marc Minkowski. DG 4742142.

Jean-Philippe RAMEAUUne symphonie imaginaire, sélection d’extraits pour orchestre d’opéras & ballets. Les Musiciens du Louvre sous la direction de Marc Minkowski. Archiv 4745142.

Giuseppe VERDICarlos, Ecoute… extrait de Don Carlos. Thomas Hampson & l’Orchestre de Paris sous la direction d’Antonio Pappano. Warner.

Richard WAGNER Ouverture de Tannhaüser. Orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Daniel Barenboim. Teldec 995952.

Hector BERLIOZ Heureuse celle à qui jamais l’amour extrait de Benvenuto Cellini. Patrizia Ciofi & l’Orchestre national de France sous la direction de John Nelson. Virgin Classics 724354570629.

Léo DELIBESExtrait du Ballet La Source. L’Orchestre symphonique de la radio de Bratislava sous la direction d’Andrew Mogrelia. Naxos 8553356.

Emmanuel CHABRIERImprovisation, Menuet pompeux et Scherzo-Valse (Pièces pittoresques). Alexandre Tharaud. Arion 68446.

Giacomo MEYERBEEROmbre Légère, extrait de Dinorah. Nathalie Dessay & l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Patrick Fournillier. EMI 5561592.

Gioachino ROSSINI Ouverture de Guillaume Tell. Orchestra dell’Accademia nazionale di Santa Cecilia sous la direction d’Antonio Pappano. Warner 243440.

Richard WAGNERHeil dir, sonne ! Heil dir, Licht ! extrait de Siegfried. Birgit Nilsson & Wiener Philharmoniker sous la direction de Georg Solti. DECCA 4141102.

Production et présentation : Axelle THIRY

Réalisation : Paul-Antoine PATIN

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK