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Chopin, Haydn et Berlioz, de vrais cœurs d’artichaut

Axelle Thiry vous propose un second voyage au gré de la vie amoureuse de quelques compositeurs, tels que Frédéric Chopin, Joseph Haydn et Hector Berlioz.

Frédéric Chopin, l’amoureux

"Ce Chopin est un ange. Sa bonté, sa tendresse et sa patience m’inquiètent quelquefois. Je m’imagine que c’est une organisation trop fine, trop exquise et trop parfaite pour vivre longtemps dans notre grosse et lourde vie terrestre."

George Sand

A 20 ans, Chopin voit apparaître son idéal sur la scène de l’opéra de Varsovie, sous les traits de la jeune cantatrice Constanza Gladkowska. Elle lui inspire d’extraordinaires rêveries, et des visions musicales pleines de tendresse et de ferveur. Chopin garde tout d’abord ses sentiments secrets. Il écrit le 3 octobre 1829 : "Je viens peut-être pour mon malheur de rencontrer mon idéal que je sers fidèlement depuis six mois sans lui parler de mes sentiments. J’en rêve. Sous son inspiration est né l’Adagio de mon concerto." Un des meilleurs confidents de Chopin, c’est son piano. Il écrit à un ami : "Quelle horreur, quand le cœur est oppressé, de ne pouvoir s’épancher dans un autre cœur. Tu sais ce que je veux dire. Que de fois je raconte à mon piano ce que je voudrais te confier."

Chopin doit quitter la Pologne pour entreprendre une tournée européenne. On l’attend à Vienne et en Italie. Mais il ne se décide pas à fixer la date du départ. Il confie : "L’homme est rarement heureux. S’il ne lui est destiné que de courtes heures de félicité, pourquoi renoncerait-il à ses illusions, qui sont, elles aussi, fugitives ?" Il voit souvent Constanza Gladkowska. Il continue à l’adorer en secret. Il écrit : "Je ne parviens même pas à rassembler mes idées. J’éprouve un tel déchirement que mes esprits s’égarent. Il suffit à ma pensée de se fixer sur un objet pour me faire aussitôt perdre la notion du monde et des choses." Chopin donne un dernier concert, avant son départ, où Costanza chante la cavatine de la Donna del Lago.

Le mariage malheureux de Joseph Haydn

Vers l’âge de 22 ans, Joseph Haydn est sous le charme d’une certaine Thérèse Keller. Mais cet amour est contrarié par les parents de la jeune femme. Ils veulent qu’elle prenne le voile, peut-être un peu pour leur confort spirituel. Elle prononce ses vœux le 12 mai 1756. C’est sans doute Joseph Haydn qui dirige la musique pour la cérémonie. En religion, Thérèse se fait appeler Sœur Josepha.

Comme son ami Mozart, Joseph Haydn épousera la sœur de la femme qu’il aimait. Il a 28 ans quand il se marie avec Maria Anna Keller. Quelques mois plus tard, il entre au service de la famille Esterhazy. Jusqu’à 58 ans, Haydn est au service d’un prince qu’on appelle Nicolas le Magnifique, et il vit dans un palais somptueux. C’est une sorte de Versailles à la hongroise. Mais c’est aussi une cage dorée, entourée de marais insalubres. Et Haydn ne peut s’en éloigner comme il veut. Cela n’empêche pas son nom de rayonner et sa musique de circuler avec un grand succès dans toute l’Europe.

Joseph Haydn a 47 ans quand il rencontre Luigia Polzelli. C’est une chanteuse, qui est arrivée à la résidence du Prince Esterhazy avec son mari violoniste. Elle a une relation avec Haydn, qui compose pour elle le rôle de Silvia dans l’Isola disabitata. Mais elle a une voix assez médiocre et Haydn ne lui confie ensuite qu’un seul autre rôle dans un de ses opéras.

On dit que le caractère de Madame Haydn ne favorisait pas la fidélité conjugale. C’est une rumeur qui court jusqu’en Angleterre. Les mélomanes anglais rêvent d’accueillir le grand Joseph Haydn et la presse anglaise publie en septembre 1785 : "On prête au célèbre Haydn l’intention de visiter ce pays. Mais ceux qui le connaissent bien estiment qu’il n’honorera jamais de sa présence cette terre d’hérésie. En matière de cérémonies religieuses, ce grand génie est un si grand bigot qu’il consacre tous ses loisirs à célébrer la messe et à contempler le purgatoire, mais ce qui l’attriste encore plus, c’est la mauvaise humeur de sa femme – cette brave créature n’a aucun goût pour les beautés de l’harmonie, sa voix n’est pas du genre mélodieux. Les joies du mariage sont donc pour lui réduites au minimum, et il est trop heureux de se consoler dans le giron de l’église."

On raconte que la femme de Joseph Haydn utilise le papier à musique de son mari pour tresser ses bigoudis et pour couvrir ses pots de confiture.

De Londres, Haydn écrit à Luigia Polzelli : "Ma femme, cette bestia infernale, m’a écrit tant de choses que j’ai dû lui répondre que je ne rentrerai jamais, dès lors elle s’est montrée plus raisonnable. Ma vie, prends bien soin de cette lettre." En 1792, Luigia Polzelli aurait annoncé à Haydn que sa femme était morte. Haydn la remet à sa place en disant : "Si elle se maintient, elle peut me survivre plusieurs années, laissons donc ce destin aux soins de la Providence". L’année suivante, il confie à la même Luigia Polzelli : "Comme d’habitude ma femme est presque toujours malade, et toujours de mauvaise humeur, mais cela ne me fait plus rien, après tout, cela finira bien un jour."

Juin 1789. C’est le début d’un échange de correspondance entre Haydn et Marianne von Genzinger. C’est la femme du médecin de Nicolas le Magnifique. Les Genzinger ont 10 enfants. Ils habitent à Vienne et leur salon musical est un des plus en vue de la capitale.

Chez eux, Haydn trouve un véritable foyer. Marianne von Genzinger est une pianiste de talent. Avec cette femme cultivée et chaleureuse, Haydn peut communiquer sans réserve. C’est à elle qu’il adresse les lettres les plus émouvantes que nous possédions de lui. Marianne von Genzinger sera d’un très grand secours à Joseph Haydn pendant les dernières années solitaires qu’il passe à Esterhaza. Et pendant ses séjours à Londres, il ne l’oubliera pas.

Un jour, il lui écrit : "Il m’arrive bien souvent de souhaiter pouvoir être ne serait-ce qu’un quart d’heure au piano avec Votre Grâce et ensuite déguster une bonne soupe à l’allemande, mais on ne peut tout avoir en ce monde. Que la Providence veille sur vous longtemps. D’ailleurs, j’espère voir Votre Grâce dans six mois. J’aurai beaucoup de choses à raconter. Adieu Good Night, It is time to go to bed.”

A Londres, Joseph Haydn rencontre une certaine Rebecca Schroeter. Il passe avec elle des moments très agréables. Les lettres qu’elle lui adresse témoignent de sentiments intenses et profonds. Pendant le second séjour de Haydn à Londres en 1794, il prendra un logement près de chez elle. Et en octobre 1795, il lui dédie les Trios qu’il fait paraître dans la capitale anglaise.

Hector Berlioz, de l’amour passionnel au désespoir

En 1830, Hector Berlioz a 26 ans. Il a eu des déceptions avec une actrice, Harriet Smithson qui ne répondait pas à ses élans de passion… Et il a fait la connaissance de Camille Moke. C’est la première fois qu’une jeune femme s’intéresse à lui, sincèrement et sans réserve. Il croit vivre une sorte de songe romanesque. Mais quand il voit Camille, il comprend que le songe est une réalité, et que le roman est historique. Il faut maintenant assurer leur avenir.

Berlioz veut remporter le prix de Rome. C’est sa quatrième tentative. Le thème est la dernière nuit de Sardanapale, un thème consacré par Byron et traité par Delacroix. Berlioz travaille à sa partition pendant que la révolution de juillet éclate.

Cette fois, il écrit une œuvre destinée à plaire au jury, il la rend la plus académique possible. En gros, il se rapetisse de moitié et il obtient le prix de Rome ! Berlioz est fou de joie ! Et il est très impatient de faire entendre sa musique à Camille. Ce sera le 5 décembre 1830 quand il dirigera sa Symphonie fantastique. Il écrit : "Dieu je l’aime ! C’est inexprimable. Rien ne peut rendre ce que je sens ; il n’y a que la musique. Aucune autre langue n’a assez de force ni de profondeur." Quant à Camille, depuis qu’elle a entendu le songe d’une nuit de Sabbat, Berlioz est devenu son cher Lucifer, son beau Satan !

La Symphonie fantastique est un succès ! La mère de Camille donne son consentement et Berlioz confie : "Ma chère musique ! C’est donc à elle que je devrai Camille".

Après le prix de Rome, il doit partir faire un séjour à la Villa Médicis à Rome, mais c’est décidé, ils se marieront à son retour d’Italie. A Rome, Hector attend avec impatience les lettres de Camille. Mais elles n’arrivent pas. C’est étrange… Que se passe-t-il ? Berlioz aimerait comprendre. Il veut rentrer à Paris, mais s’il quitte l’Italie, il perd sa pension. Le directeur de la villa Médicis, Horace Vernet, tente de le dissuader de partir.

Le 14 avril, la lettre arrive enfin. Elle est écrite par la mère de Camille. Elle lui annonce que Camille va épouser M. Pleyel. Elle lui reproche d’avoir apporté le trouble dans sa famille et elle lui conseille de ne pas se suicider. Berlioz est dans tous ses états. Il voudrait crier de douleur et de rage. Il voit clairement ce qu’il va faire. Bien sûr, oui, il va mettre fin à ses jours, mais pas avant d’avoir tué tout le monde, dans l’ordre : Camille, sa mère, et Monsieur Pleyel. Il irait à Paris, il se présenterait chez les Moke, déguisé pour qu’on le laisse entrer. La tenue de femme de chambre lui semble la plus appropriée pour passer incognito et il s’en fait faire une à sa taille. Il se procure deux pistolets, et il entame le voyage vers Paris. Une des étapes est Gênes. On fait une halte. Berlioz en profite pour se promener sur les remparts qui tombent à pic dans l’eau. Depuis deux jours, il n’a rien avalé, sauf un peu de jus d’orange. Soudain, en regardant la mer qui ondoie à ses pieds, il se sent envahi par une vague de vertige et de désespoir. Berlioz se sent glisser, il s’abandonne. Et il tombe à l’eau. On le repêche et on le tire jusqu’au rivage. Berlioz reste étendu au soleil, avec en bouche le goût de l’eau salée. L’eau qui a failli le prendre.

Hector Berlioz poursuit son trajet vers Paris. Est-ce le temps qui passe, ou les instants d’angoisse qu’il a vécus à Gênes ? Il a encore quelques convulsions de l’âme mais il se demande si, dans le fond, il a vraiment envie de mourir. Il se repasse la future scène du drame, les meurtres, son suicide… Accomplir son plan funeste, c’est aussi partir avec une réputation de brute épaisse, et causer la mort certaine de son art qui ne demande qu’à s’épanouir. Berlioz écrit : " La lutte entre la vie et la mort est encore terrible, mais je resterai debout. " Ce qu’il faut, c’est se plonger dans le travail, pour éviter les retours de tendresse, les souvenirs de bonheur. Le temps fait son œuvre, Berlioz reprend pied. Il passe quelques semaines à Nice. Il travaille à l’ouverture du Roi Lear et il écrit : " Voilà la vie et la joie qui accourent à tire-d’aile, et la musique qui m’embrasse. " Berlioz se promène en ville, il joue au billard, il se promène au bord de la mer. Il déniche des criques où il se baigne. Et il rencontre une femme, avec qui il achève sa convalescence. Il raconte : " Comme je ne voulais pas amener mon amante chez moi, je l’ai conduite dans une caverne que je connaissais sur le bord de la mer. Mais en y entrant, un grognement s’est fait entendre au fond, c’était quelque matelot qui y dormait, ou peut-être Caliban lui-même. Nous lui avons laissé le champ libre et les noces se sont célébrées plus loin tout bonnement sur la grève ; la mer était furieuse, ses lames venaient se briser à nos pieds, il faisait un vent nocturne violent et je m’écriais avec Chateaubriand : " Pompes de notre hymen, dignes de la grandeur de nos amours sauvages ! Vous voyez que je suis guéri. "

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