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Beethoven, Goethe et Bettina Brentano, de l’admiration à la divergence de point de vue

C’est l’histoire de Bettina Brentano, qui, éprouvant de l’amitié pour Beethoven et pour Goethe, a tenté de rapprocher ces deux génies. Beethoven était émerveillé par les écrits de Goethe. Il y trouve une puissante source d’inspiration. Pendant l’été 1812, ils se rencontreront à Toeplitz. Auparavant, Beethoven avait déjà envoyé à Goethe des lieder sur ses vers.

Des poèmes qui enflamment l’imagination de Beethoven

Goethe ne lui répond pas. Au début de cette année-là, Beethoven traverse des moments difficiles. Il écrit à Breitkopf et Härtel : " Ici nous n’avons plus de bon pain mangeable… Je suis trop faible pour vous répondre davantage ". Les circonstances politiques sont mouvementées. En octobre 1809, on a signé le traité de Vienne, le traité franco-autrichien qui met un terme à la campagne autrichienne de Napoléon. Le 20 novembre, la garnison française quitte la ville. Mais la disette ne cesse pas immédiatement. Au cours de l’hiver, Beethoven tombe malade. Malgré ces circonstances éprouvantes, il se remet au travail. Les textes de Goethe enflamment son imagination. Beethoven exprime toute sa passion de la liberté en travaillant à Egmont. Il s’inspire d’une pièce de théâtre que Johann Wolfgang von Goethe a écrite sur le sujet en 1788.

Bettina Brentano, le rayon de soleil de Beethoven

En mai 1810, une jeune femme frappe à la porte de Beethoven. Elle s’appelle Bettina Brentano. Elle a 25 ans. Lui en a 39 ans. Il vient de subir un échec amoureux et son moral est au plus bas. Bettina Brentano lui apporte un tel rayon de soleil qu’il se sent revivre. En plus, c’est une amie de Goethe, que Beethoven admire tant. Bettina Brentano raconte : "Hier je suis allée avec Beethoven dans un charmant jardin rempli de fleurs ; toutes les serres étaient ouvertes ; l’air embaumait. Il s’arrêta sous un soleil brûlant et dit : " Les poésies de Goethe exercent sur moi une grande influence, non seulement par leur contenu mais par leur rythme. Je suis disposé et excité à composer par cette langue qui s’organise en une haute ordonnance, comme une architecture bâtie par la main des esprits : elle porte déjà en elle le secret des harmonies. Alors du foyer brillant de l’enthousiasme, je dois me décharger de la mélodie, elle s’échappe dans tous les sens. Je la poursuis, je l’étreins de nouveau avec passion, elle fuit et se perd dans le chaos des impressions, bientôt je la ressaisis avec une passion renouvelée, je ne peux m’en détacher, il me faut la multiplier dans un spasme d’extase, en toutes les modulations, et au dernier moment, je triomphe d’elle, je la possède, celle que je poursuivais, la première pensée ! Et voyez, c’est une symphonie… Oui, la musique est vraiment la médiatrice entre la vie des sens et la vie de l’esprit."

En quelques jours, Bettina Brentano prend une grande importance dans la vie de Beethoven. Il aime se promener avec elle, ils ont des conversations tellement passionnantes ! Beethoven a récemment vu s’écrouler ses projets de mariage avec Thérèse Malfatti. La rencontre de Bettina Brentano peu de temps après lui apporte une grande joie mais le plonge sans doute aussi dans un état particulier de tension. C’est à cette époque qu’il compose son 11e Quatuor. Il écrit le 9 juillet 1810 : "Le bonheur me poursuit et j’ai déjà peur pour cette raison d’un nouveau malheur."

Beethoven vu à travers les yeux de Beethoven

Voici comment Bettina Bretano décrit Beethoven : "Il est petit (si grands que soient son esprit et son cœur), brun, marqué de petite vérole, ce qu’on appelle : laid, mais il a un front céleste, si noblement modelé par l’harmonie que l’on pourrait le contempler comme une magnifique œuvre d’art, des cheveux noirs, très longs, qu’il rejette en arrière… Beethoven marche loin en avant de la civilisation de l’humanité entière… Puisse-t-il vivre jusqu’à ce que la puissante et sublime énigme contenue dans son esprit soit pleinement résolue. Je crois en un charme divin, élément de la nature intellectuelle ; ce charme, Beethoven l’exerce dans son art. " Beethoven vit pour son art. Il aime aussi se plonger dans les partitions du passé, comme celles de Giovanni Pierluigi da Palestrina.

Quand Bettina s’en va, Beethoven a des moments de chagrin, des heures d’ombre comme il l’écrit, où il ne peut rien faire. Bettina Brentano lui causera une nouvelle déception, en 1811. La même année, Beethoven écrit : "Du coton dans les oreilles, pendant que je suis au piano, apaise le bruissement pénible de mon ouïe malade".

Beethoven et Goethe, une affaire compliquée

 

Au moment où Beethoven écrit à Bettina Brentano, elle est à Toeplitz, près de Goethe. Selon Romain Rolland, ce sexagénaire joue au bon père de famille de façon un peu lubrique avec elle. Ce ne sera ni Beethoven ni Goethe puisqu’elle se fiance bientôt avec un certain Achim von Arnim. Pendant ses conversations avec Goethe, Bettina lui parle certainement de Beethoven. On peut si bien imaginer qu’elle tente de partager son enthousiasme. Mais malheureusement, Goethe a parmi ses proches le musicien berlinois Zelter, qui déteste les œuvres de Beethoven. Il prétend qu’il est un talent de la plus grande importance, mais qu’il "empoigne la massue d’Hercule pour écraser des mouches"… et qu’il n’utilise son talent que pour donner de la consistance à des bagatelles. Voilà qui influence Goethe mais qui exaspère Bettina. Elle traite Zelter de philistin dans ses lettres à Goethe. Elle estime qu’il est borné comme une pièce de bois. Elle écrit : "Chaque art se fait fort de repousser la mort, de guider l’homme au firmament ; mais, là où les philistins montent la garde autour, il se tient humilié et la tête tondue : ce qui doit être libre volonté et libre vie n’est plus que mécanisme ; et dès lors, on a beau attendre et croire et espérer, il n’en sortira rien." Mais Goethe ne veut rien entendre à ce sujet. Il lui répond qu’elle a un entêtement vraiment borné, spécialement en ce qui concerne la musique, il ajoute : " Tu te fabriques, dans ta petite caboche, des lubies invraisemblables – pour lesquelles je ne veux pas te faire la leçon ni te chagriner." Pendant ce temps, Beethoven s’apprête à écrire à Goethe, pour lui dire son respect et son admiration, et à quel point ses poésies le rendent heureux.

Découvrez les relations tumultueuses de Goethe et Beethoven dans l’émission Voyages d’Axelle Thiry.

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