Un p'tit shoot de philo

Plus d'infos

Qu’est-ce que l’amitié ? "Parce que c’était lui, parce que c’était moi"

Un ami, dit-on, c’est quelqu’un qui nous connaît bien et qui nous aime quand même… Au-delà des amitiés virtuelles des réseaux sociaux, comment peut-on définir l’amitié ? Pourquoi avons-nous des amis ? Qu’est-ce qui fait d’eux nos amis ? Pascale Seys nous en dit plus dans son P’tit shoot de Philo.

L’amitié, un lien qui unit une âme en deux corps

Sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens.

Dans l’histoire de la pensée occidentale, c’est chez Aristote que l’on peut lire pour la première fois une réflexion théorique sur l’amitié, que l’on retrouve dans son Ethique à Nicomaque dont il consacre les livres VIII et IX à cette notion d’amitié.

Plus qu’un sentiment humain, l’amitié est défini par Aristote comme une vertu qui régit la vie en commun des hommes. Selon Aristote, l’amitié véritable, l’amitié vertueuse, est celle qui nous rend meilleure, car l’amitié, toujours selon de philosophe, lie deux ou plusieurs personnes sous le signe de ce qu’ils ont en commun, et leur permet donc de voir leur vertu commune, telle un miroir, et leur permet donc de progresser. Et c’est cette relation bénéfique réciproque qui permet aux hommes d’atteindre le bonheur.

Aristote fait la distinction entre trois types d’amitié : l’amitié fondée sur l’intérêt, l’amitié qui repose sur le plaisir et enfin, la véritable amitié, qui a pour fondement la vertu. Cette dernière est appelée par les Grecs, Philia, qui désigne l’amour d’amitié, et qui se distingue de deux autres types d’amour, Eros, une sorte d’amour fou fondé sur le désir et le manque et Agape, l’amour de charité, qui se donne sans rien attendre en retour.

Ainsi, selon Aristote, l’amitié véritable, cette Philia, n’est pas une petite chose que l’on brade sur les réseaux sociaux, mais bien un lien qui unit une seule et même âme en deux corps.

Parce que c’était lui, parce que c’était moi

Cette idée de fusion des âmes, on la retrouve chez le philosophe et humaniste Michel Eyquem de Montaigne, dans ses fameux Essais. Dans cette œuvre majeure, dont Montaigne commencera l’écriture en 1572, pour ne jamais cesser de la réécrire jusqu’à sa mort une trentaine d’années plus tard, le philosophe et humaniste parle de son amitié aussi forte qu’elle fut brève avec l’écrivain et poète Etienne de La Boétie, son aîné de trois ans.

"Si le destin le veut, la postérité, sois en sûr, portera nos deux noms sur la liste des amis célèbres."

Vision prémonitoire que cette phrase de La Boétie adressée à Montaigne dans l’une de ses lettres. Il faut dire que parmi les amitiés célèbres, celle qui a uni pendant cinq années seulement Michel de Montaigne à Etienne de La Boétie est légendaire. Dans la première édition de ses Essais, Montaigne écrit à propos de la Boétie, dont la mort prématurée 1563 le bouleversa à jamais :

"Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer."

Pour Montaigne, l’amitié véritable est fusionnelle, elle lie les âmes de deux êtres pour les confondre : "Dans l’amitié dont je parle, elles s’unissent et se confondent de façon si complète qu’elles effacent et font disparaître la couture qui les a jointes." peut-on lire au chapitre 28 du premier livre des Essais de Montaigne.

En 1588, Montaigne rajoutera dans la marge de son exemplaire la formule qui deviendra célèbre Parce que c’était lui, parce que c’était moi. Un hommage rendu par Montaigne à son ami, dont le mort prématuré n’a cessé de ne tourmenter.

Cette expression est sans aucun doute la plus célèbre de Michel Eyquem de Montaigne, et celle qui est passée dans le langage courant pour expliquer un lien fort d’amitié et même d’amour.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK