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L’ataraxie ou l’art d’être heureux selon Épicure : présence de bonheur ou absence de souffrance ?

L’atarax est un neuroleptique prescrit en sirop dans des cas de manifestations mineures de l’anxiété, ainsi que dans le traitement symptomatique de l’urticaire, l’atarax agit donc tout à la fois sur l’âme et sur le corps, l’un et l’autre étant inextricablement liés, comme en était convaincu le philosophe grec Épicure à qui on a associé le terme technique de l’ataraxie. Mais qu’est-ce que l’ataraxie et l’épicurisme est-il vraiment la philosophe du bonheur et du plaisir ? Réponse dans le P’tit shoot de philo de Pascale Seys.

Épicurisme, la philosophie du plaisir facile ?

Que de fausses rumeurs sont associées au nom d’Épicure… Prononcez Épicure ou épicurien et tout le monde pensera immédiatement à une philosophie du plaisir facile et de la volupté, à une plage de sable fin, à des palmiers, à une mer azure sans méduse et des cocktails à volonté… Or il n’en est rien et rien n’est plus rigoureux et austère en réalité que la morale épicurienne. Selon Épicure, il est légitime de vivre en recherchant le plaisir. Mais ce but, cet accomplissement, Épicure le nomme en grec Ataraxia, ou encore, avec le "a" privatif, absence de trouble, absence de souffrance.

Des plaisirs nécessaires et naturels

Épicure définit donc le bonheur suprême négativement et non pas positivement. Il s’agit moins d’être pleinement heureux et comblé que de ne pas souffrir ou de souffrir le moins possible. Pour parvenir à ce nirvana grec, Épicure enseigne que ce qui provoque une paix durable au sein de l’âme et du corps ne saurait provenir de la possession d’objets extérieurs. Seuls comptent les plaisirs, mais qui doivent avoir la double condition qu’ils soient nécessaires et naturels. Par exemple, boire de l’eau si on a soif, manger quand la faim nous tiraille le ventre et dormir si nous sommes fatigués constituent des plaisirs naturels et nécessaires.

En revanche, boire de grands crus et dîner d’huîtres ou de truffes est un plaisir exceptionnel et non nécessaire comme tel, bien qu’il soit naturel. Quant aux plaisirs non-naturels et non-nécessaires comme la reconnaissance sociale et la fortune, ils sont inaptes à rendre heureux nous enseigne Épicure car cette passion devenant le centre et le moteur de la vie cause en nous une inquiétude constante.

Il en faut peu pour être heureux

Il faut donc se contenter de peau, cultiver son jardin, et partager les vertus de l’amitié. C’est d’ailleurs dans un jardin, en dehors d’Athènes, au sein d’une vie communautaire que les disciples d’Épicure avaient coutume de se réunir. Ils avaient compris avant l’heure la satisfaction qu’il y a à partager les biens et les vertus de l’amitié. Des choses simples et une amitié vraie, voilà les conditions de l’ataraxie qui nous invite, comme dans la chanson de Baloo, pourtant incorrigible gourmand à nous rappeler qu’il suffit de peu pour être heureux, pourvu que nous ne manquions pas de l’essentiel.