Un p'tit shoot de philo

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À l’ère du vide et du numérique, faut-il disparaître pour exister ?

L’ère numérique couplée au néolibéralisme a fabriqué une époque un peu étrange – la nôtre – que le sociologue Gilles Lipovetsky a qualifiée "ère du vide" ou encore d’empire de l’éphémère. Mais que faire avec du vide ? C’est toute la question que se pose Pascale Seys dans Un p’tit shoot de philo.

L’individu de l’ère du vide

Cet être, qui vit dans l’ère du vide, porte les traits de la seconde révolution individualiste : il est accro aux écrans et aux réseaux sociaux, sur lesquels il adore parler de lui, de ce qu’il fait, de ce qu’il voit, de ce qu’il aime, de ce qu’il pense… Et qu’aime-t-il ? Il aime se prendre en photo, il change régulièrement ses statuts sur Facebook, il guette avec anxiété le nombre de likes, il consulte son smartphone de façon compulsive, emmène partout son chargeur avec lui, même en visite chez des amis.

Dans l’ère du vide, l’individu est seul mais a du mal à exister par lui-même alors il guette sa consistance dans le regard d’autrui qui n’existe pour lui qu’à cette seule fin.

La femme et l’homme de la seconde révolution individualiste papillonnent, surfent, aiment le sport et le yoga, mangent bio, adorent les miroirs et les écrans, dans lesquels ils ajustent une mèche de cheveu, et rectifient leur maquillage.

Pour vivre heureux, vivons cachés ?

Mais voici qu’une nouvelle façon d’exister fait son apparition : exister en disparaissant. Plus on disparaît, plus on se dissimule aux regards des autres et à la surveillance du réseau, plus on devient célèbre. C’est aussi cela le paradoxe de l’ère du vide. La gloire peut procéder de l’anonymat : plus vous êtes personne, plus vous devenez quelqu’un.

Par exemple, personne ne sait à quoi ressemble Elena Ferrante ni même s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Et qui est Satoshi Nakamoto ? La première est l’auteure à succès de L’amie prodigieuse et le second est l’inventeur du bitcoin et son identité est aussi virtuelle que la monnaie qu’il a inventée. Et Banksy, son identité reste un mystère malgré les tentatives multiples de le débusquer. Comme les Daft Punk, des artistes portent des masques, se dérobent aux regards et choisissent délibérément de ne pas apparaître dans la sphère publique.

Aujourd’hui, la discrétion, le retrait et l’anonymat acquièrent un nouveau statut symbolique. Peut-être parce qu’ils sont l’expression d’une résistance et d’une insoumission aux diktats de la visibilité.

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