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The Doors et Albéniz : La caravane passe, le guitariste reste

Cover de l'album "Waiting for the sun" du groupe The Doors
Cover de l'album "Waiting for the sun" du groupe The Doors - © Tous droits réservés

Robbie Krieger est surtout connu pour avoir fait partie du groupe The Doors. Il ne jouait de la guitare électrique que depuis 6 mois quand il a rejoint la bande à Jim Morrison. Mais du flamenco, il en a toujours entendu et joué. La musique d’Albéniz en a profité : il l’a menée aux oreilles de la génération rock.

Asturias, d’Isaac Albeniz, c’est de la musique folklorique des Asturies, qui évoque avant tout le flamenco, les couleurs de l’Espagne et la sensualité de sa musique. Le cadre est affectif et lyrique, le chant de la guitare est primitif, intense, ensorcelant. Le début du morceau pourrait évoquer une danse de flamenco, ou une ascension vers n’importe quel sommet. Conquérant, confiant, l’alpiniste s’avance. La suite de la musique, plus calme, pourrait être la réponse des sommets, plus lente, plus retenue, ils résistent ou narguent un peu. Mais ensuite la rapidité resurgit, le grimpeur revient, il insiste, il y croit… avant de s’épuiser, vaincu, dans les harmonies tristes et pathétiques de la solitude.

Asturias fait partie de la Première suite espagnole, op 47, un succès incontestable pour son auteur, édité en 1886.

En 1946, en Amérique, naît un futur guitariste que toute cette Espagne n’allait pas laisser indifférent. Robbie Krieger est surtout connu pour avoir fait partie du groupe The Doors. Il ne jouait de la guitare électrique que depuis 6 mois quand il a rejoint la bande à Jim Morrison. Mais du flamenco, il en a toujours entendu et beaucoup joué. Entre l’avènement du rock et ses héritages classiques, Robbie Krieger a donc cherché, inventé, expérimenté pour trouver son style. Quand on ne sait pas, on essaie, et quand on essaie, parfois, on réussit !

Troisième album des Doors, “Waiting for the Sun” comporte quelques standards du groupe. “Hello I Love You” (premier hit des Doors en Europe), "The Unknown Soldier", “Five To One”, et puis le splendide “Spanish Caravan”. Littéralement, la chanson est une prière faite à une caravane espagnole de nous emmener dans son pays. Mais en se référant aux penchants excessifs du chanteur, on peut aussi imaginer que cette caravane n’est que métaphore, pour évoquer d’autres voyages provoqués par des substances plus synthétiques… Jim Morrison était un être psychédélique, et il n’avait jamais mis les pieds en Espagne. Quoi qu’il en soit, on peut avérer une chose : c’est que la chanson commence par un riff de guitare bien connu…

Aux débuts du groupe, il y avait le claviériste Ray Manzarek et le batteur John Densmore. Ce sont eux qui ont "recruté" le tout jeune Robby Krieger pour compléter le quatuor démentiel des Doors. Jim Morrison était un vrai poète et il jouissait d’un charisme fou, mais il n’aurait peut-être pas fait grand-chose sans les compositions géniales de Manzarek, l’inventivité de Densmore et le talent d’improvisation de son guitariste. Il en fallait, de l’improvisation, pour suivre les délires cosmiques de Jim Morrison sur une scène ! C’est Robbie Krieger qui signe le titre "Spanish Caravan", un bijou musical et poétique, un monument pour les Doors et un moment unique dans l’histoire de la musique américaine.

C’est du bel art, c’est du grand art, anthologique comme on l’aime. Et aujourd’hui, pour nous, il vient un peu d’Espagne, un peu de Californie, un collier de fleurs autour du cou et les castagnettes à portée de main, pour un voyage dans le temps… au volant de nos oreilles.

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