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Richard Anthony et Joaquin Rodrigo : Viva Espana !

Jardin d'Aranjuez
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Richard Anthony et l'Espagne ? Elle ne serait pas trompée de titre, la chroniqueuse ? Non non, on vous assure. Et même Joaquin Rodrigo était d'accord, alors ...

 

On connait ça ... mais si, allez... aidez-moi un petit peu, on connait, vous connaissez... non ? On connait, mais on ne sait pas toujours pourquoi, ni comment ni d'où ça vient. Eh bien ça, ça nous arrive quand la musique dit quelque chose de tellement juste et universel sur un sujet, que tout le monde a l'impression de comprendre de quoi elle parle. Cette musique, c'est celle de Joaquin Rodrigo. Un compositeur espagnol du XXe siècle. L'Espagne, c'est de ça que parle cette musique, ce concerto qui est sa seule partition vraiment célèbre, à côté d'autres œuvres, beaucoup moins connues, mais qui ont en commun la mise en valeur du patrimoine musical espagnol, des inflexions traditionnelles et des mélodies superbement évocatrices. Ce Concerto d'Aranjuez est une magnifique déclaration d'amour à l'Espagne. Ses couleurs, ses ambiances, son parfum... et évidemment, tout ça concentré dans le Palais d'Aranjuez. On retrouve ces impressions dans la partition : le parfum des magnolias, le chant des oiseaux et le jaillissement des fontaines.

Surnommé "le petit Versailles", dans la périphérie de Madrid, ce palais est une résidence du Roi d'Espagne, et une photo de carte postale à lui tout seul. La musique nous révèle une Espagne fantasmée, heureuse, qui s'arrête à l'imagerie du XIXe siècle et qui prend donc ses distances avec la politique franquiste, celle que connait le pays à l'époque de Rodrigo. Lui, il n'a voulu garder que le meilleur, le beau, l'idéal. Il y a pourtant bien aussi de la tristesse dans cette partition...

Miles Davis, "Sketches of Spain"

La version de Miles Davis en 1960 choisit de laisser à l'empreinte dramatique une plus grande place que dans l'original. C'est ça qui est beau dans l'interprétation : on peut lire entre les lignes ou comprendre entre les lignes tout ce qu'on imagine qui s'y trouve, ou pas. Mais la limite sensible de l'interprétation est la trahison... car l'oeuvre de Rodrigo, à l'époque de Miles Davis, est déjà une oeuvre sacrée et intouchable. Le jazzman avait obtenu l'autorisation de l'adapter mais à la condition absolue de la jouer dans son intégralité... Il existe aujourd'hui des dizaines de Concertos d'Aranjuez, mais il n'y a qu'une vision de Rodrigo, une vision de Davis, et puis ... il y a d'autres visions...

Richard Anthony

Nous sommes en 1962 et Richard Anthony, bonhomme du rock, carrière montante, se penche à son tour sur la partition. La partition sacrée de musique classique qui le fascine et qu'il regarde d'en bas, lui qui n'écrit que des chansonnettes. Le défi est énorme et l'autorisation de Rodrigo n'est pas garantie, puisque là, forcément, pour le format radio, il faudra découper. Pour les paroles, il fait appel à un vieux copain, parolier de Françoise Hardy : Guy Bontempelli. Au départ, lui non plus ne veut pas toucher à l'oeuvre, et surtout pas écrire des paroles sur cette musique déjà si parlante. Et pourtant, ils l'ont fait. Sur la deuxième partie du concerto, le célèbre adagio, sont placées des paroles d'une grande beauté et d'une très belle sensibilité. Il ne restait plus qu'à faire écouter le résultat au maître, Joaquin Rodrigo... qui a aimé tout de suite et donné sa bénédiction. Il aimait le découpage et qu'on respecte son idée de départ : la chanson s'appelle quand même "Aranjuez, mon amour". Et le résultat est là, convaincant et même précieux. Parce que quand la musique rend justice à la musique dans l'idée d'en faire quelque chose de différent mais en respectant ce qu'on a cru y lire entre les lignes qui n'y était peut-être pas mais qui y était quand même, puisqu'on les a lues... c'est un bien bel hommage aussi littéraire que musical, un relais de patrimoine et un passage de flambeau aux futurs lecteurs d'entre les lignes...

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